L’enquête et ses graphies.

Cycle de conférences. EHESS.

Marcel Saint-Vanne. Musée d’Ottawa. 12 août 2012. Source: Flickr.

Le travail d’interrogation du monde social pose toujours au chercheur la question de la transcription des données et des résultats obtenus. Les modèles canoniques privilégient l’usage de l’écriture orthographique et relèguent souvent les formes d’écritures iconographiques dans la perception sensible, l’allusif et le flou symbolique, à l’extrême opposé de la rigueur démonstrative et argumentative de l’écriture. Le recours à l‘image dans la recherche se fait alors sur un mode passif de collecte de données, de constitution de corpus. Suivant cette perspective, l’interprétation de la réalité sociale ne pourrait être exprimée que par le texte, et l’image (photographique ou filmique) ne serait qu’une preuve d’authenticité ou une illustration destinée à occuper l’œil ; elle est alors une « image-alibi ». On fait comme si le langage iconographique était inapte à la catégorisation, au classement et à la déduction analytique. Or l’image, confinée au domaine expressif et métaphorique, n’est ni identique ni opposée à l’écriture orthographique. Elle participe à la représentation, à l’interprétation et à la transmission savante du monde social ; elle contribue à la déconstruction et à la re-construction de la réalité sociale. Dans le processus de production et de diffusion des connaissances en sciences sociales, le moment de l’enquête, en particulier, est une situation de transcription idéale pour examiner le passage d’un ordre de fait à un autre et pour retracer sa fonction dans le projet scientifique. La complexification technique (informatique) des modes de figurations et des formes d’exposition iconographiques s’invite aux débats.

Le séminaire interrogera les modalités d’implication de l’image dans la fabrication, la transformation et la figuration iconographique des données issues de l’enquête de terrain. L’étude du choix d’une forme de transcription des données, d’une graphie particulière, permet d’étudier le potentiel performatif de chacune et, lorsqu’il se porte sur l’usage de l’image, de statuer sur leur saisie suivant les règles propres aux langages iconographiques. Comment l’esthétique, le style, interviennent-ils dans la pertinence des images ? Comment, au cours de l’opération d’investigation, la forme iconographique impose-t-elle une signification ? De quelle façon peut-on envisager les modalités d’une transcription de concepts en images ? On posera ainsi non seulement le problème de l’expression et de la figuration de réalités complexes, mais aussi de l’interprétation, de la transmission et de la réception de ces produits iconographiques. Nous développerons cette réflexion à partir d’images élaborées par les participants sur des terrains concrets.

Le séminaire se tiendra à l’EHESS, principalement les 4ème jeudi du mois, de 15h à 17h30. En raison des changements ponctuels, il est conseillé de consulter attentivement le programme.

Résumé

Ce séminaire entend réfléchir à l'articulation du savoir en sciences sociales : si l'écriture orthographique reste aujourd'hui le mode privilégié de la transcription scientifique, de multiples supports (du dessin ethnographique aux dispositifs de surveillance vidéo) attestent et / ou délivrent une appréhension autre des faits issus du monde sensible. Les séances du séminaire introduiront différents cas d'études questionnant les modalités techniques de ces restitutions et leur fondement épistémologique. Ce faisant, le séminaire mettra en examen l'architecture théorique qui repose jusqu'àlors sur une perspective restreinte, limitée par l'horizon d'entendement de ce monde autrement plus complexe.

Pour faire référence à cet article

"L’enquête et ses graphies.", EspacesTemps.net, Brèves, 02.12.2013
https://www.espacestemps.net/articles/lenquete-et-ses-graphies/