Oui/non.

Jacques Lévy

Image1Au temps des certitudes fragiles, les référendums gaulliens comprenaient toujours deux questions. Outre le texte sur lequel il fallait se prononcer, il y avait un enjeu plébiscitaire : renouvelez-vous votre confiance à votre chef charismatique ?

Au temps des incertitudes assurées, le oui a gagné, non sans mal, le droit de n’être la réponse qu’à une question. Quant au non, il s’est réservé le plaisir des sens : entre le « non à ceux que nous avons élus pour gouverner et qui, pourtant, gouvernent », le « non aux gros (signé : les petits) », le « non à l’Europe comprenant d’autres Européens que nous », le « non à la Pentecôte travaillée », ou encore le « non à un Monde qui ose ne pas avoir besoin de nous pour bouger », il y a un point commun, un équivalent général, qui peut s’accumuler sou par sou pour donner au bout du compte un joli petit patrimoine. Philippe de Villiers, épicier post-moderne et prédicateur pervers, a fort bien résumé le moment : « Nous avons tous une bonne raison de dire non ».

L’« insociable sociabilité » dont parlait Kant, n’était-ce pas déjà l’idée que, si l’on n’y prend garde, on aura toujours davantage de raisons de dire non que de dire oui ? Si cela se confirme, se trouvera à nouveau vérifié le constat que la logique formelle (oui ou non, et rien d’autre) peine à fournir un cadre efficace pour penser les mondes sociaux.

Résumé

Au temps des certitudes fragiles, les référendums gaulliens comprenaient toujours deux questions. Outre le texte sur lequel il fallait se prononcer, il y avait un enjeu plébiscitaire : renouvelez-vous votre confiance à votre chef charismatique ? Au temps des incertitudes assurées, le oui a gagné, non sans mal, le droit de n’être la réponse qu’à […]

Jacques Lévy

Professeur de géographie et d’aménagement de l’espace à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, directeur du laboratoire Chôros. Il travaille sur la ville et l’urbanité, la géographie politique, l’Europe et la mondialisation, les théories de l’espace des sociétés, l’épistémologie de la géographie et des sciences sociales. Il a notamment publié Géographies du politique (dir.), 1991 ; Le monde : espaces et systèmes, 1992, avec Marie-Françoise Durand et Denis Retaillé; L’espace légitime, 1994 ; Egogéographies, 1995 ; Le monde pour Cité, 1996 ; Europe : une géographie, 1997 ; Le tournant géographique, 1999 ; Logiques de l’espace, esprit des lieux (dir.), 2000, avec Michel Lussault ; From Geopolitics to Global Politics (ed.), 2001 ; Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés (dir.), 2003, avec Michel Lussault. Il est le coordinateur des rédactions d’EspacesTemps.

Pour faire référence à cet article

Jacques Lévy, "Oui/non.", EspacesTemps.net, Dans l’air, 31.05.2005
https://www.espacestemps.net/articles/ouinon/