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Échelles européeennes, vues d’Italie.

Dominique Rivière, L’Italie. Des régions à l’Europe, 2004.

Géraldine Djament

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Image1Dans la lignée de L’Italie et l’Europe vues de Rome. Le chassé-croisé des politiques régionales (Paris, L’Harmattan, 1996), Dominique Rivière propose, avec L’Italie. Des régions à l’Europe (Paris, Armand Colin, 2004), une nouvelle réflexion sur les rapports entre aménagement du territoire et construction européenne. Ce manuel tiré d’un mémoire d’habilitation et nourri d’une connaissance approfondie des institutions européennes tient à la fois de la géographie régionale à destination du public étudiant et de l’essai comparatiste. Centré sur les complémentarités, les conflits et les changements d’échelles spatiales – sans oublier d’emboîter les échelles temporelles – il montre l’ambivalence fondamentale de la construction européenne vis-à-vis des clivages interrégionaux.

L’ouvrage s’ouvre pédagogiquement sur un rappel de l’opposition entre le nord et le sud de l’Italie et sur une présentation de la théorie des Trois Italie (Arnaldo Bagnasco, 1977), dont le transfert de la sociologie à la géographie est retracé. Il souligne ensuite le décalage entre identité territoriale, ressortissant des échelles locale et nationale, et niveau économique, à analyser aux échelles nationale et européenne, réfutant ainsi les amalgames sécessionnistes de la Ligue du Nord.

Sur cette base, Dominique Rivière démonte la complexité des rapports entre la région, l’Etat et l’Europe. Contre le lieu commun de la dépossession du second par la troisième, elle souligne que l’européanisation de l’aménagement du territoire italien a été voulue par l’Etat, qui y a trouvé « une solution en douceur à la crise de la vieille politique méridionale » (p. 163), permettant de « faire l’économie de la crise politique majeure qu’aurait pu occasionner le référendum promu par la Ligue du Nord » (ibid.) en 1997. Elle propose également une vision nuancée des rapports entre le Mezzogiorno et l’Union Européenne, qui constitue à la fois un espoir, dans un contexte de désengagement public, et une menace, compte tenu du primat des contraintes budgétaires sur le rééquilibrage territorial. Cette étude de cas intermédiaire se nourrit, à travers des digressions maîtrisées et un utile système d’encadrés, de comparaisons éclairantes avec deux modèles opposés : celui de la France, pays qui a conservé un aménagement du territoire plus national, et celui de l’Espagne, pays dans lequel l’Europe aurait « été appelée au rôle de tête de file » (p. 231) de l’aménagement ou, du moins, en inspirerait fortement les principes. Le lecteur ne saurait qu’appeler de ses vœux un développement systématique d’une telle approche comparatiste.

Les conclusions enrichissent notre vision des recompositions scalaires liées à la construction européenne. Si, sans surprise, Dominique Rivière constate le couplage croissant des échelles régionale et européenne, et la fin du statut de référence unique de l’État, elle souligne également que l’échelle nationale « tient bon », notamment « sur le plan socio-économique et sur celui des appartenances identitaires » (p. 229). Cependant on pourrait souhaiter par moments une plus grande distance vis-à-vis de Bruxelles chez un auteur qui adhère manifestement à la revendication de l’« Europe sociale ». La fin du livre, consacrée aux détails des politiques de l’Union, ne s’avère-t-elle pas victime de « l’effet de légitimité en boucle entre les politiques publiques, les travaux de prospective et les sciences humaines » (p. 178) lucidement constaté en matière européenne ?

Quoi qu’il en soit, cette parution suscitera l’intérêt non seulement de tous ceux qui s’intéressent à l’Italie, mais aussi de l’ensemble des géographes, qui y trouveront une ambitieuse problématique multiscalaire, et des citoyens, qui y puiseront des éléments de réflexion sur la construction européenne, à l’heure de l’adhésion des pays de l’Est.

Dominique Rivière, L’Italie. Des régions à l’Europe, Paris, Armand Colin, 2004. 252 pages. 23 euros.

Résumé

Dans la lignée de L’Italie et l’Europe vues de Rome. Le chassé-croisé des politiques régionales (Paris, L’Harmattan, 1996), Dominique Rivière propose, avec L’Italie. Des régions à l’Europe (Paris, Armand Colin, 2004), une nouvelle réflexion sur les rapports entre aménagement du territoire et construction européenne. Ce manuel tiré d’un mémoire d’habilitation et nourri d’une connaissance approfondie […]
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