Urbanité/s.

Projection de film, 16.05.13, Archizoom, EPFL, Lausanne ( Suisse).

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Photo : Jacques Lévy.

La tradition du film industriel de divertissement telle qu’elle s’est développée à partir de l’émergence du parlant s’est fondée sur une narrativité exclusive, avec une très lourde présence du genre et de la convention. Cette manière de faire des films s’est prolongée dans une tradition annexe, avec les documentaires, qui appartiennent pour l’essentiel à l’univers du journalisme audiovisuel, et qui renoncent à renforcer la lucidité du spectateur, mais s’emploient souvent au contraire à l’imprégner de l’idée, typiquement positiviste, que la réalité n’attendrait que son dévoilement par le narrateur et la voix off qui le représente.

Il existe une autre tradition, celle qu’inaugure avec force Dziga Vertov, dans laquelle les styles et le statut même du film sont beaucoup plus ouverts et où le récit n’est qu’une modalité parmi d’autres pour gérer la séquentialité du langage cinématographique. C’est une méthode qui redonne sa liberté à l’image, synchroniquement par le cadrage ou la lumière, et diachroniquement par le montage. L’activité critique du spectateur se trouve ainsi replacée au cœur de la réception du film. Si l’on suit cette approche, on s’aperçoit que dispositif esthétique et démarche argumentative sont moins éloignés que l’on aurait pu le croire.

À ce mouvement esthétique qui a marqué l’ensemble des disciplines artistiques au cours du xxe siècle, fait écho un mouvement théorique comparable dans les sciences de la nature et les sciences sociales. Cette convergence permet d’ouvrir une fenêtre de dialogue entre cinéma d’art et cinéma de science, de la même manière que les publications de recherche et les essais peuvent interagir utilement avec les ouvrages de fiction littéraire. Les innovations de ce versant de l’histoire du cinéma offrent en effet un répertoire remarquable, disponible pour développer les outils de réflexivité qu’appelle la recherche. En repartant de Vertov, on peut ainsi explorer, sans se laisser intimider par les produits cinématographiques habituels, les voies d’une expression filmique originale, propre au travail scientifique.

Le film Urbanités, conçu et réalisé par Jacques Lévy, explore le concept d’urbanité à travers l’observation des villes du Monde, tout particulièrement en Chine. Ce projet théorique ambitieux propose aussi un intense dialogue avec les “villes invisibles” d’Italo Calvino. Il s’agit enfin d’un film manifeste, une contribution à l’invention d’un langage cinématographique contemporain pertinent pour le travail scientifique.

La projection sera suivie d’une discussion. Cet événement aura lieu le jeudi 16 mai 2013, dans l’espace d’exposition Archizoom, Bâtiment SG à l’EPFL.

Résumé

La tradition du film industriel de divertissement telle qu’elle s’est développée à partir de l’émergence du parlant s’est fondée sur une narrativité exclusive, avec une très lourde présence du genre et de la convention. Cette manière de faire des films s’est prolongée dans une tradition annexe, avec les documentaires, qui appartiennent pour l’essentiel à l’univers […]

Pour faire référence à cet article

"Urbanité/s.", EspacesTemps.net, Brèves, 07.05.2013
https://www.espacestemps.net/articles/urbanites/