Continuité discontinuité du regard : Markus Raetz.

Image1— « Le hasard ne fait pas bien les choses. Ni mal. Pour la raison qu’il ne les fait pas du tout. Ce sont plutôt les choses qui font le hasard ». Hervé Gauville, Catalogue de l’exposition, Paris Audiovisuel / Maison Européenne de la Photographie, 2001.

— « On croit qu’il se passe ceci et c’est cela », Raymond Queneau, Le Chiendent, 1933, cité par Hervé Gauville, op. cit.

Piéton du regard, Markus Raetz (Maison européenne de la Photographie) situe toutes ses constructions dans le passage du relief au plan, du tridimensionnel au bidimensionnel, dans l’entre deux des médiums et des supports. Mêlant photographie, héliogravure, sculpture, installation, peinture, relief, il bricole la matière pour faire naître et traiter le virtuel, il façonne l’ombre pour ciseler la lumière, il sculpte l’oxymore pour jouer de l’anamorphose. L’art est illusion et l’illusion est art : l’image polaroïd mesure la force de la statuette de pâte à modeler, le fil de fer réfléchi est à la fois le portrait de Beuys au chapeau de feutre et le lièvre dressé de Wie man dem toten Hasen die Bilder erklärt (Comment expliquer les tableaux à un lièvre mort), l’ondulation vague de la Non-pipe (Nichtpfeife) affirme par sa négation que Ceci n’est pas une pipe.

Les portraits de notre mythologie du spectacle, brossés de feutre, croisent les autoportraits recyclés au moment où ils se dissolvent.

Le visiteur est ainsi invité, par une rhétorique maniant les mots de diverses langues, à exécuter un pas de danse devant et autour de l’œuvre, à se rapprocher, à s’éloigner, à tendre toujours vers ce point, ce milieu de l’espace, proche et lointain, où la continuité bascule en discontinuité, cet instant médiat où l’image précaire hésite entre la netteté et le flou d’une sculpture de lumière, l’horizon binoculaire d’une marine de zinc plié (Zeemanblick), où le regard vacille dans les miscellanées d’une pré-conscience de l’immédiateté et du souvenir. Le nomade du regard, guidé dans un jeu de constantes découvertes où l’artiste s’efface au moment du dévoilement pour laisser la place à l’imaginaire du rêveur, est alors tout le contraire d’un blasé.

Illustration : Markus Raetz, Meret, 1967, Collection Dr. Edgar H. Brunner, 2002. © Maison Européenne de la Photographie.

Markus Raetz, Nothing is lighter than light, du 13 décembre 2002 au 23 février 2003

Résumé

— « Le hasard ne fait pas bien les choses. Ni mal. Pour la raison qu’il ne les fait pas du tout. Ce sont plutôt les choses qui font le hasard ». Hervé Gauville, Catalogue de l’exposition, Paris Audiovisuel / Maison Européenne de la Photographie, 2001. — « On croit qu’il se passe ceci et […]

Pour faire référence à cet article (ISO 690)

« Continuité discontinuité du regard : Markus Raetz. », EspacesTemps.net, Brèves, 2003/01/14. URL : https://www.espacestemps.net/articles/continuite-discontinuite-du-regard-markus-raetz/