L’éducation tout au long de la vie.

Alain Bournazel, L'éducation tout au long de la vie, 2001.

Jean Jacques Ferrière

Ce compte rendu a été publié dans la revue Pouvoirs Locaux n°50 de septembre 2001. La rédaction d'EspacesTemps.net remercie Pouvoirs Locaux pour l'autorisation de publication de cet article.

Image1En phase avec les évolutions liées à l’explosion des Techniques de l’information et de la communication (tic), l’ouvrage d’Alain Bournazel L’Éducation tout au long de la vie, tombe à pic. Déjà en 1997 cet énarque – depuis 1986 vice-président de la région Aquitaine à l’éducation et à la formation – avait publié Action régionale et formation des jeunes, qui croisait son expérience de terrain d’élu local responsable, sa compétence de haut fonctionnaire spécialiste des problèmes de formation, et sa vision privilégiée de président du Cefel, au fait des tentatives de solutions essayées à l’étranger. La nouvelle étude, plus large, et à bien des égards novatrice, fait entrer la ville au cœur des techniques de l’information et de la communication. En préalable, Alain Bournazel fait l’état des lieux de notre système éducatif, du primaire au supérieur, en passant par le secondaire et la formation pour adultes. Rappelant au passage l’intérêt du modèle français d’économie mixte, actuellement remarqué et salué même aux États-Unis, il établit que le cadre national reste la référence, pour longtemps encore, de tout système éducatif efficace, ce que manifeste l’excellence malgré tout de l’ingénierie éducative dans notre pays. Pour autant, les réalités de notre système scolaire sont cruelles : un illettrisme non résiduel, pour un vaste public jeune et moins jeune le handicap d’une difficulté certaine à utiliser pour l’action les informations disponibles, au collège la grande misère de niveaux hétéroclites qui pénalisent les enseignants comme les bons et les mauvais élèves, et cette impression déplaisante que s’est organisée d’un bout à l’autre de l’édifice éducatif, au fil des périodes depuis plus de 30 ans, une sorte de système de rattrapage perpétuel à chacun des stades du cursus scolaire et universitaire. Le constat est classique : suite à l’irruption de l’enseignement de masse au sein d’un système conçu pour l’excellence et la sélection de l’élite des grandes écoles, l’école de la République est remise en cause, le corps enseignant est déboussolé, le système éducatif cède aux affres d’un doute existentiel, la laïcité souffre. On saura gré à Alain Bournazel d’éviter les outrances du genre, son propos n’est pas de condamner mais de repérer, dans cette usine à gaz qu’est le « mammouth » français cher au divin Allègre ce qui pourra servir à accoucher ce nouveau monde qui semble t-il nous attend, « l’éducation tout au long de la vie »…

Renaissance.

Qui dit éducation tout au long de la vie dit formation pour adultes. Or à ce jour le système éducatif sépare toujours, et sans appel, la formation initiale, qui reste prépondérante, de la formation continue, elle-même braquée dès l’origine sur la seule formation professionnelle. Pourtant la loi fondamentale de 1971 qui régit la formation pour adultes prévoyait un volet culturel, sorte de complément de formation initiale. C’était l’esprit du Congé individuel de formation. La « 2e chance » promise à tous les Français semble largement passée à la trappe. Est-ce étonnant ? Gérée par les partenaires sociaux, la formation continue reflète depuis 20 ans plutôt la vision patronale (et actuellement le Medef n’a pas en vue l’épanouissement personnel des salariés) ; ses buts sont utilitaires, ce qui peut se comprendre. Et puis il faudrait remettre de l’ordre dans le monde proliférant de la formation où depuis la tragédie du chômage de masse se côtoient à vrai dire le meilleur et le pire, pratiquement en l’absence de tout contrôle… Pourtant, et particulièrement dans la nouvelle donne des 35 heures et du temps libéré, la formation des adultes est un enjeu fort, un atout décisif pour peu qu’elle place l’homme au centre de son projet, et non pas seulement le professionnel. Alain Bournazel conçoit l’entreprise mais n’oublie pas l’homme. La richesse des entreprises, ce sont les hommes, leur éducation, et de nos jours on n’arrête pas d’étudier sitôt sorti de la formation initiale, on apprend tout au long de la vie. Là interviennent les tic, mais dans le cadre de la ville. Car elles autorisent bien des espoirs – mise en réseau transversale des connaissances et des expériences, interactivité des utilisations, nouvelles techniques pédagogiques – mais ne peuvent réellement être mises en œuvre que par les villes, qui représentent la communauté de proximité si l’on peut dire « utile », et qui d’ailleurs s’engagent d’elles-mêmes, à leur rythme, dans un processus qu’on peut qualifier de ce point de vue de « révolution urbaine ». La civilisation a commencé par la ville, c’est par la ville qu’elle peut déboucher sur la modernité, par l’explosion programmée de l’échange culturel. Il ne faut pas avoir peur des tic, mais les utiliser dans le cadre qui leur convient, à l’échelon local de la cité. Beau retour, entre parenthèses, de la formule revisitée de la Cité grecque… L’ouvrage, et c’est une grande partie de son intérêt, passe en revue le réseau déjà existant des « cités d’apprentissage du savoir », en Europe du Nord, en Angleterre, en France aussi, des villes qui ensemble construisent des espaces de connaissance interactifs ouverts à tous les âges. Pour Alain Bournazel, c’est ni plus ni moins qu’une nouvelle Renaissance. Tel serait donc notre avenir : un maillage solidaire de « villes apprenantes », branché sur le réseau mondialisé des connaissances. On aura beau jeu de crier à l’utopie : quelle grande entreprise humaine se fait sans une part de rêve ? Et si la vision d’Alain Bournazel reste fidèle à une certaine idéologie du travail, si l’on peut y voir un retour au volontarisme du plein emploi, comment ne pas prendre en considération cette conception de l’homme valorisé par son travail, fier de ses réalisations toutes conquises par l’effort de l’étude et l’acquisition des savoirs tout au long de la vie ?

Résumé

En phase avec les évolutions liées à l’explosion des Techniques de l’information et de la communication (tic), l’ouvrage d’Alain Bournazel L’Éducation tout au long de la vie, tombe à pic. Déjà en 1997 cet énarque – depuis 1986 vice-président de la région Aquitaine à l’éducation et à la formation – avait publié Action régionale et […]

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Jean Jacques Ferrière, « L’éducation tout au long de la vie. », EspacesTemps.net, Livres, 2003/02/02. URL : https://www.espacestemps.net/articles/lrsquoeducation-tout-au-long-de-la-vie/