« Rester chez soi » et habiter le Monde : un casse-tête chinois ?Peer review

Olivier Lazzarotti

Maison isolée, Creative Commons

Pénible pour tout le monde[1], l’expérience contemporaine du confinement n’est-elle pas, pourtant, une forme d’aubaine pour quelques chercheurs ? L’occasion de porter un regard déplacé sur les quotidiens les plus familiers, faits de gestes répétés sans y penser comme autant de normes intériorisées et d’idées considérées comme acquises. Mieux encore, sans doute, quand elle est celle d’assister à la naissance fugace d’une nouvelle figure habitante, moment aussi rare que précieux. Et plus encore lorsque que, même temporairement en ce printemps bissextile 2020, elle implique jusqu’à la moitié de la population mondiale. Le phénomène n’est donc pas seulement nouveau. Il est massif. En fallait-il plus ? L’habitant confiné est une marque forte du temps contemporain, le signal des singularités d’un Monde autant que de ses tensions. Et, avec elles, une porte d’entrée supplémentaire pour interroger le moment : qu’enseigne-t-il des habiters humains ?

C’est que les dynamiques intellectuelles portées par les réflexions sur l’habiter ont favorisé l’émergence de nouveaux regards, de nouveaux possibles. De ce point de vue, l’une des avancées les plus spectaculaires pourrait bien être la question des habitants. Serait-il désormais possible de faire des géographies de chacun et chacune, avec la même pertinence qu’il a été possible de faire celles des lieux et des territoires ? Considérer chacun et chacune par sa dimension géographique, c’est examiner comment les lieux habités sont aussi des lieux qui habitent chacun et chacune et participent ainsi à leurs constructions existentielles (Calbérac, Lazzarotti, Lévy et Lussault 2019, Lévy 2008, Lazzarotti 2017 et 2006). Parmi tous les outils imaginés pour avancer dans ce sens, figure la carte d’identités. En retenant les lieux fréquentés, elle est une cartographie de chaque habitant, la représentation de chacun et chacune localisés. Et même si un tel document ne révèle pas les imaginaires géographiques des uns et des autres (lieux désirés, lieux honnis, etc.) il fixe quelques contours, « pratiques », de la dimension géographique des habitants ainsi considérés. Elle croise donc lieux et mobilités et, dans les modalités de l’articulation des deux, permet de proposer quelques « types » d’habitants. Parmi eux, considérons ceux marqués par l’immobilité. Le modèle « paysan » du XIXe siècle le représente peut-être au mieux. Mais il y a aussi le « touriste » : partant d’un lieu, il y revient après un parcours plus ou moins long, dans l’espace comme dans le temps. Considérons encore les habitants les plus mobiles, ceux pour lesquels les mobilités sont structurantes et les lieux des arrêts dans le mouvement (Lazzarotti, 2019). Cela dit, ces trois types n’épuisent pas une typologie que les recherches – voire les événements – à venir devraient permettre de développer et de nuancer.

I. Une figure habitante inédite

Au-delà delà de toutes les différences entre les uns et les autres, différences de lieux, mais aussi de genres, de ressources, de compétences, etc. qu’est-ce qui permet de qualifier la figure, générique pour ainsi dire, de l’habitant confiné ? Avant tout, posons-le comme autant de réserves : l’essentiel des informations mobilisées provient des journaux d’informations et en sont donc dépendantes.

Confinement : pour Alain Rey (1992, t.1 : 470) le mot signifie, à partir de la fin du XVe siècle le fait de « forcer quelqu’un à rester dans un espace limité ». Mais que cet espace limité soit un lieu domestique constitue un cas particulier de confinement. Il altère la dimension d’emprisonnement. Isabelle Mimouni[2] revient, quant à elle, sur le mot à l’occasion de son actualité. Les confins sont une limite extrême, une limite commune des terres. Être aux confins, c’est donc toucher aux frontières, se trouver au bord de…, mais aussi tracer des limites autour du lieu où quelqu’un se trouve. Du coup, cette définition souligne que le confinement n’est pas qu’une question de surface.

Habitants confinés : ce n’est pas tant le coronavirus dit SARS-CoV-2 qui circule que les hommes et les femmes qui l’hébergent, comme le fait remarquer Michel Lussault[3]. Dès lors, et faute d’une infrastructure sanitaire à la hauteur des enjeux de l’épidémie, le meilleur moyen pour ralentir la diffusion de la maladie, elle-même appelée CoviD-19, est de limiter le nombre de contacts entre les uns et les autres. C’est dans ce but que sont limitées les mobilités. Pour être efficace, le confinement préventif s’applique donc à tous. Au passage, fallait-il une meilleure preuve pour rappeler à quel point mobilités et rencontres sont liées ?

Notons-le alors, de telles mesures ont été prises dans le monde entier, mais avec des modalités différentes Dans le cas du Panama et du Pérou[4], par exemple, le confinement ne consista pas à interdire les sorties, mais à les organiser par genre : un jour les hommes, un jour les femmes… Quant à la Norvège, fut interdit le confinement dans une résidence secondaire[5]. Toutes soulignent la part variable des États dans les modalités du confinement.

Cela dit, d’autres facteurs de différenciation doivent d’emblée être posés. En effet, « Rester chez soi » ne signifie pas la même chose selon le « chez soi » des uns et des autres. Des habitants les plus mobiles parcourant le Monde au SDF attachés à un maigre abri emprunté à l’aspérité d’une rue, le confinement prononcé renvoie aussi chacun et chacune à sa « place » (Lussault, 2009). Et le moins que l’on puisse dire est que le confinement n’a pas les mêmes conséquences. Décision aux effets majeurs pour le premier, il ne change pratiquement rien pour le second. C’est la raison pour laquelle, il semble préférable de dire que le confinement ne renvoie pas chacun à son logement, mais à son espace domestique, chez soi ou forme de chez soi. Autrement dit, les analyses qui suivent n’ont pas l’ambition d’embrasser la totalité des situations. Supposons seulement qu’elles parlent des plus courantes : habitant confiné, qui es-tu ?

A. Loin de ses proches

Fondements des sociétés contemporaines, les transports subissent un spectaculaire coup d’arrêt. Mais ses effets ne sont pas également partagés. Dans le cas des États-Unis, les plus pauvres continuent à circuler quand les plus aisés ont ralenti leurs déplacements, dès début mars soit avant même les mesures de restrictions. Même si l’effondrement de la circulation est généralisé dans les grandes aires métropolitaines[6], le ralentissement est donc socialement sélectif. Choisi par les plus aisés, il est contourné par ceux qui le sont moins : le 3 avril, le New York Times évoque ainsi l’exemple de Adarra Benjamin, résidente du quartier de Woodlawn de Chicago. Âgée de 26 ans et sans assurance maladie, elle parcourt quotidiennement 20 miles aller-retour pour cuisiner, nettoyer et faire du shopping pour des clients qui la paient 13 $ par jour. Tel est, pour elle, le seul moyen de disposer de quelques ressources. Notons aussi les fréquentes tentatives de traversée de la Manche par des « migrants », puisque les journées de confinement furent clémentes par le climat[7].

Cela dit, dans la majorité des cas, les confinés deviennent donc des habitants assignés à résidence, contenus dans leurs espaces domestiques. Même si elle risque d’être difficilement mesurable, la réduction peut s’évaluer en termes de surface. En prononçant l’abolition d’une multi-localité de fait de plus en plus courante, le confinement fait de chaque espace domestique le lieu unique d’une vie entière, l’unique horizon de chacun de ses habitants. Le mono–localisme des habitants confinés fait ainsi réciproquement la polyvalence des lieux habités. Et la contorsion pourrait bien, à l’occasion, se révéler un peu douloureuse. Il est probable en effet que dans la majorité des cas, elle impose de faire des choix, quitte à ré–aménager le champ clos de sa domesticité : comment arranger dans un lieu fini, l’infini champ du Monde ?

Ce défi n’est pas le seul : ne serait-ce que parce que la privation des libertés vise, précisément, à limiter les contacts. Le confinement impose donc des séparations physiques avec les « proches ». Cette privation de la familiarité courante est probablement l’un des effets les plus palpables, les plus directs de cette expérience : les « proches » ne sont pas loin. Même près en distance kilométrique, ils sont inaccessibles, du moins en droit, et ce sont ainsi toutes les normes habituelles de mesure des espaces habités qui sont brouillées. Bref, la reconstruction de la géographie de chaque habitant confiné est aussi un ré–agencement de l’entièreté de son monde.

B. Séparés, mais ensemble

Pour autant, les habitants confinés ne sont pas seuls. Ils sont toujours aussi des habitants du Monde et ce, quitte à en faire l’expérience particulière. Privés de coprésence par interdiction de mobilités, ils ne sont pas absolument ôtés du Monde, en particulier grâce aux télécommunications. Kandia D., dont le témoignage sera repris plus bas, et toute sa famille sont en relation avec le père qui est au Sénégal. Et si la communication à distance réduit les modes d’expressions en les amputant de la plus grande partie des langages non-verbaux, elle permet cependant d’assurer une continuité des liens sociaux. D’une certaine manière, il se pourrait même qu’elle les favorise, en particulier parce que les habitants confinés bénéficient d’une certaine disponibilité de temps. Quant à la vie collective, elle est, elle aussi, assurée par le lien des télécommunications, en particulier les chaînes d’informations continues. 24 heures sur 24, elles ne laissent personne ignorant des dernières nouvelles du Monde. Et pourquoi, dès lors, ne pas penser que le confinement généralisé est rendu possible parce que les habitants du Monde disposent, dans leur majorité, de la possibilité des liens télévisuels ? Si le confinement est l’une des formes les plus archaïques de la médecine préventive, ses modalités contemporaines renvoient, tout autant, à la connexion généralisée, ou qui tend à l’être, expression même des inimaginables maîtrises technologiques du moment.

Au-delà des techniques, – et ce pourrait bien être l’inédit de la situation vécue – l’immobilisation des habitants qui, d’ordinaire, prive absolument chacun de tous –, constitue les bases mêmes d’une expérience commune. Si la surface habitée est radicalement fractionnée et réduite, le temps du Monde ne fait plus qu’un. Pour un peu, on se croirait dans l’acte I de Parsifal : « le temps devient ici espace[8] »… Mais laissons-là les enfantillages pour retenir ce que l’expérience a d’exceptionnel. Car si les télécommunications mobilisent des technologies mondiales, y compris satellitaires, le fait d’un temps unique constitue une occasion unique d’éprouver le Monde. Invisible, impalpable dans sa totalité, le monde mono–chronique et synchronisé s’est ainsi offert à chaque confiné. Selon des modalités spécifiques, être confiné, c’est donc aussi habiter le Monde.

Dès lors, cette saisie du Monde comme « synthèse de l’humanité habitante » (Lazzarotti, 2006) est difficilement rapportable à d’autres. Les guerres ne sont qualifiées de mondiales que par extension. De fait, en particulier pour la Première, mais aussi la Seconde, tous les pays n’ont pas été impliqués. En outre, dans ces configurations, le Monde émerge comme convoitise, comme enjeu. Alors que la CoviD-19 implique, potentiellement en tout cas, tout le monde, des plus pauvres aux plus riches. Restent, peut-être, les grands événements sportifs. S’ils mobilisent des foules considérables, ils restent momentanés. En outre, ils font de l’immense majorité des habitants bien plus des spectateurs que des acteurs. Pour toute cette raison, le confinement dont nous sortons garde ces caractères d’unicité mondiale.

C. Une singulière figure

La mise en perspective avec des cas mieux connus permet de mieux repérer la singularité des habitants confinés.

L’assignation est donc l’une de ses caractéristiques partagées. Construite comme modèle politique idéal par les États-Nations en devenir, l’habitant paysan est caractérisé par son immobilité (Puymège, de, 1986). Attaché à une terre et à une femme, sa principale mission est de les fertiliser. En cas de nécessité, il peut cependant abandonner son poste pour aller guerroyer face à d’autres habitants tout autant empaysannés du reste. Cela dit, la caractéristique ordinaire d’un tel habitant-paysan est d’être fermé au reste du monde. Or, tel n’est pas le cas des habitants confinés qui disposent, dans la plus grande majorité des cas, d’un accès au Monde via ses réseaux. Du coup, ils ne sont pas plus des figures comparables à Robinson ou à celle qu’incarne Tom Hanks dans le film « Seul au monde »[9]. Isolé, au sens insulaire le plus strict du terme, le héros vit en totale autarcie sur son île. Le temps s’allonge en se contractant et il en perd le sens social. Autre cas de figure, les habitants des Ehpad[10] sont aussi coupés du Monde, mais pour une raison tout autre. En l’occurrence, l’amputation est liée à un corps défaillant.

Passant en revue les figures habitantes proches des confinés, voici maintenant celles des prisonniers incarcérés. Le travail d’Olivier Milhaud[11] aide à les mettre en perspective. Par exemple, les cohabitants confinés sont des proches, plutôt choisis et, en tout cas, non imposés par la direction du centre pénitencier. Il est encore possible d’imaginer que les surfaces occupées sont supérieures à celles des cellules de prisonniers, formatées à 9 m2 : « la moyenne des Français dispose d’un confortable 95,8 m² », le plus souvent dans une maison, souligne l’étude[12]. En outre, les possibilités de contacts électroniques avec le reste du Monde sont libres. Le géographe conclut ainsi que les habitants confinés vivent une expérience qui se rapproche plus de celle des habitants sous surveillance électronique que des incarcérés. Autre élément, encore : l’espace habité du confinement est modulable, adaptable, transformable. Cette possibilité qui offre à chacun, la possibilité même minime de personnaliser ces espaces participe à rendre singulièrement habitable le lieu, même s’il est étroit[13]. Chacun peut donc encore s’exprimer en se localisant. Le confinement n’est donc pas la déshumanisation. Il n’est pas l’inhabitable, en particulier si l’on considère qu’est inhabitable un lieu qui ne laisse aucune possibilité de spécifier son propre espace, aussi infime soit-il.

Ce n’est peut-être pas le cas du moine ou de la nonne dans sa cellule. Une différence pourrait, en revanche, se nicher ailleurs : le choix de la retraite. Les habitants ne la subissent pas mais l’appellent, parce qu’ils y cherchent les voies d’une vérité, peut-être d’un salut. L’enfermement peut être une privation totale du monde, parfois même du langage, mais il ne s’est pas imposé – espérons-le – et prend donc les allures d’une voie.

Passant des moins mobiles aux plus mobiles, un autre cas de figure se rapproche des confinés. Enfermés sur un navire, parfois très grand mais toujours étroit quand il est rapporté au vaste océan, les navigateurs, quels qu’ils soient du reste, bénéficient, à l’intérieur de ce cadre, d’une cabine aux dimensions parfois réduites. Le paradoxe de cette situation est que cette cabine et ce navire sont cela même qui les porte dans le Monde. Ils sont donc ainsi immobiles et mobiles à la fois, selon que l’on considère l’une ou l’autre des dimensions géographiques dans lesquelles ils habitent. La différence avec les confinés saute ainsi aux yeux : le « chez eux » de ces derniers est, quant à lui, immobile.

Ainsi, la figure de l’habitant confiné est celle d’un type d’habitant dont la carte d’identités serait construite à partir d’un lieu unique où il s’y déploie de manière topographique, autrement dit dans la continuité des lieux, et finie. Mais elle est aussi celle d’un habitant du Monde, dimension infinie, du moins à la mesure topologique de ce Monde, autrement dit le Monde en tant que réseau. Mais ce qui est plus spécifique encore est que, sans dimensions intermédiaires, le topographique et le topologique s’encastrent sans solutions de continuité. Du coup, le repli dans un lieu des habitants confinés pourrait bien être le ressort de leur projection dans le Monde. L’expérience des habitants confinés conduit ainsi à confirmer ce qui se dégageait des dynamiques antérieures : les lieux et le Monde ne s’opposent pas, mais se combinent en chacun et chacune des habitants. Habiter les lieux, c’est habiter le Monde, et réciproquement. Leur problème n’est pas le choix, l’un ou l’autre, mais l’agencement. En l’occurrence, la question est d’inventer toutes les modalités possibles d’articulations entre topographique et topologique. En cela, la situation de confinement confirme l’amplification des habiters contemporains et, pour chacun et chacune, l’expérience active les termes d’une singulière épreuve. Et pas n’importe laquelle.

II. Habiter : une épreuve de vérités

Pour ceux qui la traversent, faisons l’hypothèse qu’une telle recomposition de l’espace habité ne peut pas ne pas avoir d’effets et ce, bien au-delà des contraintes matérielles. De ce point de vue, l’expérience n’est pas autre que ce que vit chaque jour chaque habitant et habitante. Mais les modalités mêmes de ce qui se passe, en particulier son caractère d’exceptionnelle radicalité, en fait un cas d’école. Véritable test d’habitabilité, faite d’imprévisible et d’inattendu, l’expérience devient expérimentation. Presque un laboratoire de l’habiter.

A. Une épreuve réflexive

Les habitants pour qui le logement n’était qu’un lieu parmi d’autres se retrouvent dans ce lieu unique à partager non plus temporairement mais constamment avec ses cohabitants. Et ce, sans autre possibilité que de les subir.

1. Une mise en miroir

Daté du 25 mars 2020[14], le témoignage de Kandia D. est de ce point de vue éclairant. Cinq personnes se croisent désormais dans un même logement : une mère et ses quatre enfants, dont Kandia. Situé à Trappes, l’appartement compte 4 pièces.  À la préparation du bac et aux questionnements que cela suscite en soi, s’ajoute pour la jeune fille, le surplus du travail ménager : ménage, vaisselle, lessives, etc. ainsi que l’aide scolaire à apporter aux deux garçons de la famille.

De fait, même si le temps semble suspendu, les effets du confinement passent bel et bien. Deux exemples, parmi d’autres : le 15 avril, les statistiques de l’ARJEL[15] constatent que les sommes investies dans les jeux ont triplé en quelques semaines, en particulier après l’ouverture de 200 000 comptes supplémentaires depuis le début du confinement[16]. Malgré la fermeture des bars, et après une hausse de 133 % des ventes le 16 mars, les achats d’alcool diminuent[17]. La baisse affecte tous les alcools, mais touche surtout les boissons de célébration. Breuvage festif s’il en est, le Champagne la subit de plein fouet, avec une baisse de 52,5 % des ventes entre le 13 février et le 29 mars.

Les corps ne sont pas épargnés. Les confinés ont grossi, alors même que changent les habitudes autour des repas. De ce point de vue[18], 57 % des français déclarent avoir pris du poids à l’occasion du confinement, soit en moyenne 2, 5 kg. Inversement, 29 % déclarent en avoir perdu. De même, 42 % des personnes interrogées déclarent consacrer plus de temps à la préparation des repas. Sont-elles les mêmes que les 42 % qui déclarent prendre plus d’apéritifs avant eux ? Dans le même temps, les habitudes alimentaires enregistrent des transformations qualitatives. Une étude du cabinet Nielsen[19] montre une hausse générale de la demande sur les produits « bio », y compris dans les grandes surfaces qui n’ont pas construit leur réputation sur ce type de produits. La hausse serait encore plus forte dans les magasins spécialisés.

Comment, enfin, les psychologies ne seraient-elles pas aussi chamboulées ? L’étude menée en Chine (RPC, Hong Kong, Macao et Taïwan)[20] porte sur 52 730 cas. Évaluant les effets psychologiques du confinement, elle montre que 35 % des questionnés présentent des symptômes de « détresse psychologique ». Ils sont plus nombreux pour les femmes, moins pour les jeunes. De même, ils semblent plus fréquents chez les personnes à haute éducation. L’étude suggère que cela est la conséquence du fait qu’elles sont plus attentives à elles-mêmes. Mais les plus hauts niveaux de détresse touchent les travailleurs émigrés. Leurs inquiétudes sont non seulement d’être contaminés et de rapporter le virus, mais elles portent en plus sur les délais avant la reprise du travail et les effets de privation de leurs revenus. En outre, trois événements ont suscité une panique : la confirmation de la transmission possible du virus d’homme à homme, la mise en quarantaine de Wuhan et l’annonce de la maladie comme « Urgence de santé publique internationale »[21] le 30 janvier.

C’est que ce qui était dilué dans une géographie diffractée, se trouve désormais contraint, et sans échappatoire, dans un espace habité réduit. Ainsi, et parce qu’il se trouve à un lieu unique et réduit, chacun et chacune est mis face à lui-même.

2. Une épreuve pour toutes les cohabitations

Même si l’on peut raisonnablement penser qu’elles ne les créent pas directement, de telles situations semblent favoriser de dramatiques passages à l’acte, expression ultime des tensions entre les cohabitants. Par exemple, le 30 mars 2020[22], en Seine-Saint-Denis, un garçon de six ans est mort violemment frappé par son père quelques jours auparavant. Si tous les cas ne sont pas aussi tragiques, demeure néanmoins le constat. Quelles qu’en soient les modalités, les rapports de force augmentent en fréquence.

C’est que les modalités des relations entre les uns et les autres sont modifiées quand l’un de leur terme l’est. Seules des études plus approfondies pourraient le préciser, à la manière dont se discute le philtre de Tristan et Iseult : est-il la cause de l’amour ou celle de sa révélation ? Ou bien l’administration du philtre est-elle inséparable du navire, au demeurant relativement étroit, où elle a lieu ?

Dans tous ces cas, le terme géographique de la cohabitation est dérangé. Réduit en surface, sans possibilité de repli, c’est-à-dire sans possibilité de construire un espace propre qui donne sa mesure à l’habitabilité des lieux, les relations se tendent au cœur de cette « insociable sociabilité » dont Emmanuel Kant (1784) a fait la tension des dynamiques des interrelations humaines. Du reste, le phénomène est si bien connu qu’il a fait l’objet d’un ensemble d’émissions dites de « téléréalité » où le confinement est le principe même de l’intrigue, et du spectacle, quand la caméra est là pour enregistrer, le cas échéant diffuser, les effets d’une cohabitation à espace réduit sur les uns et les autres. En France, ce fut dès 2001, « Loft Story », reprise de l’émission néerlandaise de 1999, « Big Brother ». Notons, au passage tout de même que, dans ces cas-là, les cohabitants sont aussi coupés du reste du monde.

Sans fard et de manière parfois assez crue, la situation de confinement a donc placé, topographiquement, les uns et les autres en face d’eux-mêmes. Bien malgré eux, ce fut une occasion de se tester : une grande partie des Français n’eut pas à choisir le lieu de leur confinement. Pour certains, c’est parce qu’ils n’ont qu’un logement possible. Pour d’autres, c’est parce qu’ils ont été pris de court là où ils étaient et n’ont pu en repartir à temps. Pour ces raisons combinées, quelques habitants se sont retrouvés dans un camping[23]. À Faumont, commune du département du Nord, une quarantaine de personnes y sont confinées dans un espace interdit aux non–résidents. Ils sont des retraités dont le mobil home est la résidence principale, des travailleurs pris sur un chantier ou, encore, un couple dont la maison est en cours d’achèvement.

B. Une épreuve décisive

Cela dit, si l’annonce du confinement a été faite le lundi 16 mars, il était depuis quelques jours assez aisé de l’anticiper. Ce fut également le cas en Italie et en Australie[24]. L’opportunité fut ainsi offerte à ceux qui le pouvaient de choisir le lieu de leur confinement : entre le « où ? », le « avec qui ? » et le « près de qui ? », cela promettait de difficiles arbitrages et ce, d’autant plus, qu’une seule réponse, excluant toutes les autres, était possible.

La question du « où ? » se pose parfois dans des termes spécifiques, mais pas inintéressants. Français mais vivant hors de France, certains se sont posé la question du lieu de confinement : être confinés en France ou là où ils vivent ? Dans le cas de quelques français de New York, l’une des villes les plus touchées par la CoviD-19 dans le Monde, la cause est disputée[25]. Yanis, 25 ans, est doctorant en cancérologie à l’université de Columbia. D’une certaine manière, la pénibilité du confinement est aggravée par son éloignement avec la France, en particulier avec ses proches. De même, cette situation lui révèle un sentiment qu’il n’aurait peut-être pas eu : « On ne se sent pas forcément chez soi aux États-Unis […]. ». Et puis, arrive un autre argument. En cas d’hospitalisation, il lui faudrait débourser la somme de 8000 $. Vient, enfin, une dernière raison, celle de rester : l’incertitude de conserver un statut de travailleur et d’étudiant en même temps et le risque de ne pouvoir revenir. Pour Chloé, 28 ans, en post-doctorat à Columbia, la balance est plus hésitante : « Si mon conjoint n’avait pas été là, j’aurai peut-être anticipé mon départ en France avant la crise du coronavirus. Mais mon visa n’est pas permanent et ma famille se trouve en bonne santé, du coup, je n’avais pas besoin de rentrer. » Et de conclure : « J’apprécie l’expatriation, mais dans des moments comme aujourd’hui, ce n’est pas simple d’être chez soi. » Cela dit, ces doutes ne sont pas également partagés et, au final, d’autres français confirment leur choix de rester. C’est le cas de cette famille de quarantenaires vivant depuis trois ans à New-York avec l’envie d’y ouvrir un restaurant « : « Nous n’avons pas envie de rentrer en France, nous sommes très impliqués dans notre projet. ». Particulièrement intéressants, ces exemples ne sont pas les plus courants.

Grâce (ou à cause) des 50 000 antennes relais et à leurs possibilités de triangulation à partir de la vitesse de transfert des données entre chaque portable et l’antenne, y compris si la fonction GPS est déconnectée et même si la puce est désactivée, la course au confinement a pu être évaluée. Le 27 mars 2020, les premières estimations tombaient : les dimanche 15 et lundi 16 mars 2020, 17 % des parisiens auraient quitté leur domicile parisien pour une autre résidence, souvent qualifié de secondaire[26]. Un phénomène comparable fut aussi observé à Bordeaux, Lille et Toulouse. À l’appui de ces données, encore, les baisses de la consommation électrique. Réciproquement, il est constaté une augmentation de 40 % de la consommation d’eau à Concarneau et son arrière-pays. Un tel phénomène ne ferait-il que répéter ce qui s’était déjà passé en 1832 à Paris, avec le choléra[27] ? Il s’agit de fuir la ville considérée comme facteur même de l’épidémie. Autrement dit, si la ville tue, pour ne pas mourir, il suffit de la quitter. Notons toutefois que ces statistiques restent à confirmer.

Les habitants partis se sont essentiellement rendus dans l’une des 3,4 millions de résidences secondaires que compte actuellement la France. Dans le même article (voir note 25), Jean-Didier Urbain est cité pour souligner que 60 % d’entre elles sont en espace rural et appartiennent à des ouvriers, des employés ou des retraités. Cela dit, les mouvements se font vers l’Orne, l’Yonne, l’Ille-et-Vilaine et l’Ile-de-Ré, autrement dit quelques départements bien dotés en résidences secondaires, même si ce ne sont pas ceux où elles sont les plus nombreuses proportionnellement. Ces dynamiques sont confirmées par les études de consommation[28]. Au cours de la semaine du 16 au 23 mars, les plus fortes hausses sont enregistrées dans le département du Lot (+ 49 %), département qui, le 27 avril, ne comptait aucun mort[29]. Les zones balnéaires font partie du même lot (Ré, Oléron, bassin d’Arcachon, côtes normandes et bretonnes). En revanche, les stations de sport d’hiver perdent une importante clientèle. De leur côté, les zones de départs sont aussi étudiées. Si l’Ouest de Paris se vide, l’Est garde ses habitants alors que le centre perd ses touristes, ce qui se ressent sur la consommation. Sophie, cadre dans un groupe français, est mariée à un chercheur en physique. Le couple a deux enfants[30]. La famille vit dans un appartement de 110 m2 à la Butte aux Cailles, dans le XIIIe arrondissement parisien. L’annonce du confinement fut l’occasion d’une évaluation et d’un arbitrage : faut-il envoyer les enfants dans le Sud Ouest du pays, chez leurs grands-parents, avec les risques de contagion de la maladie ? Ou faut-il partir, tous ensemble, dans cette station balnéaire du département de la Manche ou l’autre branche de la famille possède une résidence secondaire ? Mais alors, ce sera dans une maison de 1886 non dotée de la WiFi. La présence d’un solide réseau de commerces liés à la fréquentation touristique estivale fut un argument décisif. De l’autre côté, la perspective d’un confinement en appartement joue le rôle d’un repoussoir et c’est l’idée de cette expérience qui fait basculer la décision. Une décision qui ne fait, encore, qu’en relayer une autre : celle d’une installation définitive envisagée dans cette Normandie. Un meilleur accès à l’extérieur ainsi que la possibilité, tant bien que mal, de rester connecté ont emporté la décision. Quelques autres parcours singuliers confirment les tendances. Richard Logier, député de la 3e circonscription de Moselle et maire, sortant mais battu au premier tour des élections municipales, de Metz a choisi de se confiner dans sa « résidence secondaire » du Lubéron[31]. Quant au richissime Rama X[32], roi de Thaïlande, c’est la Bavière qu’il élit pour son confinement, se logeant à l’hôtel Sonnenbichl, 4* réservé à ses fins dans un quartier de Garmisch-Partenkirschen. Jet-setter réputé, possédant le Boeing 737 qu’il pilote lui-même, il passe tout de même la moitié de son temps en Allemagne, en particulier en Bavière.

Faudrait-il s’en étonner ? La question des légitimations, celle de leurs conflits, n’est jamais bien loin. Pourquoi être là où l’on est ? La multiplication des témoignages dans les media finit par former un genre littéraire, à l’occasion décrit comme les « récits de confinements ». Prenant appui sur ceux de Leïla Slimani et de Marie Darrieussecq, la linguiste Laélia Véron en propose une analyse critique[33]. Elle développe le point de vue de leur « romantisation ». Centrés sur le « je », insistant sur l’héroïsation des grandes souffrances, elle suggère l’idée de la mise en scène d’une lutte exceptionnelle. Le confinement au vert, c’est la lutte ! Considérant que ces récits donnent la parole à ceux qui l’ont déjà, et plus pour cette raison que pour le contenu même de leur propos, elle vise à montrer que ces textes participent à faire d’un privilège – de classe dit-elle – un art littéraire et, ce faisant dirons-nous, à promouvoir positivement une forme idéologique de l’habiter confiné. Et si l’évènement était aussi l’occasion de promouvoir une norme habitante ?

Toutes aussi intéressantes sont les réactions des habitants déjà-là. C’est que les arrivants venus se confiner dans leur résidence secondaire ne sont pas toujours bien accueillis. Par exemple, à l’occasion du 1er avril, a circulé un faux arrêté préfectoral stipulant que ces nouveaux présents dans l’Île de Ré devaient soit justifier de leur séjour, soit rejoindre leur habitation principale[34]. Il a fallu l’intervention du Préfet pour rappeler qu’il n’y avait aucune nécessité de se justifier. Ces réactions en rappellent bien d’autres. De ce point de vue, il n’y a rien de bien neuf sous le soleil.

En dramatisant, dans l’urgence, les choix de chacun comme de tous, la situation de confinement confirma, dramatiquement, que l’habiter est épreuve de vérités. Une épreuve où se disent en se prenant, certaines des grandes décisions des vies. Si une bonne partie de nos concitoyens l’ont subi, se retrouvant à l’occasion face à eux-mêmes, d’autres y auront pris une part plus active. On apprend à l’occasion que, malgré leur sous-équipement sanitaire relatif, les régions touristiques balnéaires auront été le choix du cœur. Cela confirme que le terme même de résidence « secondaire » n’est peut-être plus le mieux approprié. De même, la carte des déplacements avant le confinement confirme sans doute un basculement déjà assez connu de la répartition de la population. Pour quelques-uns, l’événement aura donc été l’occasion d’amplifier et de confirmer des choix de vie. Pour tous, on peut se demander comment ces options vont avoir cours, ensuite.

III. Un dilemme existentiel

Balayant le Monde, la pandémie de CoviD-19 s’impose à toutes et tous au point de façonner une nouvelle figure habitante. Dès lors, les habitants confinés sont bel et bien exposés  aux feux de leur habiter, en particulier si l’on retient le mot dans la définition qu’en donne Jacques Lévy (2013 : 480) : « Processus d’ajustement réciproque entre espaces et spatialités ». Renoncer à une part de liberté, n’est pas seulement ouvrir l’opportunité d’explorer quelques-uns de ses plis et replis. La confrontation au Sars-CoV-2 résume, en l’amplifiant, l’un des grands dilemmes – question ouverte à réponses multiples – qui traverse chacun et chacune, parce que toutes et tous sont des habitants : bon gré, mal gré, comment habiter, à la fois, un seul lieu – et au passage, lequel ? – et le Monde ? S’il n’est simple, l’enjeu est clair : de tels choix engagent, avec leurs vies, les constructions identitaires de chacun et de tous. Or, faire apparaître avec une telle évidence portées et enjeux de l’habiter ne va pas de soi. Et pourtant, Habiter, c’est aussi (Lazzarotti, 2006 : 5) « se construire en construisant le Monde ». Mais alors, pourquoi maintenant ? Et comment ?

A. Des pandémies, avant…

Le phénomène des pandémies n’est pas nouveau. Celle-là n’est donc ni la première, pas plus qu’elle ne semble devoir être la plus mortelle[35].

Au XIVe siècle, sans bateau ni avion, la peste noire tue 1/4 de la population en moins de dix ans de l’Extrême-Orient à l’Europe. Au XVIe, dans les années 1520 au Mexique, la variole élimine un peu moins d’un tiers des habitants en 6 mois, alors qu’il n’y a ni bus ni ânes pour les transporter. En 1967, la maladie touche encore 15 millions de personnes et fait 2 millions de morts. En 1980, elle est simplement éradiquée et, en 2019, ne fait aucun mort…

Toutes les épidémies ne sont pas pour autant vaincues. En 1918, la grippe espagnole contamine 1/4 de la population mondiale et cause la mort de 20 à 40 millions de personnes[36]. Plus près de nous, en 1957, une grippe dite asiatique ne fait pas moins de deux millions de mort[37]. En 1968, une grippe dite de Hong-Kong fait 30 000 morts en France et un million de morts dans le monde[38]. Le même article publie le témoignage de Pierre Dellamonica, à l’époque médecin externe dans le service de réanimation du professeur Jean Motin, à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon : « « On n’avait pas le temps de sortir les morts. On les entassait dans une salle au fond du service de réanimation. Et on les évacuait quand on pouvait, dans la journée, le soir. Les gens arrivaient en brancard, dans un état catastrophique. Ils mouraient d’hémorragie pulmonaire, les lèvres cyanosées, tout gris. Il y en avait de tous les âges, 20, 30, 40 ans et plus. Ça a duré dix à quinze jours, et puis ça s’est calmé. Et étrangement, on a oublié». C’est que, en ce mois de décembre 1969, des trains sont à l’arrêt et des écoles sont fermées, faute de personnels. Notons-le au passage : son bilan exact ne sera connu qu’en 2003. Mais qui se souvient de cette grippe apparue en Chine en juillet 1968, diffusée aux États-Unis par le Vietnam et qui constitue la troisième épidémie la plus meurtrière ?

Le paradoxe de la situation contemporaine est que, malgré une intégration du Monde portée à un niveau jamais atteint, jamais une épidémie aura fait moins de morts. Et ce n’est pas tout. S’il meurt un peu moins de 1700 personnes par jour en France, 200 d’entre elles seraient liées au tabac. De ces points de vue, il faut relativiser – ce qui ne veut pas dire minimiser – la mortalité liée à la CoviD-19. Faudrait-il donc aller chercher ailleurs que dans les chiffres quelques raisons de l’effroi mondial contemporain ?

Car ce qui est nouveau, n’est pas tant la pandémie elle-même que les réactions des pouvoirs publics face à elle, autrement dit l’ampleur de sa dimension politique. Là est le point inédit. Et ce, d’autant plus, que la réaction est, pour ainsi dire, mondiale, même si elle n’est pas exactement équivalente dans le Monde. Perte de mémoire de situations pourtant récentes et, en compensation, retour du refoulé, sur quoi s’appuie-t-elle donc ? Qu’est-ce qui fait qu’une partie suffisamment large de la population est prête à l’accepter, voire la demande ? Quelle est cette sorte d’effroi, probablement décuplée par autant de formes d’oublis voire de dénis, en fin de compte d’indifférences, mais qui fait, brutalement, ce fracassant retour mondial ?

B. La mort : une hantise contemporaine

Dans la thèse qu’ils développent, Zacharie Boubli, Enka Blanchard et Charlotte Lemaistre (2020) font l’hypothèse que l’événement eut pour conséquence de « suspendre le rapport ordinaire que nous entretenons avec la mort ». De fait, la mort et sa hantise – autrement dit une forme d’obsession morbide – ont fait une fracassante entrée sur la scène du Monde. Il faut dire que quelques images les ont aidées. En Italie, elles sont celles du tri entre les patients en attente de soins. Tous n’y auront pas accès. Aux États-Unis, elles sont celles des enterrements dans les fosses communes de Hart Island. Toutes présentent une mort aveugle et anonyme. Avec elle, revient sur le devant de la scène la figure du pestiféré. Il répand la maladie et les germes de la mort. D’une mort hors de contrôle et, pour un peu, mystérieuse, sans médicaments ni vaccin et sans rémission. D’une mort capable de frapper aux portes de tous, même si les noms des célébrités font la une des médias.

Dès lors, amplifiée par la diffusion mondiale des réseaux d’informations, la situation a de quoi alimenter les théories les plus opportunistes, pour ne pas dire les plus fantaisistes, du péché des hommes à la punition divine. Face à l’inédit, le recours aux vieux schémas fait parfois figure de recours providentiel : l’erreur plutôt que le vide… C’est que, dans cette économie de l’au-delà dont les religions officielles ont, pour partie, perdu le monopole, il y a aussi des formes de concurrences : les géologues, les climatologues, les biologistes ont pu se succéder au banc des accusateurs. Juste retour des choses ? Ce sont aujourd’hui les médecins qui semblent tenir le haut du pavé. Cela dit, dans cette lutte pour la captation du tragique, l’événement aura sans doute eu un autre effet de vérités en pointant l’effet plus que la cause. Ce n’est pas le réchauffement climatique ou l’extinction des espèces que l’humanité devrait craindre mais bien leur unique conséquence : la mort de chacun et tous. Autrement dit, ce que pointe et nomme la pandémie, son principal opérateur, est l’horizon de la mortalité des humains. Reste un point positif : le Monde aura progressé, ne serait-ce que dans la verbalisation de ses angoisses. Et chacun aura pu comprendre pourquoi, confrontés à sa finitude, chacun et chacune aura dû ou pu se décider. Maintenant ou jamais : le paradoxe de la mort n’est-il pas de donner sa portée existentielle aux choix des vies ?

Ces considérations sur la mort et la perte, partielle du moins, de son monopole par les religions établies, sont nécessaires, mais probablement pas suffisantes pour comprendre pourquoi, précisément en ce printemps 2020 et pas à l’automne 1969, la moitié de l’humanité s’est retrouvée confinée, en partie du reste grâce à l’intériorisation des contraintes. Parmi les hypothèses amplificatrices, celle de l’enrichissement généralisé des habitants du Monde mérite d’être avancée. On peut faire l’hypothèse que des populations plus riches, vivant dans de meilleures conditions de vie, ont développé une attention accrue à la vie humaine, la leur en particulier. Même partielle, la satisfaction des envies matérielles ne s’accompagne-t-elle pas d’une valorisation des existences ?

Un autre faisceau de compréhension tiendrait peut-être, paradoxalement sans doute, à l’allongement précipité de l’espérance de vie à la naissance. Combiné avec les progrès d’une médecine sans cesse plus performante et qui repousse les limites de l’incertain, il accompagne peut-être le déni de la fin. La mort devient de plus en plus insupportable, et ce, d’autant plus que les sociétés vieillissent. Du coup, sa réapparition, même relative, sur le devant de la scène, ne serait-ce que comme une hypothèse probable bien que statistiquement faible tout de même, a pris les proportions d’un retour de refoulé. Il décuple les effets psychologiques de son annonce et invite, chacun et tous, à s’en protéger, coûte que coûte.

Et la conclusion est renversante, puisqu’il s’agit de re–découvrir le savoir, le premier des savoirs mis à la disposition de chacun et chacune : sa nécessaire finitude. Dès lors, ce n’est pas seulement le Sars-CoV-2 qui est opérateur spatial. C’est la mort qu’il sème. Une mort dont la hantise est d’autant plus attisée qu’elle semblait s’être dissipée. Ce n’est pas tout.

C. La liberté : le grand désarroi

Se pourrait-il, aussi, que les effets de la CoviD-19 rencontrent d’autres tendances avec lesquelles elle ferait écho, les nommant et les amplifiant à l’occasion ? Peut-on penser aux bouleversements de la dimension géographique de l’humanité et, avec elle, à son cortège de remises en cause : relations au temps, à l’espace et aux autres. Elles seraient aussi contenues dans le rapport à toutes les formes de vivant, humaines et non-humaines, et leurs relations de cohabitation. Toutes participent, en même temps qu’elles en procèdent, à l’invention de nouveaux habiters, dimension géographique de cette révolution contemporaine du Monde et de son humanité. Avec l’accès aux mobilités généralisées, il ne s’agit pas seulement d’être autres, mais d’apprendre de nouvelles manières de se construire comme habitants, d’autres manières de s’agencer comme tels. En les associant à de nouveaux dilemmes, le basculement vers les sociétés à habitants mobiles transforme les constructions identitaires : comment habiter plusieurs lieux et les habiter différemment ? Et comment, dans tous les cas, plus et mieux que jamais, habiter le Monde aussi ? Au cœur de tous ces enjeux, se déploie pour une humanité sans cesse élargie, un nouveau possible, celui du choix des lieux. Et pour tous, peut-être, la plus terrible des confrontations, celle qui expose chacun et chacune à sa propre liberté…

Une telle révolution implique de nouvelles compétences, de nouveaux savoirs et de nouveaux apprentissages. Cognitif, l’enjeu est aussi psychologique. D’où l’idée d’un désarroi, forme de trouble profond de l’habiter, d’une part de l’humanité : comment accéder au Monde quand on en n’a pas les outils ? Comment être, à la fois, local et mondial ? Comment ne pas subir le mondial ?

La conséquence de ce qui précède est qu’il ne faut sans doute pas s’étonner que la réponse à la CoviD-19 passe, à l’occasion, par l’accusation du Monde. Comment, en effet, comprendre autrement que, au moment où il est le plus intégré, alors que sa population, qui n’a jamais été aussi nombreuse, se trouve la mieux protégée, le Monde soit pris pour cible privilégiée ? Les analyses courantes des causalités sociétales de la pandémie laissent en effet planer peu de doutes : les mobilités, les densités urbaines et leurs corollaires, les destructions de l’environnement – en particulier par les conséquences des changements climatiques[39] mais aussi les déforestations et les nouvelles promiscuités avec les animaux[40] – aussi bien que, d’une manière générale, les conséquences de toutes les exploitations commerciales de la planète, constituent le « melting pot » explicatif, pas trop analysé si possible pour conserver sa force d’évidences acquises. Résumé, cela revient à désigner le coupable de tous nos malheurs : la mondialisation contemporaine. Soigner les habitants reviendrait ainsi à changer le Monde. Le futur serait-il donc dans un local exclusif, forme généralisée et permanente de confinement, comme certains[41] sembleraient se plaire à la dire, omettant au passage de signaler que ce genre d’expériences a déjà été tenté ?

Et encore, pourtant : la situation de confinement aura dégagé un autre paradoxe. Même bloqué dans sa circulation, le Monde coule toujours jusque dans les eaux de chacun et chacune. Le Sars-CoV-2 est là pour le rappeler : personne n’échappe au Monde et personne ne s’en échappe. Peut-être même ne s’est-il jamais autant imposé ? Plus encore, habitants et cohabitants ne font pas que le subir. Chacun et chacune, toutes et tous, en sont aussi responsables. Cette responsabilité les implique, aussi bien que tous les autres. Elle oblige ainsi chacun et chacune dans l’exercice de sa propre liberté. Les différents « gestes barrières » tout autant que les précautions de la « distanciation physique » ne sont pas seulement des modes de protection de soi-même. Ils sont aussi des moyens de préservation des autres. Autre élément de preuve ? Il y a des milliards de milliards de virus dans les corps affectés. La mutation d’un seul d’entre eux pourrait, d’un coup, décider de l’avenir du Monde et de tous ses habitants. Dès lors, de leur attitude face à la pandémie, ils participent, chacune et chacun a sa place, à en favoriser ou à en ralentir la funeste propagation. Aujourd’hui plus que jamais, donc, entre solidarités et concurrences, le Monde est et sera ce que ses habitants en feront.

À l’occasion, une telle conscience pourrait bien indiquer l’un des enjeux de ce siècle : l’accès partagé de tous et de chacun au Monde. Car ce qu’il y aurait à craindre, c’est que l’épisode sanitaire, chargé des toutes ses conséquences économiques négatives, n’aggrave les distances entre les habitants. Des distances qui éloigneraient les habitants ayant trouvé leur dimension mondiale face à ceux qui, de plus ou moins bon gré, les subiraient, définitivement confinés dans l’abîme d’un seul et unique lieu. Et tout cela, au final, rend tout à la fois illusoires, vaines voire dangereuses toutes les tentatives pour s’y retrancher et nécessaires toutes celles pour mieux comprendre non pas le Monde, mais les relations entre chaque lieu et le Monde, condition finale d’un meilleur habiter.

Dénouer le casse-tête

« Beaucoup d’espace, beaucoup  d’hommes, beaucoup de temps. La Chine est un pays à nul autre pareil ». Pierre Gentelle (1994 : 6) situe ainsi le pays. Mondialisation oblige : venue de Chine, le Sars-CoV-2 interroge aujourd’hui le Monde, tout autant que la Chine elle-même du reste. Mais toutes ces singularités, au final, ne seraient-elles que des péripéties quand l’inédit parle aussi des très longs temps. De ces temps qui, dans les pays de la Bible, remontent à Caïn, le laboureur, et Abel, l’éleveur. Autrement dit qui remontent à la tension entre deux figures d’habitants, personnifiant l’une la mobilité, l’autre l’immobilité et dont les formes ne cessent de se transformer avec le temps qui passe (Le Bras, 1994). Si l’on fait l’hypothèse qu’une partie de l’histoire géographique de l’humanité se joue dans cette tension aussi permanente que constamment renouvelée entre ce qui est mobile et ce qui est immobile et que, l’un n’allant pas sans l’autre, il n’est alors pas pensable de considérer les deux isolément, alors la figure de l’habitant confiné rapporté à son Monde, Monde mobile s’il en est, prend, tout à la fois, son actualité et s’intègre dans un schéma de longue durée. Ce serait donc que la Chine pose, aujourd’hui et à sa manière, des questions qui sont celles de l’humanité tout entière. Les réponses ne sont jamais les mêmes, mais toutes sont identiques en ce sens qu’elles ne font qu’actualiser une vieille histoire, celle de toutes les géographies du Monde.

Dès lors, chinois aujourd’hui, le casse-tête n’est-il pas celui du Monde ? Et le constat de cela n’aide pas à ceci : comment le dénouer, comment ne pas s’y figer et perdre son temps en perdant le temps ? S’interroger ainsi revient, soutenu par son expérience, à donner à cet épisode une issue inventive. Saisis par une hantise de la mort aggravée par le désarroi de bouleversements rapides et radicaux, les esprits pourraient être tentés par les replis. Ils sont ceux des visions romantiques de la science et du monde. Celles que promouvait, en son temps, Charles Nodier (Nodier et al., 1820 : 4) et ses « mensonges enchanteurs » préférés à tout savoir historique scientifiquement établi. Le casse-tête serait-il un piège dont les féroces mâchoires seraient en train de verrouiller le Monde ou, bien au contraire, l’opportunité tragique d’une histoire qui passe pour la première fois et tendue vers l’invention d’autres projets ? Précisément d’actualité parce que les doutes et l’incertain sont peut-être les meilleurs creusets de toutes les émergences. Et les chantiers ne sont pas des moindres : comment organiser les principes politiques cohérents avec les nouvelles exigences éthiques liées à la dimension mondiale des habitants ? Comment produire les outils et les moyens qui feront que chacun et chacune, selon ses propres choix, puisse mieux habiter le Monde ?

Ne nous y trompons donc pas. Le propos n’est pas d’imposer le futur, mais de rendre possible l’avenir, l’avenir comme ce qui n’est pas déjà là. Le travail, en effet, n’est pas de décider pour les autres, dans des sortes de prophétisations divinatoires à la petite semaine qui annoncent le futur pour priver l’humanité de son avenir. Aujourd’hui, donc, plus qu’il y a six mois : comment ne pas savoir que le Monde n’est jamais écrit. Parce que, entre autres et comme le souligne Karl Popper (1984), il n’est jamais possible de prévoir les effets de ce que l’on ne connaît pas encore. Face au couple liberté-peur, qui rassure sur la mort en recouvrant l’angoisse et le désarroi d’un illusoire halo ainsi que d’une véritable culpabilité, pourquoi ne pas proposer celui des démocraties, celui d’une liberté obligée de responsabilité ? Plus difficile à mettre en œuvre, peut-être plus hasardeux quant aux résultats – n’en doutons pas – il semble, aussi et à terme, porteur d’un autre avenir. Celui que les citoyens et les citoyennes se seront donnés. Dès lors, chacun et chacune l’auront compris. Plus que jamais, et c’est sans doute l’une des meilleures leçons qu’il faut retenir de ce moment si particulier, le Monde à venir ne sera autre que ce que chacun et chacune participeront à en faire. C’est dans cette logique, où l’incertain prévaut d’abord, que du casse-tête, chinois par exemple, pourrait bien, avec une toute petite pointe d’ironie, émerger le Monde de tous…

Bibliography

Boubli, Zacharie, Blanchard, Enka et Lemaistre, Charlotte. 2020. Thanatopolitique du Covid-19. 7p.

Calberac, Yann, Lazzarotti, Olivier, Levy, Jacques et Lussault, Michel. 2019. Carte d’identités, l’espace au singulier. Paris, Coll. Les Colloques de Cerisy, Hermann, p. 364 p.

Gentelle, Pierre. 1994. La Chine. In BRUNET, Roger (dir.). Chine, Japon, Corée. Géographie universelle, 480 p..

Kant, Emmanuel. 1784. Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique.

Lazzarotti, Olivier. 2006. Habiter, la condition géographique, Coll. Mappemonde, Belin,  288 p.

Lazzarotti, Olivier. 2017. Une place sur Terre ? Franz Schubert, de l’homme mort à l’habitant libre. Paris, HD éditeur, 178 p.

Lazzarotti, Olivier. 2019. Qui es-tu Franz Schubert ? In Calberac, Yann, Lazzarotti, Olivier, Levy, Jacques et Lussault, Michel. Carte d’identités, l’espace au singulier. Paris, Coll. Les Colloques de Cerisy, Hermann, 364 p.

Le Bras, Hervé. 1994. Le sol et le sang. Éditions de l’Aube, Coll. monde en cours, 118 p.

Lévy, Jacques. 2013. Habiter. In Lévy, Jacques et Lussault, Michel (dir.). Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés. Paris, Belin, 1128 p.

Lévy, Jacques (dir.). 2008. Les échelles de l’habiter. Coll. Recherche, PUCA, 366 p.

Lussault, Michel. 2009. De la lutte des classes à la lutte des places. Paris, coll. Mondes Vécus, Grasset, 222 p.

Nodier, Charles, Taylor, Isidor et Cailleux, Alphonse De. 1820. Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France. L’ancienne normandie. T. 1, Paris, Didot, 132 p.

Popper, Karl. 1984. L’univers irrésolu, plaidoyer pour l’indéterminisme. Paris, Hermann, éditeurs des sciences et des arts, 160 p.

Puymège de, Gérard. 1986. Le soldat chauvin. In, Nora, Pierre. Les lieux de mémoire, La nation, 3, Gallimard, 670 p.

Rey, Alain (dir.). 1992. Dictionnaire historique de la langue française. Paris, Dictionnaires Le Robert, 1156 p. (Tome 1), 2386 p. (Tome 2).

Note

 

[1] Ce texte est achevé en juin 2020

[2] https://lelephant-larevue.fr/thematiques/les-mots-confines-confinement/

[3] https://www.espazium.ch/fr/actualites/le-virus-est-un-operateur-spatial-il-nous-menace-mais-il-fait-lien?fbclid=IwAR2-KxhNHsWDi9Z63w5hUKj2MKXG2PfcRKIx5SAaRL4hMNri5OxY54saJno

[4] http://www.leparisien.fr/international/confinement-au-perou-et-au-panama-des-jours-de-sortie-differents-pour-les-hommes-et-les-femmes-03-04-2020-8293299.php

[5] https://immobilier.lefigaro.fr/article/coronavirus-le-confinement-dans-les-residences-secondaires-fait-debat_c505a128-69bb-11ea-a768-fcc2dce54077/

[6] https://www.nytimes.com/interactive/2020/04/03/us/coronavirus-stay-home-rich-poor.html?action=click&module=Top%20Stories&pgtype=Homepage

[7] https://www.infomigrants.net/fr/post/24460/traversees-de-la-manche-plus-de-160-migrants-secourus-depuis-le-17-mars

[8] Zur Raum wird hier die Zeit

[9] Cast Away, film réalisé par Robert Zemeckis, sorti en 2000

[10] « Établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes »

[11] Working Paper du laboratoire Médiations

[12] https://immobilier.lefigaro.fr/article/les-francais-sont-confines-dans-une-maison-de-95-8-m2_16e2dc8e-78be-11ea-9e2c-96d0306afde6/

[13] https://www.nouvelobs.com/confinement/20200416.OBS27584/non-le-confinement-n-est-pas-un-enfermement.html

[14] https://blogs.alternatives-economiques.fr/coeur-quartiers/2020/03/25/brutalement-reduite-au-confinement

[15] Autorité de Régulation des Jeux en Ligne.

[16] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/confinement-et-jeux-dargent-en-ligne-la-depense-des-joueurs-a-triple-en-quelques-semaines-selon-le-president-de-larjel_3916787.html

[17] https://www.nielsen.com/fr/fr/insights/article/2020/sobriete-et-confinement/

[18] « Étude Ifop pour Darwin Nutrition réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 24 au 27 avril 2020 auprès d’un échantillon de 3 045 personnes, représentatif de la population âgée de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine. »

[19] https://www.nielsen.com/fr/fr/insights/article/2020/les-hypermarches-fragilises-avec-le-confinement/

[20] https://gpsych.bmj.com/content/gpsych/33/2/e100213.full.pdf

[21] Soit PHEIC, Public Health Emergency of International Concern.

[22] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/seine-saint-denis-le-garcon-de-6-ans-violente-par-son-pere-est-mort-20200330

[23] https://www.lavoixdunord.fr/739329/article/2020-04-10/la-drole-de-vie-des-nordistes-confines-au-camping

[24] https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-plus-d-un-million-de-personnes-ont-quitte-le-grand-paris-avant-le-confinement-revele-le-patron-d-orange_3887281.html  

[25] https://spark.adobe.com/page/qITy1m2t7w2wj/  

[26] https://www.nouvelobs.com/confinement/20200327.OBS26656/17-des-parisiens-ont-fui-la-capitale-a-cause-du-CoviD-voici-ce-que-cela-dit-d-eux.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwAR0d6lE30RmucUdtMsn2dOJA_bUnknzjtooxhjIh0coOnoTN3UBmIfQu2EE#Echobox=1585291958

[27] https://www.liberation.fr/debats/2020/04/02/deserter-les-villes-pour-les-champs-en-cas-d-epidemie-un-vieux-reflexe-de-classe_1783934

[28] https://www.nielsen.com/fr/fr/insights/article/2020/la-france-desormais-en-mode-confinement/

[29] https://www.caducee.net/actualite-medicale/14779/CoviD-19-la-situation-epidemiologique-en-occitanie.html

[30] https://medium.com/@MarineLoh/ethnographie-confin%C3%A9e-dun-exode-r%C3%A9sidentiel-chronique-d-une-cohabitation-en-p%C3%A9riode-de-crise-d9e81d5ebb69

[31] https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/richard-logier-depute-de-la-223265

[32] https://www.lepoint.fr/people/le-roi-de-thailande-s-offre-un-confinement-de-luxe-avec-son-harem-01-04-2020-2369738_2116.php

[33] Laélia Véron : https://www.arretsurimages.net/chroniques/avec-style/slimani-darrieusecq-romantisation-du-confinement

[34] https://www.sudouest.fr/2020/04/01/coronavirus-sur-l-ile-de-re-un-faux-arrete-pour-chasser-les-residents-secondaires-7378641-1391.php

[35] https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/05/yuval-noah-harari-le-veritable-antidote-a-l-epidemie-n-est-pas-le-repli-mais-la-cooperation_6035644_3232.html

[36] https://www.ledauphine.com/sante/2020/04/11/grippe-de-1968-un-million-de-morts-dans-l-indifference-generale#

[37] https://www.liberation.fr/checknews/2020/03/28/est-il-vrai-que-la-grippe-de-hongkong-de-1968-avait-ete-minimisee-dans-les-medias_1783363

[38] https://www.ledauphine.com/sante/2020/04/11/grippe-de-1968-un-million-de-morts-dans-l-indifference-generale#

[39] http://www.rfi.fr/fr/culture/20200403-dominique-bourg-coronavirus-troublera-nos-societes-temps-long  

[40] https://www.franceculture.fr/sciences/didier-sicard-il-est-urgent-denqueter-sur-lorigine-animale-de-lepidemie-de-CoviD-19

[41] https://www.liberation.fr/debats/2020/05/12/la-souverainete-alimentaire-sera-paysanne-ou-ne-sera-pas_1788037

Abstract

The CoviD-19 pandemic reveals a singular moment in the World. A new type of inhabitant was invented, that of the confined inhabitants. What does it teach us about the contemporary world? How does it inform us about the importance and the stakes of human habitation? But in what way does it also specifically raise issues that go far beyond it?

To refer to this post (ISO 690)

Olivier Lazzarotti, « « Rester chez soi » et habiter le Monde : un casse-tête chinois ? », EspacesTemps.net [En ligne], Works, 2020 | Mis en ligne le 11 November 2020, consulté le 11.11.2020. URL : https://www.espacestemps.net/en/articles/rester-chez-soi-et-habiter-le-monde-un-casse-tete-chinois/ ; DOI : 10.26151/esapcestemps.net-btdr-0a69