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Résumé | Bibliographie | Notes

Sérendipité.

La spatialité du texte. Étude sur la réception des Morts qui dérangent.

Nous tenons à remercier Akashic Books de même que Payot & Rivages, éditeurs de Muertos incómodos en anglais et en français de nous avoir transmis leur revue de presse. Merci également à Marc Brosseau du département de géographie de l’Université d’Ottawa pour sa lecture critique.

la-spatialite-du-texte-tude-sur-la-reception-des-morts-qui-derangent-1La géographie littéraire est maintenant un champ d’étude dynamique qui n’a plus à commencer chaque nouvelle incursion dans le domaine par la justification de son existence. Depuis les années 1960, les articles, s’ils ne sont pas nombreux, paraissent au moins régulièrement dans les périodiques de géographie, si bien que les revues de littérature sur le sujet se sont elles aussi multipliée (Salter, Lloyd ,1977 ; Silk, 1984 ; Noble, Dhussa, 1990 ; Pocock, 1988 ; Brosseau, 1994 et 2009 ; Hones, 2008 ; mentionnons également les numéros thématique de Géographie et culture en 2002 et 2007, des Cahiers de Géographie du Québec en 2008 et de Anglia : Zeitschrift für Englische Philologie en 2008). Cependant, malgré le dynamisme des travaux de géographie littéraire, la question de la réception reste négligée par les chercheurs. Ils semblent éprouver de la difficulté à de se distancier des considérations qui portent soit sur le contexte de production — pour employer volontairement un terme marxiste ou radical — soit sur le texte comme sujet ou, plus prosaïquement encore, sur la capacité descriptive du roman. Johanne Sharp (1996 et 2000) a ainsi appelé les géographes à être plus attentifs aux processus sociaux et aux rapports de pouvoir qui servent de contexte à la réception. Certains auteurs ont été sensibles à de telles problématiques. Squire (1996) et Herbert (2001), par exemple, font porter leur attention sur le tourisme littéraire et s’intéressent à l’impact de la littérature sur le paysage et sur les pratiques des voyageurs.

En effet, en plus de participer à la construction de sa propre géographie dans le texte (Brosseau, 1994 et 1995) et de provoquer une modification de l’aménagement urbain ou rural, la littérature participe activement à la construction d’un espace social et politique. L’apport du roman en tant que sujet correspond à la géographie que le roman peut « générer ». Cette géographie ne peut être détachée de son contexte et doit être lue par le géographe en tenant compte de la pertinence sociale du roman. La pertinence sociale ne réduit pas la performance du roman comme « sujet » (Brosseau, 1996) ; au contraire, elle contribue à en faire un sujet à part entière. Le roman devient un participant qui ne fait pas que suggérer une géographie alternative détachée de toute référence à une « réalité », mais qui est partie constituante d’un espace où convergent espace « réel » et topographie imaginaire. C’est là que réside, pour nous, l’intérêt d’une approche géographique du roman. Le roman représente plus qu’un objet de curiosité et peut être considéré comme partie prenante de phénomènes contemporains dynamiques.

Avec ce court texte, nous souhaitons fournir une démonstration du rôle du roman et de sa réception dans la construction d’un espace social et politique. En ce sens, nous nous situons proche du travail de Phillips (1996) et n’ignorons pas la participation de la littérature à un courant idéologique de fond où s’inscrivent une multitude de discours, notamment littéraires. Nous souhaitons illustrer cette construction à partir d’un roman particulier abordé comme un événement [1]. Nous proposons, pour explorer cet événement du texte et tenir compte du contexte, de questionner la réception critique d’un roman par des journaux destinés à un public non spécialisé. Concrètement, nous nous intéressons à la couverture médiatique de la parution d’un roman policier écrit, comme l’est cet article, à quatre mains. Il s’agit de Muertos incómodos, falta lo que falta de Paco Ignacio Taibo II et du sous-commandant Marcos.

Du roman comme événement.

Dans le domaine de la littérature, la réception est généralement conçue comme le pôle qui fait converger œuvre achevée et monde « réel ». Il s’agit du lieu où l’œuvre s’inscrit pleinement dans son contexte social, bien souvent indépendamment des intentions originales de l’auteur ou de l’éditeur. La réception est le cadre d’une rencontre, elle constitue une étape essentielle du « Text as it happens » (Hones, 2008). Concevoir le texte comme un événement, c’est le situer dans un continuum où la réception n’est pas confinée à un pôle, mais est aussi anticipée, imaginée par l’auteur en travail d’écriture.

This view of text relates well to an understanding of place as something relational, unfinished, and dynamic, internally various and the product of interconnected human and non-human histories. The event of text, too, can be articulated in explicitly spatial terms as ‘the coming together of the previously unrelated, a constellation of processes rather than a thing’ (Massey, 2005, p. 141, cité par Hones, 2008, p. 1310).

C’est dans l’espace que se déploie l’événement. S’appuyant à nouveau sur Massey, Hones ajoute : « Space as the dimension in which previously unconnected narratives or historical trajectories meet up and interact (Massey 2005) is also, more specifically, the dimension in which writing and reading can take place » (Hones, 2008, p. 1311). L’événement auquel participe le texte n’est donc pas limité à la vie du texte en aval de son écriture ; il inclut également l’acte d’écriture qui, lui-même, est partie prenante d’un milieu.

La contribution de Hones se concentre clairement sur les articles spécialisés, de même que sur les échanges possibles entre la géographie littéraire et l’analyse littéraire qui s’intéresse à l’espace. Elle suggère de mieux tenir compte des contextes de production des contributions de recherche que l’on doit aux deux disciplines. Cependant, elle précise aussi que l’idée d’un « texte événement » est applicable à d’autres « genres de discours » (Berdoulay, 1988), dont le roman.

L’idée du « texte événement » sert de levier interprétatif afin de penser l’ouvrage qui nous intéresse comme partie prenante d’un milieu. Quatre événements concrets, celui de la rencontre des écrivains, celui du lancement du livre, de même que ceux de la réception critique des traductions française et anglaise, ont guidé notre réflexion. La critique populaire offre une prise novatrice à une réflexion sur la réception des discours géographiques issus de la littérature. Il est important d’étudier le discours engendré par un texte donné, puisque celui-ci contribue à définir la place relative que les représentations suscitées par le texte occuperont. Autrement dit, le discours diffusé au sujet d’un texte, ici littéraire, contribue à donner plus ou moins de force aux représentations spatiales qu’il contient. S’il les légitime, on peut croire qu’il les diffusera à son tour, ce qui renforce le rôle territorialisant du texte littéraire, comme le montre par exemple Davis (1990) avec l’influence des représentations urbaines du roman et du cinéma noirs sur la perception de la ville aux États-Unis.

La critique populaire des périodiques semble donc un objet approprié pour l’étude de la réception, puisqu’elle constitue à la fois une lecture du roman et un discours sur celui-ci. Il s’agit en outre d’un discours performatif, en ce sens qu’il façonne en partie la réception d’un lectorat potentiel beaucoup plus large, crée des attentes et fournit des angles d’approche. La lecture critique est elle aussi performée. Elle participe d’un événement qui est situé.

Performed readings or interpretations are thus produced in relation to at least two geographies, the first being the geography of the initial text event, and the second being the geography of the context in which the reader’s experience of that event is later narrated (Hones, 2008, p. 1302).

Dans le cas qui nous concerne, la lecture critique provient de journaux qui sont écrits dans une langue donnée, diffusés sur des territoires particuliers et qui ciblent des lectorats définis. C’est pourquoi nous avons choisi de recueillir les critiques directement auprès des services de relations publiques des éditeurs français et étasuniens. Nous avons obtenu onze critiques du premier et dix-sept du second. Pour prendre le langage des statistiques, c’est là une « population » que nous admettons mince, mais qui nous a semblé suffisante pour explorer la pertinence de notre approche. L’article qui suit fait donc état de notre questionnement autour de la place du roman et de sa réception dans la construction, à travers des représentations situées, d’un espace social et politique. Notre propos est divisé en fonction de la chronologie des événements auxquels nous nous attardons, soit la naissance du projet romanesque, sa parution au Mexique et enfin sa critique en France et aux États-Unis, avant de se clore sur leur remise dans un contexte plus large.

L’événement en amont : la rencontre des auteurs.

Muertos incómodos (falta lo que falta), Une mort qui dérange dans son titre français, est un polar qui met en scène deux détectives. L’un exerce dans la capitale du Mexique, tandis que l’autre est envoyé en mission dans cette ville par l’armée zapatiste de libération nationale (Ezln [2]). Cette dernière chapeaute un mouvement révolutionnaire qui occupe un territoire autonome de l’état du Chiapas, au sud du Mexique. Ce mouvement est bien réel et c’est l’un de ses dirigeants, le sous-commandant Marcos, qui prend la plume pour raconter l’histoire d’Elías lancé à la poursuite des « malintentionnés » liés au système néolibéral, clientéliste et corrompu. Les chapitres qui mettent en scène Elías alternent avec ceux où se développe l’histoire parallèle de Belascoarán, détective privé du DF (pour Districto Federal), comme on surnomme la ville de Mexico. C’est Paco Ignacio Taibo II, un écrivain mexicain célèbre pour ses polars et ses biographies de grands personnages révolutionnaires latino-américains, qui signe l’autre moitié du texte. Les deux détectives ont pour mission de résoudre chacun une énigme reliée aux dirigeants politiques de droite du Mexique. Leurs enquêtes se croisent lorsque Elías reçoit comme consigne de rechercher l’appui du détective de la capitale. Elles servent à dévoiler les dessous d’un système répressif et corrompu, à travers une série de situations rocambolesques entrecoupées de faits historiques.

Ce récit représente beaucoup plus qu’un roman policier coloré. Le conflit intradiégétique a son pendant dans la « réalité ». Le mouvement zapatiste et le sous-commandant Marcos sont apparus aux yeux du monde en 1994. Le mouvement rassemble des Autochtones du Chiapas qui revendiquent une amélioration de leurs conditions de vie. Le niveau de vie des Autochtones de cet état (environ 25% de la population) figure en effet parmi les plus bas du pays. Le mouvement zapatiste a d’abord misé sur une stratégie militaire révolutionnaire, qui a rapidement muté en une stratégie de communication et de diffusion.

Sa principale stratégie est composée de communiqués de presse largement diffusés aux échelles locale, nationale et internationale (Galland, 2008). Le récit qui nous intéresse s’insère dans cette diffusion. Le mouvement zapatiste a sans doute été le premier mouvement social à utiliser Internet de façon massive afin de propager son message à l’échelle transnationale. Cette stratégie leur a servi : le mouvement jouit, dès les premiers jours de son insurrection, d’un fort niveau de sympathie qui oblige le gouvernement mexicain à s’asseoir avec lui pour négocier. Depuis, les dirigeants du mouvement misent sur les médias écrits, radio et vidéo, pour apparaître dans une sphère publique de laquelle ils étaient exclus.

Figure 1. Photo d’une école primaire en territoire autonome zapatiste (Stéphane Guimont Marceau, mai 2004).

Figure 1. Photo d’une école primaire en territoire autonome zapatiste (Stéphane Guimont Marceau, mai 2004).

C’est le support international et, dans une moindre mesure, national, gagné par la diffusion de son message qui a permis au mouvement de survivre. Le fait de répandre dans l’espace public transnational les menaces de répression du gouvernement a probablement protégé le mouvement de celles-ci. Sa popularité a rapidement pris de l’ampleur, bien qu’elle se soit essoufflée depuis quelques années. Ainsi, en plus de conquérir un territoire géographique qu’ils contrôlent encore à des degrés divers et gèrent de façon largement autonome, les zapatistes ont su conquérir un territoire virtuel. Toute la stratégie zapatiste s’appuie sur des réseaux de solidarité et sur une communication constante vers l’extérieur, réseaux qui ont entre autres contribué au développement du mouvement altermondialiste (Russell, 2005). Un secrétaire aux Affaires extérieures mexicain a d’ailleurs qualifié la stratégie du mouvement de « guerre de l’Internet et de l’encre » (Froehling, 1997).

Cette stratégie de communication est fortement soutenue par la plume du sous-commandant Marcos. Celui que Ramonet (2001) surnomme « cyberguérillero » possède une écriture facile et imagée. Il sait en outre mettre habilement en scène le langage et les formules qui attirent l’attention des médias et de la population. C’est lui qui rédige la majorité des communiqués du mouvement. Ses chroniques sont attendues par le public et retransmises par la radio, la presse écrite et Internet. Marcos a publié divers volumes, surtout des chroniques, des entretiens et des contes. Il conserve par ailleurs des liens privilégiés avec des écrivains et personnalités sympathiques à sa cause (par exemple José Saramago et Manuel Vásquez Montalbán [3]). C’est dans ce cadre qu’il a, semble-t-il, proposé à l’écrivain Paco Ignacio Taibo II de participer à une aventure littéraire quelque peu inusitée. Cette proposition arrivait à point nommé au sein d’une stratégie de communication qui visait à faire connaître la situation des Autochtones du Chiapas, la corruption du système politique mexicain et les pièges du néolibéralisme international. Ainsi est née l’histoire de Muertos incómodos. Elle a d’abord été publiée sous forme de feuilleton hebdomadaire dans le quotidien mexicain de gauche, La Jornada, mais a rapidement été reprise par les éditeurs mexicains et étrangers.

L’histoire fictive de Muertos incómodos s’inscrit donc fortement dans l’histoire politique récente du Mexique et du Chiapas, ainsi qu’au sein du développement du mouvement zapatiste. Les chapitres rédigés par Marcos ouvrent ce qui semble être un accès privilégié à la vie clandestine du mouvement, à ses acteurs et à ses lieux. Les premiers se déroulent au Chiapas, dans les campements de l’armée zapatiste et dans les communautés autochtones en lutte. Cette entrée privilégiée fait partie de la stratégie de communication du mouvement qui lève régulièrement le voile sur le fonctionnement interne du mouvement et des communautés. Ce dévoilement, qui s’oppose à la clandestinité des anciens mouvements révolutionnaires, renforce sa légitimité en permettant aux gens de l’extérieur de s’y identifier. Il fait ainsi pénétrer la jungle mexicaine au cœur de l’espace public. Il révèle, au passage, que le mouvement n’est pas composé que de militaires, mais qu’il repose sur une base civile importante, des hommes et des femmes qui travaillent quotidiennement, dans différents espaces, à l’édification de l’autonomie du territoire zapatiste (Guimont Marceau, 2010).

Dans l’histoire qui nous intéresse, le détective imaginé par Marcos, Elías, quitte le Chiapas et migre vers la capitale du pays. Il y poursuit son enquête qui vise à découvrir la signification de notes rédigées par un écrivain sympathisant du mouvement, Manuel Vásquez Montalbán, et découvertes à titre posthume [4]. Les faits historiques et fictifs se succèdent et se chevauchent sans qu’il soit toujours possible de pouvoir les distinguer. Ici, comme dans la plupart des communications zapatistes, « l’appréhension du monde s’effectue depuis la création littéraire » et ouvre ainsi tous les possibles (Galland, 2008, p. 166). Les chapitres qui relatent les péripéties d’Elías sont rédigés à la première personne dans un langage et avec des expressions propres aux Autochtones du Chiapas. Ce qui n’est pas sans procurer une dose supplémentaire de réalisme à l’histoire.

Quant à Belascoarán, l’autre détective de l’histoire, il entraîne aussi le lecteur dans des zones qui lui sont généralement inconnues. Comme tout bon protagoniste de roman policier, il possède un accès privilégié aux bas-fonds de la capitale du Mexique. Si on prétend explorer le texte comme événement, on se doit de souligner que, outre le discours zapatiste présent dans le roman, le genre littéraire policier n’est pas sans diffuser un discours bien spécifique sur l’urbain. En tant que genre littéraire, le roman policier impose à la fois des normes d’écriture historiquement contingentes dont l’auteur peut s’écarter à des degrés divers, et des normes de lecture qui orientent le lecteur, le situe dans l’univers du roman et dans son arrimage plus ou moins ferme au monde « réel » (Todorov, 1978). Le genre policier, bien qu’il se pose comme fiction, sous-entend une lecture du monde bien particulière en ce qu’il tente de faire croire au lecteur qu’il lui dévoile des parties cachées de la réalité, par exemple les bas-fonds, la nuit urbaine, les ghettos, etc. (Tuan, 1985 ; Schmid, 1995 ; Howell, 1998 ; Farish, 2005). Le genre procédural, extrêmement réaliste dans son style d’écriture, ne lésine ni sur les détails sanglants, ni sur les rouages de l’administration publique ou des grandes corporations (Hausladen, 2000). Accepter la plausibilité des uns tend à renforcer celle des autres.

Cette parenthèse sur le genre littéraire policier souligne la parenté entre deux tactiques discursives, celle d’un auteur de roman policier comme Taibo et celle d’un engagé politique zapatiste comme Marcos. Tout deux négocient entre des registres littéraires plus ou moins fidèles à la « réalité » et une tentative de séduction du lecteur-citoyen. Plus explicitement tournée vers le divertissement, l’écriture de l’auteur de polar se teinte de revendications politiques du simple fait de sa juxtaposition à celle du militant qui, elle, gagne en impression de réalisme étant donné la capacité de description fine rattachée au genre procédural. La rencontre de Taibo et Marcos conditionne donc l’écriture d’un roman hybride, un roman véritablement dialogique. Il existe en effet un dialogue entre ses auteurs, dialogue qui agit comme acte politique servant les stratégies d’un mouvement social (auquel Taibo a signifié explicitement son attachement notamment à travers ses livres « pleins de charge sociale », selon ses propres mots cités par Le Monde 2). Il existe aussi un dialogue entre les genres de discours, entre les personnages et les trames de leurs aventures, ainsi qu’entre les modalités de la « réalité » urbaine, politique et sociale mobilisées pour participer à l’expérience de lecture et à l’impact possible du texte. En ce sens, le public visé est sensé être plus sensible qu’un lecteur qui serait uniquement à la recherche d’un divertissement. Il est permis de penser, compte tenu des conditions d’écriture laborieuses dictées par la réelle clandestinité d’un des auteurs — correspondance entre les auteurs codées et intermittentes empruntant des canaux secrets —, que le jeu n’aurait pas valu la chandelle si l’intention pamphlétaire n’avait pas été importante. Le texte comme événement est ici le cadre d’une rencontre qui anticipe sur la réception de l’œuvre. Rencontre où interviennent un projet politique et une critique sociale au moins autant que des intentions esthétiques.

L’événement en aval : la rencontre du texte et du lectorat.

Suite à ce survol du contexte d’élaboration du roman, penchons-nous sur deux événements liés à sa parution, soit le lancement de sa version originale et la critique de deux de ses traductions. Le premier est relaté dans les pages d’un quotidien mexicain, La Jornada, tandis que le second s’incarne dans les critiques émises par différents périodiques lors de sa sortie en français et en anglais, critiques que nous analyserons plus bas.

Dans l’article de La Jornada du 25 avril 2005, archivé en ligne, le journaliste Arturo García Hernández décrit le lancement du livre Muertos incómodos, dans la ville même où se déroule son action. En effet, c’est dans une colonia (quartier) de Mexico, Nezahualcóyotl, que Taibo a décidé de présenter le livre à la presse et à la population, un lancement qui se voulait « international ». On peut lire dans l’article, que l’événement « s’est peut-être converti en lancement de livre avec la plus importante présence policière de l’histoire des lettres nationales […] environ 50 policiers, plusieurs armés, ont pris position sur l’esplanade du Palais municipal, autour de l’estrade depuis laquelle diverses personnalités se sont adressées au public ». L’événement aurait attiré une foule d’environ 350 personnes, hétéroclite et curieuse, en plus des inévitables sympathisants zapatistes. Cette foule se caractérisait, toujours aux dires du journaliste, par son origine modeste.

Rien de surprenant, puisque la colonia Nezahualcóyotl a un profil socioéconomique qui la classe parmi les plus défavorisées de la ville. Neza, telle que l’appellent les Chilangos, les habitants de Mexico, représente pour plusieurs un des lieux mal famés de la capitale. Ce n’est donc vraisemblablement pas de façon innocente que Taibo l’a choisi pour faire son lancement. Selon l’article, le maire de Nezahualcóyotl se serait plaint au célèbre écrivain du fait qu’aucun événement culturel d’envergure ne prenait place dans son quartier que l’on associe plus volontiers à la gauche. L’auteur aurait donc décidé d’y camper le sien, avec toute la symbolique que cela comporte.

Ce n’est certes pas la première fois qu’un événement littéraire incarne les contradictions inhérentes au contexte politique mexicain. Toutefois, celui-ci a la particularité d’avoir échappé aux cercles littéraires habituels pour « sortir dans la rue ». Il se voyait en quelque sorte rendu à ceux qui constituent les premiers interlocuteurs des deux auteurs. Cela a eu pour effet de créer un lieu à la fois festif et de confrontation, où les forces de l’ordre, toujours selon l’article, « n’avaient pour objectif que de protéger le maire du Prd [5] ».

L’événement, s’inscrit dans la continuité de la politique mexicaine, mais crée un horizon d’attentes. Il façonne momentanément un espace de rencontre et transforme un quartier en une scène de contestation et d’expectative. Le livre est devenu partie prenante d’un contexte beaucoup plus large où s’affrontent forces politiques et mouvements sociaux. « En plus des policiers, ont participé à l’événement dix pompiers, quelques musiciens de la fanfare municipale, plusieurs enfants morts d’ennuis dans les bras de leur mère attentive, des jeunes sympathisants zapatistes enthousiastes et/ou lecteurs de Paco Ignacio Taibo II, une femme âgée avec les mains et le menton appuyés sur la poignée de sa canne et des vendeurs d’artisanat zapatiste ». L’événement lui-même se trouve repris, communiqué à travers la plume du journaliste.

Mais même si l’événement de Nezahualcóyotl représentait le lancement international de l’œuvre, c’est sa réception à l’extérieur du cadre mexicain qui témoigne de l’intérêt suscité ailleurs. Les conditions de réception s’inscrivent dans des cultures littéraires et des contextes politiques particuliers. Les versions anglaise et française ne sont parues que plusieurs mois après la version originale (toutes deux en 2006). En France comme aux États-Unis, les deux auteurs jouissent d’une réputation qui a permis à leur ouvrage d’accaparer une partie de l’espace médiatique. Aucun déploiement des forces de l’ordre n’est venu souligner leur parution cependant. Ce sont surtout des périodiques aux tendances éditoriales relativement à gauche qui ont souligné la parution de Muertos incómodos. On compte autant de petites publications indépendantes (The Indypendent, Punk Planet, La Bloga, La Nouvelle vie ouvrière, La Gazette du Nord-Pas de Calais) que des quotidiens à très grand tirage (Los Angeles Time, Washington Post, Le Monde). De manière générale, la critique n’a pas rangé Muertos incómodos du côté de la grande littérature, mais de celui du divertissement, du pamphlet, voire de la curiosité.

La devise d’Akashic Books, éditeur américain, « l’embourgeoisement interverti du monde littéraire » [6], laisse supposer que Muertos incómodos s’inscrit dans un univers de mise en marché spécifique d’emblée sympathique à l’entreprise de Taibo et de Marcos, le « plus courageux révolutionnaire mexicain » (site Internet d’Akashic Books). De fait, Akashic mise sur des auteurs ignorés des grands éditeurs corporatifs des États-Unis ou qui refusent d’y être associés.

La crique étasunienne met nettement en avant la figure du sous-commandant Marcos au détriment de celle de l’auteur de polar. La biographie de l’auteur guérillero assurerait un certain réalisme. C’est le cas dans The Independent (June, 2006) qui ne dit rien sur Taibo mais donne une biographie de Marcos qui se veut garante de ses connaissances. Même présence de l’aspect biographique, ne serait-ce que brièvement, dans les critiques du Los Angeles Times (September 17, 2006), de The Independent (January 12, 2007) et de The Observer (April 29, 2007), ou encore celle de Patricia Anderson du Washington Post (October 2, 2006, C03), qui écrit de Marcos qu’il n’est ni bon auteur, ni bon révolutionnaire mais qu’« il est là dehors, bottes aux pieds, crayon en main, faisant ce qu’il a à faire [7] ». Ce qui semble faire de lui un porte-parole digne de confiance. À côté de Marcos, Taibo n’est… qu’un écrivain, semble-t-on dire. En se limitant à ajouter que ce dernier est reconnu mondialement comme un maître du noir, la critique paraît davantage croire que la participation de Taibo renforce la valeur artistique de l’œuvre sans être garante de sa proximité avec la « réalité ».

Le second aspect important présent dans la critique étasunienne relève du réalisme magique. En même temps qu’elle porte surtout son attention sur le personnage de Marcos comme caution du réalisme de la description, la critique souligne le fait que le récit nous fait pénétrer dans un pays où les éléments fantastiques font partie de la réalité quotidienne et « nous poussent à regarder avec des yeux d’enfants un monde que l’on pensait connaître [8] » (El Paso Times, September 24, 2006, B2).

Cette façon de décrire l’espace au sud du Río Grande n’est pas nouvelle. Historiquement, les récits de voyages, les romans, la peinture et plusieurs autres modes de représentation ont fait circuler une géographie imaginaire de l’Amérique latine comme un espace où le merveilleux fait partie de la vie quotidienne. Les premières représentations de l’Amazonie étaient caractérisées par un ensemble d’éléments fantasmatiques — ville de l’El Dorado, tribu des Amazones, jungle impénétrable qui menait à la perdition morale — dont plusieurs persistent aujourd’hui (Slater, 2002). Malgré ses origines coloniales, cette géographie imaginaire de l’Amérique latine en tant qu’espace magique ne se limite pas aux représentations européennes du continent. Cela est devenu une caractéristique de la production culturelle de l’Amérique latine elle-même où le « réel » et le « merveilleux » sont juxtaposés de manière à ce que le second semble faire partie du premier (Angulo, 1995 ; Esteban, 2000 ; Monet-Viera, 2004 ; Scheel, 2005 ; Schroeder, 2004). Souvent définie par le terme de « réalisme magique », cette production culturelle introduit des éléments surnaturels dans le scénario réaliste, de façon à ce qu’ils semblent participer aux éléments les plus banals et réalistes, plutôt que de s’inscrire en faux contre eux. De telle sorte que, l’auteur met fin au conflit entre le naturel et le surnaturel et oblige le lecteur à suspendre son jugement sur la rationalité du monde fictif (Faris, 2004). Cependant, la présence d’éléments magiques défiant l’explication empirique ne peut jamais tout à fait être réconciliée avec le côté réaliste du scénario. Des éléments irréductibles tendent à secouer les habitudes du lecteur, ce qui cause chez lui des doutes en même temps qu’il tente de situer les lieux ou les événements décrits sur l’échelle de ce qu’il conçoit comme étant crédible. Le fait que les auteurs latino-américains reprennent à leur compte ce réalisme magique est la caution au moins implicite de la présence du merveilleux dans l’espace qu’ils occupent (Esteban, 2000).

Les critiques de l’œuvre de Taibo et Marcos reprennent donc à leur compte le réalisme magique latino-américain, lorsqu’ils territorialisent le merveilleux en l’associant à un espace précis. On peut, par exemple, lire dans le Time (August 21, 2006) que « mener une révolution de gauche depuis la jungle du sud mexicain laisse amplement le temps pour des projets littéraires [9] ». Ailleurs, Stephen Smith de l’Observer (April 29, 2007, p. 22) fait une critique du roman, accolée à celle d’un essai sur le capitalisme en Amérique latine. La juxtaposition des deux critiques semble, là encore, rapprocher le manifeste politique de l’univers du plausible, mais teinte en même temps les écarts du capitalisme latino-américain de merveilleux. On joue d’orientalisme en quelque sorte. On fabrique une altérité confinée dans le territoire du merveilleux, ou du moins on s’interroge à ce sujet. Comme Patricia Anderson du Washington Post (October 2, 2006, C03), on hésite donc, on « ne sait pas si ces histoires participent du réalisme magique ou sont simplement inspirées par la bonne vieille folie mexicaine [10] ». Au final, une forme de doux laisser-aller est associée à l’espace mexicain, source, entre autres, de « trois décennies de gouvernement mexicain corrompu, brutal et inepte [11] » (Punk Planet, March-April, 2007, p. 13). La « définition mexicaine de paranoïaque » que Muertos incómodos offre selon le Library Journal (September 1, 2006, p. 8) rend peut-être encore mieux compte de l’image du Mexique portée par la critique étasunienne : « un gars qui croit qu’il est suivi par des gars qui le suivent [12]  ». Ce qui n’était qu’illusion devient réel par l’intermédiaire du lieu où se déroule l’action. Le réalisme magique devient outil de réalisme : il « ajoute au goût d’authenticité [13] »  (La Bloga, December 5,).

La critique française met moins d’emphase sur le réalisme magique ou sur les aspects loufoques, auxquels n’est pas insensible la critique anglophone, mais insiste sur le chaos politique et social. On y parle aussi davantage de Paco Ignacio Taibo II. Ce n’est pas parce qu’on y méconnait la figure de Marcos, loin s’en faut. Le subcomandante est une figure qui s’attire fréquemment les sympathies du Monde, par exemple, alors que ce journal ne parle que très peu de Marcos dans sa critique du livre. Taibo ne bénéficie pas d’une telle renommée aux États-Unis. Il faut dire que Payot & Rivages ont publié de nombreuses œuvres de Taibo. Faire la promotion de Muertos incómodos constitue donc pour eux une publicité indirecte pour les œuvres déjà parues. Le principal intéressé se décrit comme un « militant urbain » et la critique s’étend sur son histoire familiale, militante de gauche depuis des générations, sa participation aux manifestations étudiantes de Mexico en octobre 1968 (durement réprimées par le régime), de même que sur sa biographie du Che et ses autres romans noirs. La couverture médiatique française insiste donc plus sur le genre policier que sur l’essai politique. Est-ce à dire qu’on croit moins, alors, au « réalisme » de la représentation ? Non pas, puisque le contrat générique entre le roman policier et son lectorat, contient justement, comme nous l’avons vu plus haut, une reconnaissance implicite que le roman doit prétendre fournir une part de vérité, qu’il doit dévoiler une partie de la ville qui serait normalement cachée au quidam. On attend du polar qu’il nous fasse investir métaphoriquement les zones urbaines en friche où l’on aurait trop peur d’aboutir dans la réalité. C’est en cela que le roman policier captive.

En expliquant que Marcos a choisi un nouveau médium pour « évoquer l’histoire contemporaine de son pays », et qu’il le fait afin de donner un nouveau souffle au mouvement zapatiste, Le Point du 23 février 2006 (p. 27) reconnait implicitement à la fois l’impact de la littérature sur la réalité et la perception du roman comme diffusant une information relativement crédible sur le Mexique. Le roman, dans laquelle les protagonistes vont « raconter leur pays » (La Gazette du Nord-Pas de Calais, 26 janvier 2006, p. 14), montre qu’il « règne une monstrueuse pagaille au Mexique » (Le Monde des livres, 13 janvier 2006, p. 20). Plus encore, « ce roman feuilleton rappelle quelques vérités sur la vie politique mexicaine », et est « très éclairant sur la vie mexicaine contemporaine » (La nouvelle vie ouvrière, 14 juillet 2006, p. 32). Tandis que Le Soir titre : « Mexique, mode d’emploi » (24 février 2006), Science et vie junior (avril, 2006) en fait un « Portrait très vivants de la société mexicaine ». Seul L’amateur de cigare (mars/avril, 2006) fait référence au roman comme étant strictement fictif.

Moins intéressé par le réalisme magique sans l’ignorer totalement (« Au Mexique, tout prend aisément des dimensions épiques », lit-on dans Le Monde 2 du 28 janvier 2006 (p. 50); « un vrai roman farfelu sur la pagaille en Amérique centrale » dans Virgin!, 1 mars 2006, p. 8), la critique française souligne davantage les aspects les plus glauques de la trame narrative. On relève également que le processus d’écriture fut lui aussi épique, puisque Marcos et Taibo devaient communiquer à travers les réseaux clandestins du mouvement zapatiste. Cette « tranche d’histoire mexicaine » « rappelle […] combien la corruption, les assassinats gratuits ou les trafics d’influence gangrènent un pays en pleine mutation » (Le Soir, 24 février 2006, p. 7). L’acte de lecture, plus qu’un acte artistique ou qu’un complément d’information sur le Mexique, se rapproche alors de l’acte politique. Avec Muertos incómodos, on a affaire à « une diatribe compliquée mais à lire au nom des oubliés qui vous remercieront » (La Gazette du Nord-Pas de Calais, 26 janvier 2006, p. 14). Lire ce roman à quatre mains équivaudrait à prendre position. Le Monde (28 janvier 2006) termine son article en se demandant si Marcos constitue un archétype du roman d’aventure à la manière de Robin des Bois. C’est le propre du roman policier, peut-on y lire, « d’aller loin dans le traitement du drame social » (p. 51), et la perception de la critique française fait de l’auteur le meilleur des guides des lieux de l’ombre mexicains.

Cette excursion à travers quatre événements auxquels participe un même roman (son élaboration, son lancement et sa critique dans deux zones géographiques différentes) illustre la pertinence d’une approche du texte qui tienne compte de l’espace social dans lequel il s’inscrit. Un arrêt sur le discours de la critique nous a semblé particulièrement riche à cet égard. Toutes les critiques ne permettent cependant pas une telle analyse. Le caractère généralement bref d’une critique littéraire dans un quotidien ne fournit pas un matériel d’analyse abondant. N’en demeure pas moins que, lorsqu’on fait une critique de Muertos incómodos, on ne parle pas uniquement du texte, mais on formule également une représentation de l’espace mexicain. Cette représentation peut reprendre à son compte ou favoriser des aspects particuliers du récit original. Le discours tenu par la critique ouvre de la sorte des portes au lecteur qui abordera l’œuvre avec en mémoire la réflexion amorcée par la critique, ou ne la lira jamais mais ajoutera une pierre de plus à la construction de son Mexique imaginaire. Ajoutons que notre lecture des critiques constitue elle-même un événement. Nous reconnaissons la part importante de nos propres impressions, notre rapport personnel au texte, de même qu’aux textes sur le texte que nous avons consultés.

Est-ce qu’un tel travail permet de faire ressortir une géographie de la littérature qui divise clairement la réception d’un même texte selon la localisation de son lectorat ? Sans doute pas tout à fait. Il permet néanmoins d’illustrer comment un texte constitue un événement, ou mieux, comment il participe de plusieurs événements qui relèvent d’espaces sociaux multiples n’étant pas confinés à la fiction littéraire. Le fait est que le même texte, au Mexique, à Nezahualcóyotl, dans le monde anglophone ou dans le monde francophone, donne lieu à des événements distincts. Si la distinction en de multiples événements fait ressortir la pertinence d’une lecture qui tienne compte des spécificités régionales, l’histoire mise en scène par Taibo et Marcos souligne l’appartenance à un monde véritablement globalisé. C’est cette inscription dans la mondialisation qu’à la fois le mouvement zapatiste, les auteurs, les éditeurs et les critiques instrumentalisent chacun à leurs propres fins.

Nous espérons avoir pu fournir une prise originale à l’étude de la réception par la géographie littéraire, tout en montrant que cette question n’est pas qu’une curiosité académique, mais qu’elle est aussi partie prenante d’une « réalité » qui, comme le Mexique contemporain, peut être d’une complexité explosive.

Résumé

Malgré le dynamisme relatif de la géographie littéraire, les contributions de ce champ d’études tendent à négliger la réception dans l’étude de la spatialité du texte. Le présent article tente de répondre en partie à l’appel de Sharp (1996; 2000) d’investir davantage ce pôle du rapport au texte tout en s’inspirant de la contribution de Hones (2008) qui propose une approche du texte comme événement. Pour ce faire, nous portons notre attention sur le discours de la critique populaire au sujet du roman Des morts qui dérangent par Paco Ignacio Taibo II et le Sous-commandant Marcos (2005). Nous nous arrêtons à son élaboration, à son lancement et à sa critique dans deux zones géographiques différentes. Ce sont autant de textes-événements qui permettent d’illustrer comment le roman participe de plusieurs espaces sociaux non confinés à la fiction littéraire.

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Notes

[1] Les définitions philosophiques de l’événement sont nombreuses et proviennent de différents champs de connaissance. On retiendra l’instanciation d’une ou plusieurs propriétés vers un objet. L’attention des théoriciens porte essentiellement sur la temporalité et la relation qu’entretien le processus d’instanciation avec la réalité, sa temporalité et l’horizon d’attente. Un « événement spatial » se trouve « à l’intersection d’agents et de situations éparpillés dans le temps et l’espace, et impliquant tant des humains que des non-humains, absents ou présents » (Hones, 2008, p. 1302, traduction des auteurs).

[2] Ejercito zapatista de liberacion nacional, le bras armé du mouvement zapatiste.

[3] José Saramago (1922-2010), prix Nobel de littérature Portugais, auteur notamment, de L’Aveuglement (1995) et de L’évangile selon Jesus-Christ (1991). Manuel Vásquez Montalában (1939-2003) est un romancier et essayiste espagnol célèbre entre autres pour son personnage détective Pepe Carvalho.

[4] Manuel Vásquez Montalbán est un auteur espagnol qui a connu ses plus grands succès à travers le roman policier. Il n’a jamais caché ses sympathies pour la gauche et le mouvement zapatiste en particulier. Il est effectivement décédé en 2003.

[5] Le Prd ou Partido de la revolución democrática se tient à gauche de l’échiquier politique. Il est majoritaire dans le district fédéral, mais dans l’opposition à l’échelle nationale.

[6] « reverse-gentrification of the literary world ».

[7] « he’s out there, boots on the ground, pen in hand, doing his thing ».

[8] « causes us to look with childlike wonder at a world we thought we knew ».

[9] « leading a lefist revolution from the jungles of southern Mexico leaves plenty of time for literary pursuits. »

[10] « I don’t know if these stories qualify as magic realism or are simply inspired by good old Mexican locoweed ».

[11] « three decades of corrupt, brutal, and inept Mexican government ».

[12] « a guy who believes that he’s being followed by a couple of guys who are following him ».

[13] [it] « adds to the flavor of authenticity »

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Sérendipité.

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