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Socialisation.

Notion du glossaire relatif à la recherche INEDUC.

INEDUC

Illustration : gato-gato-gato, « discussion », 20.06.2017, Flickr (licence Creative Commons).

De janvier 2012 à octobre 2015, l’Unité Mixte de Recherche CNRS 6590 « Espaces et Sociétés » (ESO), le Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications (CEREQ) accompagné de la Plateforme Universitaire des Données de Caen (PUDC), le Groupement d’Intérêt Scientifique Môle Armoricain de Recherche sur la SOciété de l’Information et les Usages d’INternet (M@rsouin), le Centre de Recherche sur l’Éducation les Apprentissages et la Didactique (CREAD) et le Pôle Régional de Recherche et d’Étude pour la Formation et l’Action Sociale (PREFAS) – en tant que prestataire – ont été partenaires d’un programme, financé par l’Agence Nationale de la Recherche, sur les inégalités éducatives et la construction des parcours des 11-15 ans dans leurs espaces de vie (acronyme INEDUC)[1]. Une telle combinaison de partenaires, en grande partie inédite, posait l’enjeu d’une véritable collaboration scientifique, afin d’éviter la fragmentation des analyses selon les thématiques, les disciplines, les sites institutionnels, voire selon chacun des chercheurs concernés, ou alors l’imposition d’un leadership non négocié. L’état de l’art préalable à la soumission du projet a ainsi été complété par un glossaire dans lequel chacun pouvait retrouver son fil directeur à chaque moment de l’immersion dans le travail de terrain.

Le glossaire relatif à la recherche INEDUC a vu le jour après une année de travail collectif[2]. Les notions et les concepts qui suivent ont été définis : Adolescent, Contexte, Éducation, Empowerment, Environnement numérique, Inégalités, Institutions scolaires, Justice spatiale, Loisirs, Mobilité/Déplacement, Orientation, Parcours, Politiques scolaires / Politiques éducatives, Pratique, Projet (d’orientation), Ressources, Réussite (scolaire/éducative), Socialisation, Stratégies familiales d’éducation, Temps libre, Usage.

Une fois le programme « Inégalités éducatives et la construction des parcours des 11-15 ans dans leurs espaces de vie » terminé (en 2015), une partie de l’équipe[3] a décidé de réactualiser cinq définitions (Empowerment[4], Inégalités[5], Loisirs[6], Mobilité[7] et Usage[8]) et de réinterroger la pertinence de cet outil « glossaire » dans le dispositif méthodologique de la recherche.

Définition :

La socialisation désigne le processus par lequel un individu intègre les normes et les valeurs d’une société donnée. Ce processus est conduit par des agents de socialisation qui favorisent l’acquisition et l’intériorisation des comportements à adopter.

La socialisation est un concept central en sciences humaines et sociales, puisqu’il explique la manière dont l’individu s’intègre à la société et à ses institutions. La socialisation désigne le processus par lequel les individus acquièrent les normes et les valeurs d’une société. En ce sens, elle constitue l’ensemble des procédés ou des méthodes utilisés par un groupe social pour faire de ces individus des êtres socialisés. Dans cette optique, notre façon de nous comporter est donc déterminée par notre environnement social, par notre relation avec l’environnement humain et matériel, selon deux processus :

— un processus d’intériorisation des normes et des valeurs ;

— un processus d’acquisition consciente et inconsciente des connaissances, des manières de vivre, de penser et d’agir d’un groupe dans une société donnée.

L’homme ne naît pas social, mais il le devient au contact des autres. De ces interactions, l’individu en ressortira des valeurs qui se déclineront par la suite en normes sociales et en comportements à adopter, et il développera ainsi une capacité d’adaptation en fonction des situations vécues (ce que Bourdieu appelle le « sens pratique »). Cette transmission s’exerce par des agents de socialisation, car les manières de se comporter ne sont pas innées, elles sont le fruit du rôle que jouent les agents sociaux qui entourent l’individu dans une perspective généalogique (trajectoire sociale).

Le processus d’intériorisation des valeurs, des normes et des rôles se prolonge tout au long de la vie. Les principales instances qui participent à la socialisation de l’individu sont la famille, l’école, les amis, les entreprises, les administrations, les associations, les médias mais aussi les instances religieuses, qui conditionnent grandement les manières de se comporter. On parle ici du principe de « plurisocialisation » (Lahire 2004) des individus, à partir duquel se forgent les goûts (culturels, sportifs, amoureux, etc.), les manières de penser, d’agir, etc. Néanmoins, une phase de socialisation intensive a lieu dès la petite enfance (socialisation dite primaire), mais celle-ci se prolonge à tout moment de la vie (socialisation dite secondaire), dès lors qu’il y a contact avec une autre personne. Le fruit de ces interactions constitue un patrimoine culturel commun, qui permet aux membres d’une société de vivre ensemble et d’entretenir des relations sociales. En ce sens, la socialisation a une fonction intégrative.

Il existe plusieurs mécanismes de socialisation.

— Premièrement, l’identification aux parents ou à toutes sortes de modèles. Mead (2006) a montré que les enfants développent leur personnalité en s’identifiant à autrui. Les parents, les amis ou les héros de bandes dessinées sont des modèles choisis par l’individu – mais aussi socialement déterminés –, qu’il confronte à ses expériences vécues. L’enfant perçoit dès son plus jeune âge les comportements valorisés dans son univers, et cherche à les reproduire.

— Deuxièmement, l’intériorisation des normes et des valeurs, qui suppose, pour les agents de socialisation, de poser des interdits. Selon les environnements sociaux, il en résulte des comportements pouvant être stigmatisables et stigmatisés (Becker 1985).

— Troisièmement, l’expérimentation des modes de conduite et des pratiques. L’enfant fait ainsi l’expérience des rôles sociaux. Il se socialise en particulier à travers le jeu de la prise de parole. À ce titre, la parole est une composante essentielle de la socialisation, car c’est par le langage que le nouveau-né accède à la culture.

Dans le cadre de la recherche INEDUC, il est important de préciser que la socialisation scolaire existe et qu’elle prend une place fondamentale dans nos sociétés. Les effets de la massification scolaire après les années soixante, associés à une volonté politique d’amener 80% d’une classe d’âge au baccalauréat, font que les élèves restent de plus en plus longtemps à l’école (Périer 2004). La socialisation primaire s’articule aujourd’hui avec la socialisation scolaire qui impose, elle aussi, de nouvelles normes. Le temps long passé à l’école favorise l’intériorisation des valeurs de l’école, aussi bien par les enfants que par les parents : elle agit ainsi sur les trajectoires et les destins individuels et collectifs.

Bibliographie

Becker, Howard. 1985. Outsiders. Études de sociologie de la déviance. Paris : Métailié.

Lahire, Bernard. 2004. La culture des individus. Paris : La Découverte.

Mead, Georges Herbert. 2006. L’esprit, le soi et la société. Traduit de l'anglais par Daniel Cefaï et Louis Quéré. Paris : Presses Universitaires de France.

Périer, Pierre. 2004. « Adolescences populaires et socialisation scolaire. Les épreuves relationnelles et identitaires du rapport pédagogique » L’orientation scolaire et professionnelle, vol. 33, n°2 : p. 227-248.

Note

[1] Olivier David a piloté ce programme.

[2] Ont participé à ce collectif Magali Hardouin, en tant queresponsable de la tâche du glossaire, Gérard Boudesseul, Patrice Caro, Isabelle Danic, Olivier David, Christophe Guibert, Lionel Guillemot, Régis Keerle, Mickaël Le Mentec, Agnès Grimault-Leprince, Pierre Merle, Céline Piquée, Pascal Plantard, Louisa Plouchart-Even, Rémi Rouault, Marc Rouzeau, Eugénie Terrier et Céline Vivent.

[3] Magali Hardouin en tant que coordinatrice, Gérard Boudesseul, Isabelle Danic, Olivier David, Barbara Fontar, Christophe Guibert, Lionel Guillemot, Régis Keerle, Mickaël LeMentec, Pascal Plantard, Louisa Plouchart-Even et Jean-François Thémines.

[4] La définition « Empowerment » a été retravaillée par Mickael Le Mentec.

[5] La définition « Inégalités » a été retravaillée par Gérard Boudesseul, Isabelle Danic,Régis Keerle et Louisa Plouchart.

[6] La définition « Loisirs » a été retravaillée par Barbara Fontar et Christophe Guibert.

[7] La définition « Mobilité » a été retravaillée par Christophe Guibert et Lionel Guillemot.

[8] La définition « Usage » a été retravaillée par Barbara Fontar et Pascal Plantard.

Résumé

De janvier 2012 à octobre 2015, l’Unité Mixte de Recherche CNRS 6590 « Espaces et Sociétés » (ESO), le Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications (CEREQ) accompagné de la Plateforme Universitaire des Données de Caen (PUDC), le Groupement d’Intérêt Scientifique Môle Armoricain de Recherche sur la SOciété de l’Information et les Usages d’INternet (M@rsouin), le […]

Pour faire référence à cet article (ISO 690)

INEDUC, « Socialisation. », EspacesTemps.net [En ligne], Travaux, 2019 | Mis en ligne le 11 janvier 2019, consulté le 11.01.2019. URL : https://www.espacestemps.net/articles/socialisation/ ; DOI : 10.26151/espacestemps.net-xrqv-ap47