‘Évaluer l’évaluation. Emprises, déploiements, subversions.’

Sommaire et Éditorial d’EspacesTempsLes Cahiers n° 89-90.

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
Image1Sommaire.

Éditorial : Malaise dans l’évaluation.

Stanislas d’Ornano et Christian Ruby, I would prefer not to…

Emprises.

Paul Zawadzki : Le temps d’évaluer.

Danilo Martuccelli : Métamorphoses existentielles de l’évaluation.

Yves Michaud : Valeurs, normes et évaluations.

Christian Ruby : Jugement de la faculté critique.

Stanislas d’Ornano : Transformations du pouvoir d’influence des intellectuels.

Déploiements.

Philippe Deubel : Évaluer un établissement scolaire : un récit.

Jean Marc Dutrénit : Evaluation in development : an unavoidable practice.

Gilles Massardier et Éric Verdier : L’évaluation pluraliste dans l’action publique.

Marie-Anne Dujarier : Simulation et dissimulation dans les organisations.

Jérôme Valluy : Vrai ou faux réfugié ?

Julien Rosemberg : Évaluation artistique et politique culturelle.

Anne Querrien : Les institutions psychiatriques en quête de sûreté.

Subversions.

Chloé Vlassopoulou : Une évaluation constructiviste des politiques publiques ?

Sandra Laugier : Expert de soi-même : confiance en soi contre conformité.

Claire Marin : Le sujet face à l’épreuve.

Jean-Claude Poizat : Comment résister à l’ordre des valeurs établies ?

Éditorial : Malaise dans l’évaluation.

Il n’est pas anodin que les pratiques d’évaluation envahissent les sociétés contemporaines. Certaines des transformations de la sphère économique, mais aussi de notre rapport à notre futur, se nouent dans ces pratiques. Il convient donc de les scruter avec attention. Sont-ce des fruits d’une intelligence humaine finalement prise à ses propres pièges ? Dans ce cas, il suffirait de reconstruire une théorie de l’aliénation pour clarifier les processus en question. Il est plus sûrement permis de supposer qu’une telle série d’activités, qui s’impose à tous les niveaux de la société, occupe une place centrale dans les modes de gestion des foules au sein des sociétés de contrôle, en entendant par là des sociétés qui ont moins recours à la police pour obtenir les effets voulus qu’à des processus par lesquels les individus sont progressivement habitués à évaluer leurs activités, ou à les voir évaluées, et habitués encore à s’auto-évaluer, prouvant ainsi l’incorporation réussie de la volonté de contrôle, selon les normes intériorisées.

Le fait est que les pratiques présentes de l’évaluation, qui correspondent si fréquemment à des validations, cherchent foncièrement à gommer les oppositions et les conflits pour les réinstaller en hiérarchies « douces » et en légitimation des consensus qu’elles requièrent. C’est là une des premières sources de ce dossier présenté à nos lecteurs.

Mais il en est une autre : le vocabulaire de l’évaluation, répandu, prégnant, jamais interrogé, est en vérité un vocabulaire nébuleux. Comme si la plupart des discours portant sur l’évaluation voulaient produire de la crédibilité plutôt que de la clarté. A fortiori, ils produisent rarement de la critique. À force de faire croire en l’existence de « valeurs » — dans un monde qui d’ailleurs aime à entendre en parler, depuis qu’il est massivement inquiété par le discours sur la perte (non avérée) des « repères » et/ou des « valeurs », sur le « désenchantement de tout critère » — et de « valeurs » données, qui devraient exister dans une sorte de Ciel intelligible, en posture d’absolu, le discours sur l’évaluation a pris du poids, comme s’il s’agissait de croire qu’en « évaluant », en « évaluant » mieux, la restauration d’un monde serein serait bientôt en marche.

Bien sûr, il existe des pratiques d’évaluation nécessaires, qui, dans le cadre de la recherche scientifique, ou dans le cadre de décisions politiques peuvent même devenir de véritables procédures d’analyse. Une crise environnementale, sanitaire ou alimentaire, peut obliger à évaluer une situation, voire évaluer des risques, traduisant ainsi une volonté de maîtriser les risques potentiels que nous pouvons prendre raisonnablement au regard du coût (humain et/ou économique) qu’ils pourraient entraîner. L’évaluation participe alors d’un standard de jugement faisant valoir l’obligation d’une réciprocité entre gestion des risques potentiels et impératifs décisionnels.

Mais ce n’est pas l’aspect de la question retenu pour ce dossier. D’autant que ce numéro d’EspacesTempsLes Cahiers a été conçu en parallèle avec un Dossier Traverse en ligne sur EspacesTemps.net. Entre ces deux publications, la tâche a été partagée. Les Cahiers s’attachent à éclairer les usages sociaux et politiques de l’évaluation dans la société contemporaine, tandis qu’EspacesTemps.net se concentre sur la question, non moins centrale, mais plus resserrée, de l’évaluation dans le cadre scientifique. Nous appelons nos lecteurs à circuler entre les deux publications, et à prendre part aux échanges favorisés dans la revue en ligne.

Nous avons donc voulu insister sur un autre aspect, celui qui oblige à relever que, derrière l’évaluation professionnelle, sociale et politique, derrière ses pratiques et ses aspirations, il y a des pratiques managériales, de rentabilité, qui consistent moins, désormais, à organiser l’existence humaine mécaniquement qu’à organiser les hommes à l’intérieur d’eux-mêmes. Les collaborateurs de ce numéro, chacun à partir de sa discipline (sociologie, économie, histoire, philosophie, sciences politiques), et en fonction de ses perspectives (libérale, réformatrice, transgressive), se sont par conséquent attachés à mettre en question l’évaluation, à évaluer l’évaluation, dans les pratiques de la société contemporaine, dans ses discours et dans ses mœurs.

Remarque : Nous avons demandé aux auteurs des textes sans notes. Ce qui ne va pas sans poser un problème, disons, conceptuel. On se souvient de Voltaire félicitant l’historien Dupleix d’avoir indiqué dans les marges de ses récits les références qui conféraient autorité à ses assertions, au lieu de se contenter d’affirmer impérieusement comme le pouvoir absolu. Nous nous sommes heurtés à un risque de ce type. Mais nous assumons notre demande destinée à assouplir la lecture d’un public moins académique. Cela dit, l’absence de notes est palliée par la présence d’une bibliographie, placée en fin de chaque contribution.

EspacesTemps Les Cahiers, Évaluer l’évaluation. Emprises, déploiements, subversions, n° 89/90, octobre 2005, 220 pages, 22 euros.

Résumé

Sommaire. Éditorial : Malaise dans l’évaluation. Stanislas d’Ornano et Christian Ruby, I would prefer not to… Emprises. Paul Zawadzki : Le temps d’évaluer. Danilo Martuccelli : Métamorphoses existentielles de l’évaluation. Yves Michaud : Valeurs, normes et évaluations. Christian Ruby : Jugement de la faculté critique. Stanislas d’Ornano : Transformations du pouvoir d’influence des intellectuels. Déploiements. […]

Pour faire référence à cet article

"‘Évaluer l’évaluation. Emprises, déploiements, subversions.’", EspacesTemps.net, Laboratoire, 01.11.2005
https://www.espacestemps.net/articles/evaluer-evaluation/