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Sérendipité.

Le vote à l’élection présidentielle 2022 en Alsace.

Place du château, Strasbourg. Meeting d’Emmanuel Macron sur l’Europe durant l’entre-deux-tours, 12 avril 2022. Source : Stéphane Gallardo.

Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle ont donné Marine Le Pen en tête dans tous les départements de la région Grand Est, sauf dans les deux départements alsaciens où c’est le président sortant qui a cumulé le plus de voix.

Strasbourg, un vote partagé entre deux visions politiques.

Pour la ville de Strasbourg (ville-centre de l’aire urbaine), un duo de tête s’est particulièrement distingué : Jean-Luc Mélenchon avec plus de 35 % des votes suivi d’Emmanuel Macron avec plus de 30 %. Loin derrière, Marine Le Pen obtient 11 % puis arrivent Yannick Jadot et Eric Zemmour avec à peine plus de 6 % chacun.

Les résultats révèlent deux tendances : un vote européen et en même temps un vote plus radical.

En plus d’être une métropole attractive qui concentre de nombreux emplois créatifs, Strasbourg est une capitale européenne qui abrite de nombreuses institutions comme le Parlement européen, le Conseil de l’Europe ou encore la Cour européenne des droits de l’homme. Strasbourg est une eurométropole tournée vers l’UE et géographiquement au cœur de la dorsale européenne. C’est une ville de frontaliers qui expérimentent chaque jour, sans même plus y penser, la disparition des frontières : des villes allemandes comme Kehl, Offenburg, Baden-Baden ou même Karlsruhe font partie de l’environnement quotidien de nombreux Strasbourgeois. L’Europe est ainsi une réalité au cœur de l’habiter des acteurs de la métropole de Strasbourg.

Cette européanité se lit dès 1992 et les résultats du vote lors du référendum sur le traité de Maastricht : avec plus de 72 % de oui, Strasbourg est la première métropole pour la proportion de « oui » en France. Emmanuel Macron, pour qui cette élection présidentielle est « un référendum pour l’UE », n’a donc pas choisi par hasard le centre historique de Strasbourg, au pied de la Cathédrale Notre-Dame, pour défendre une politique qui s’appuie sur un approfondissement des institutions européennes vers plus de fédéralisme.

Avec 30 % de voix, Emmanuel Macron gagne 3 points par rapport au 1er tour de 2017 mais rétrograde à la deuxième place, derrière Jean-Luc Mélenchon qui gagne plus de 10 points en 5 ans. Ainsi le vote de gauche se renforce à Strasbourg de plus de 7 points par rapport à 2017 (Benoît Hamon avait fait près de 10 %) si l’on ajoute aux voix de Jean-Luc Mélenchon celles de Yannick Jadot et Anne Hidalgo.

Comment expliquer ce succès du candidat d’extrême gauche ?

Les graphiques des gradients d’urbanité de la France de Jean-Luc Mélenchon indiquent que les pôles des grandes aires urbaines (Gradient 2) ont voté massivement pour lui. D’après la carte des diplômés, on observe, sans surprise, que ce sont les grandes métropoles qui concentrent également des pourcentages plus élevés de personnes diplômées. Strasbourg est une grande ville universitaire avec plus de 60 000 étudiants. Le changement climatique, qui les inquiète tant, donne aujourd’hui plus de visibilité et de crédit aux mouvements altermondialistes plus anciens dénonçant une incompatibilité du capitalisme avec la protection de la planète. Cette préoccupation peut en partie expliquer le fait que Strasbourg, comme d’autres métropoles françaises de même rang, est dirigée par une mairie écologiste depuis les dernières élections municipales.

Enfin, très visible sur les réseaux sociaux, comme Tiktok, le leader de la France Insoumise a su utiliser les nouveaux médias vers lesquels se tournent prioritairement les jeunes pour s’informer et suivre la campagne présidentielle.

Que révèle l’approche par gradients d’urbanité ?

En adoptant une approche par gradients d’urbanité, on peut obtenir une grille de lecture complémentaire. Un noyau hyperurbain a voté massivement Jean-Luc Mélenchon dans la ville-centre de l’aire urbaine de Strasbourg, ainsi que dans certaines banlieues. C’est également le cas dans la ville-centre de l’aire urbaine de Mulhouse. Son score est plus faible dans les espaces périurbains. À un haut degré d’urbanité semblait jusqu’alors correspondre un vote pour les partis de gouvernement. Or, cette élection révèle, à travers notamment le succès du parti d’extrême gauche dans les centres des grandes villes françaises, que désormais hyperurbanité rime aussi avec un vote contestataire de gauche. Tout au long de la campagne, l’étiquette « extrême gauche » a évolué dans une volonté de rassembler et de dépasser le clivage gauche-droite. Par exemple, l’option de la sortie de l’Union européenne envisagée par le parti LFI en 2017, au cas où la renégociation des traités ne fonctionne pas, n’est plus d’actualité en 2022. Seule la désobéissance à certaines règles européennes reste d’actualité. On peut lire dans ce certain « assouplissement » du parti tribunitien, une ligne plus réaliste et une illustration de se projeter comme un parti gouvernemental.

 Emmanuel Macron est en tête dans une grande partie des banlieues de l’aire urbaine strasbourgeoise ainsi que dans la majorité du périurbain. Il arrive par ailleurs en tête dans les centres des aires urbaines des villes moyennes d’Alsace comme Colmar et Haguenau. Il est également premier dans les petites villes appartenant au niveau d’urbanité 5 comme Wissembourg et Lauterbourg au Nord.

Marine Le Pen arrive quant à elle en tête dans les espaces les plus éloignés de la ville-centre, aux extrêmes ouest, nord et sud de l’aire urbaine strasbourgeoise. Sa victoire est particulièrement visible en dehors de l’aire d’attraction de la métropole, dans les petites communes dites isolées des piémonts vosgiens et de l’Alsace bossue. Par exemple, Woerth, petite commune mal desservie, en situation de dépopulation et de fuite des services publics, ayant du mal à se relever de la désindustrialisation a majoritairement voté pour la candidate RN aux deux tours de l’élection.

Au lendemain des résultats du second tour, la tendance observée deux semaines plus tôt s’est effectivement confirmée.

Marine Le Pen est globalement arrivée en tête dans les communes où elle était forte au premier tour, soit les espaces hypo-urbains et le périurbain éloigné comme à Wittenheim (périphérie de l’aire urbaine de Mulhouse).

Les petites communes des vallées isolées de l’intérieur des terres ou du sud de l’Alsace comme dans le Sundgau ont également majoritairement voté pour la candidate d’extrême droite. Cette dernière est aussi arrivée en tête dans des communes de la vallée du Rhin au sud de Strasbourg, comme à Fessenheim. La candidate RN défendait lors de la dernière campagne présidentielle la réouverture de la centrale nucléaire éponyme dont la fermeture – effective depuis 2020 – avait été décidée par François Hollande en 2012.

Si la France du Nord-Est continue à préférer le RN, en Alsace c’est Emmanuel Macron qui sort une nouvelle fois vainqueur grâce aux votes des espaces à fort degré d’urbanité. Comme dans les autres métropoles françaises, il a bénéficié d’une mobilisation plus importante des mélenchonistes, ce qui lui a permis de l’emporter très facilement dans les deux plus grandes villes alsaciennes à Mulhouse (64 %) et à Strasbourg (près de 80 % dans la ville-centre). Les habitants de ces deux aires urbaines, mais aussi des aires urbaines plus modestes telles que Haguenau, Colmar, Sélestat ou Wissembourg ont majoritairement voté pour le président sortant.

Résumé

Les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle ont donné Marine Le Pen en tête dans tous les départements de la région Grand Est, sauf dans les deux départements alsaciens où c’est le président sortant qui a cumulé le plus de voix. Strasbourg, un vote partagé entre deux visions politiques. Pour la ville de Strasbourg (ville-centre ...

Bibliographie

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Sérendipité.

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