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Le futur est ailleurs : ici.

Jacques Lévy

Ricardo Costa, Genève, 3.10.2008, Flickr.

Cette traverse analyse et interprète les résultats d’une enquête qualitative par entretiens lancée en 2006 auprès d’un échantillon significatif de la population de l’agglomération transfrontalière de Genève (Gems : Geneva Micromega Survey). Ce travail s’est inscrit dans le projet Dia-Logos (2004-2010), une recherche exploratoire proposée par Jacques Lévy lors de son arrivée à l’École polytechnique fédérale de Lausanne en 2004 et soutenue par cet établissement. Le projet Dia-Logos a été mis en œuvre par un comité de pilotage comprenant, outre Jacques Lévy, Caroline Barbisch, Eduardo Camacho-Hübner, Dominique Joye, Alain Kaufmann, Valérie November, Sonia Lavadinho et Mathis Stock.

Le principe fondateur de Dia-Logos reposait sur le constat d’un double déficit marquant les relations entre enjeux de société et sciences sociales. D’une part, les travaux de ces dernières années restent mal connus des citoyens, qui en sont pourtant les destinataires principaux. D’autre part, les grands enjeux de société ne sont pas suffisamment pris en compte par la recherche alors que ce devrait être l’une des boussoles dans la détermination des programmes de recherche. À partir de ce constat, l’objectif consistait à combler ce déficit en favorisant les interactions entre sciences sociales et société. Le cœur du projet visait à encourager la recherche sous le regard actif des « individus ordinaires », avec la conviction que l’ensemble des acteurs concernés y trouvera avantage et que la qualité de la production scientifique, y compris la plus fondamentale, s’en trouvera améliorée.

Dans le développement de sa réflexion, Dia-Logos a accordé une attention particulière aux enjeux de société impliquant les sciences de la nature, les mathématiques et les technologies issues de ces sciences. Une grande part de ce que les citoyens ont à discuter à propos de leur avenir proche ou lointain concerne d’une manière ou d’une autre les deux grandes enveloppes naturelles des humains, le corps et l’environnement. Dans ce contexte, la recherche d’une hybridation, exigeante et respectueuse, de savoirs issus des différents continents épistémiques, à travers l’invention d’objets nouveaux, paraît s’imposer si le monde de la recherche veut vraiment apporter toute sa contribution intellectuelle à la construction et à la résolution des problèmes de la société.

Outre le lancement de l’enquête Gems, Dia-Logos a pris plusieurs initiatives s’intégrant dans sa démarche d’ensemble, telles qu’une recherche-pilote sur le traitement du corpus constitué par le Web pour analyser et confronter les discours des différents types d’acteurs intervenant sur la Toile (WeKWatch) ou la participation à des événements d’interface sciences/sociétés.

Le projet Gems a logiquement pris sa place au sein de Dia-Logos, à un double titre. D’abord, on considère la grande ville — en l’occurrence une « petite grande ville », située au sein d’un réseau urbain plus vaste, lémanique, suisse et européen — comme un concentré de mondialité. Cette « représentativité » ne fonctionne que si l’on s’intéresse non seulement au centre-ville et à la « Genève internationale », mais aussi aux périphéries suisses et françaises de cet ensemble finalement très riche en diversités sociales de toutes sortes. Ensuite, l’accent mis sur les images du futur correspond à l’hypothèse selon laquelle, en écoutant la parole des individus, on apprend beaucoup sur les futurs possibles, espérés ou craints. À l’inverse d’une prospective paresseuse qui se contenterait de prolonger les courbes et d’enfermer l’avenir dans de bien fragiles « tendances lourdes », nous pensons qu’il faut donner toute sa place à la pré-diction des acteurs ordinaires. Ce que résume le slogan de Dia-Logos : « Le futur est ailleurs : ici ».

Articles folder.

Les puissances de l’absence.

Jacques Lévy | 21.04.2014

The survey carried out on explicit representations of the future among the inhabitants of Geneva’s metropolitan area shows three major groups. The most substantial encompasses individuals that speak little about society as a whole but a lot about their [...]

Écologie : litanie du futur ou pouvoir négligé ?

Mischa PiraudLuca Pattaroni et Dominique Joye | 07.04.2014

Far away from the promises of a better future, the ecological question provokes fears that are widely shared. It contributes to a negative form of a common future that remains nevertheless quite detached from the everyday experience. Indeed, in [...]

Virtualités.

Jacques Lévy | 17.12.2013

Among the interviews conducted in Geneva, general and abstract speeches on the future are rare. This does not prove that the future is absent from discourses and imaginations ; it could mean that the tools we use do not [...]

Un avenir vraisemblable.

Olivier Mongin | 16.07.2013

Ce qui retient d’emblée l’attention dans l’enquête conduite par Dia-logos, c’est la volonté d’« entendre » qui s’y exprime. Entendre ! [...]

Résumé

This Traversal analyses and interprets the outcomes of the GEMS (Geneva Micromega Survey), an interview-based qualitative survey carried out since 2006 on a representative sample of the cross-border Geneva urban area. This inquiry is part of the Dia-Logos project, an exploratory research programme Jacques Lévy launched when he joined EPFL, in 2004. Dia-Logos’ founding principle is based on the observation of a dual deficit in the relations between societal issues and social sciences. On the one hand, works carried out by social scientists remain largely unknown from ordinary citizens although they should be the natural beneficiaries of them. On the other hand, what is at stake in societies is by far insufficiently taken into account in research programmes while it should be one of the major rationales of their construction. From this starting point, the goal has been to bridge both gaps and enhance interactions between social sciences and society. The GEMS project logically takes place within Dia-Logos. First of all, as a “little big city” embedded in a larger urban network — Lemanic, Swiss, and European —, Geneva is considered a concentrate of globality. This hypothesis operates only if, beyond the city-centre and “international Geneva”, Swiss and French peripheries are encompassed. Then this area turns out to include a large array of social diversities. Second, putting the emphasis on the future and its representations in individuals’ minds means that we expect much from the discourse cast by non-expert people, much more in fact than from lazy expertise consisting in confirming “heavy trends” or continuing curves of the past. Pre-dictions (what people say they hope or fear) are probably the best resources for an effective forecasting. This is what Dialogos’ motto sums up : “The future is elsewhere : here”.

To refer to this post (ISO 690)

Jacques Lévy, « Le futur est ailleurs : ici. », EspacesTemps.net [En ligne], Traversals, 2013 | Mis en ligne le 16 July 2013, consulté le 16.07.2013. URL : https://www.espacestemps.net/en/articles/le-futur-est-ailleurs-ici/ ;