‘À quoi œuvre l’art ? Esthétique et espace public’.

Sommaire et résumés des articles du n°78-79 d’EspacesTempsLes Cahiers.

art41-1

Sommaire.

Editorial : Art et sociabilité.

Allocution de Pierre-François Moreau.

Regards.

Christian Ruby, Esthétique des interférences.

David Desbons, Le spectateur saisi par la photographie.

Bruno-Nassim Aboudrar, Du genre des vierges.

Gérard Wormser, L’associable sociabilité, sur L’idiot de la Famille de Jean-Paul Sartre.

Manières.

Philippe Dujardin, Quand la cité prend corps (photographies originales de Christian Ganet et Philippe Dujardin).

Caroline Isbos, Le constructivisme soviétique : un objet introuvable.

Anna Volvey, Fabrique d’Espaces : trois installations de Christo et Jeanne-Claude.

Catherine Grout, L’œuvre comme événement pré-politique (photographies originales de Quentin Bertoux et Catherine Grout).

François Deck, Esthétique de la décision.

Odile Decq, L’architecte médiateur, Interview par Nicolas Hannequin.

Distances.

Anne Sauvagnargues, Art mineur-Art majeur : Gilles Deleuze.

Nathalie Heinich, Sociologie de l’art contemporain : questions de méthode.

Médiathèque d’amateurs.

Les contributions de Bruno-Nassim Aboudrar, François Deck, Catherine Grout, Pierre-François Moreau, Christian Ruby, Anne Sauvagnargues et Anne Volney ont donné lieu à un exposé public, lors du Colloque Art et sociabilité Ens-Lsh, Lyon, juin 2001, sous l’égide du Cerphi et avec le soutien de l’École Normale Supérieure Lettres et Sciences Humaines (Lyon).

Résumés des articles.

Christian Ruby, Esthétique des interférences, p. 8-21.

Il y a une histoire du spectateur à écrire et à rapporter à l’histoire de l’art. Cette histoire – qui ne se dissout pas dans une esthétique de la réception ni dans une sociologie – doit pouvoir déboucher sur une théorie de la plasticité du spectateur, théorie qui permettrait de rendre compte des difficultés actuelles de certains spectateurs devant l’art contemporain. En un mot, il est aberrant d’aborder avec les mêmes catégories le spectateur classique, le spectateur moderne et le spectateur contemporain, si les œuvres de l’art contemporain font, entre autres, droit à une problématique de l’interférence entre spectateurs. L’ascèse du spectateur en est d’autant déplacée vers une « pulsion d’échange ».

Christian Ruby est philosophe à Paris, membre du comité de rédaction d’EspacesTemps. Derniers ouvrages parus : L’État esthétique, Essai sur l’instrumentalisation de la culture et des arts, Paris-Bruxelles, Castells et Labor, 2000 ; L’Art public, Un art de vivre en ville, Bruxelles, La Lettre volée, 2001. Dernier article paru dans EspacesTempsLesCahiers, « Nul n’est héritier s’il n’est capable d’être initiateur », n°74-75, 2000, p. 46-58.

David Desbons, Le spectateur saisi par la photographie, p. 22-25.

Ce court article ne possède ni résumé ni abstract.

David Desbons est photographe. Dernier article paru dans EspacesTempsLes Cahiers, « Platon et Homère réconciliés », n°74-75, 2000, p. 59-63.

Bruno-Nassim Aboudrar, Du genre des vierges, p. 26-37.

Au début du 18e siècle, Jean Raoux peint deux tableaux intitulés, respectivement, Les vierges antiques et Les vierges modernes. Mais qu’est-ce que peindre des vierges ? En quoi consiste, en peinture, la virginité ? Et à qui la représentation en est-elle adressée ? Les équivoques de la peinture de genre conduisent celle-ci à élaborer une réflexion visuelle qui porte, en effet, sur les genres : le masculin et le féminin ainsi que les jeux de regard et d’aveuglement qui les lie ou qui les sépare.

Bruno-Nassim Aboudrar est historien de l’art. A l’époque du colloque « Art et sociabilité », il était enseignant à l’enslsh de Lyon, et membre du Cerphi ; il est actuellement maître de conférence en esthétique à l’Université de Paris-3 Sorbonne Nouvelle et professeur à l’Iep de Paris.

Gérard Wormser, L’associable sociabilité, sur L’idiot de la Famille de Jean-Paul Sartre, p. 39-50.

Si la relation à autrui fondatrice de toute sociabilité requiert une structure telle que chacun puisse se mettre à la place d’autrui et se tienne pour responsable de son destin, ainsi que l’expose la philosophie d’Emmanuel Lévinas, il semblera alors problématique de situer la situation de l’artiste, qui revendique une singularité absolue, et présente en même temps à ses contemporains des formes dans lesquelles ils peuvent se reconnaître. Privilégiant la relation formelle au monde, l’esthétique kantienne semble aux antipodes de toute réflexion sur la sociabilité pour comprendre la création, et cette position est endossée par des artistes aussi puissant que Gustave Flaubert en littérature, par exemple : il appartient donc au lecteur de déchiffrer les intentions de l’auteur et de repérer ce qui les fonde au cœur de sa propre relation à autrui. C’est ce à quoi s’est attaché Jean-Paul Sartre en rédigeant L’Idiot de la Famille.

Gérard Wormser est Philosophe, prag à l’École normale supérieure Lettres et Sciences humaines, Gérard Wormser enseigne également à l’Iep de Paris. Il est l’auteur notamment d’un Sartre paru chez Armand Colin (1999, collection Synthèse).

Philippe Dujardin, Quand la cité prend corps (photographies originales de Christian Ganet et Philippe Dujardin), p. 52-58.

Le 15 septembre 1996, le défilé organisé à l’occasion de la 7eme Biennale de la danse de Lyon, sur le motif Aquarela do Brasil, fut l’occasion d’un événement « sans pareil ». Sans pareil par son public : une foule évaluée entre 100 et 200 000 personnes, rassemblée autour de 2500 danseurs occupant l’artère principale de la ville. Sans pareil par la formule d’un défilé-parade mettant en lice les « quartiers », arrondissement de la ville-métropole, mais aussi les communes périphériques du Grand Lyon. Sans pareil par les conditions de mobilisation des professionnels et bénévoles formant les « troupes » de ce défilé-parade. La portée de l’événement demande à être appréciée sur plusieurs plans – social et esthétique, notamment. Mais elle peut et doit être appréciée, également comme inaugurale : inaugurale d’un rituel, rituel d’agglomération proprement civique.

Philippe Dujardin est politologue, chargé de recherche au Cnrs, Cresal/Université Jean Monet, Saint-Etienne/Université Lumière-Lyon 2. Dernier article paru dans EspacesTemps, « Des modernes et de leurs possibles traditions », n°75-76, 2000, p. 31-45.

Caroline Isbos, Le constructivisme soviétique : un objet introuvable, p. 59-67.

Les artistes constructivistes ont tout simplement voulu changer la vie quotidienne dans l’Union Soviétique naissante. Ils ont espéré que l’art identifierait les formes susceptibles de transmettre les grand principes moraux et politiques du communisme. L’histoire du design constructiviste est bien celle d’une utopie sociale : les nouveaux objets, destinés à être produits en masse pour les masses, resteront au mieux à l’état de prototype.

Caroline Ibos est historienne, maîtresse de conférences à l’université de Tours.

Anne Volvey, Fabrique d’Espaces : trois installations de Christo et Jeanne-Claude, p. 68-85.

L’œuvre des Christo est traversée par une problématique de l’espace. Il est à la fois le produit et la visée de leur geste artistique, le moyen de production de leur œuvre, et la condition, pour le spectateur, d’une psychogenèse in situ. De leur conception à leur réalisation, les projets créent les conditions de dégagement et d’expérience des formes de la spatialité humaine. Dans ce trajet, l’installation aux allures de dispositif cartographique appliqué, joue un rôle de support et de « contacteur » tout à fait particulier qu’il convient d’analyser.

Anne Volvey est géographe, professeur agrégé à l’Université d’Artois, doctorant au sein de l’Équipe Épistémologie et Histoire de la Géographie, umr 8504 Géographie-Cités.

Catherine Grout, L’œuvre comme événement pré-politique (photographies originales de Quentin Bertoux et Catherine Grout), p. 86-98.

L’hypothèse développée dans cet article, conçue à partir de l’expérience d’œuvres de Tadashi Kawamata, West 8, Beat Streuli et Fabien Lerat est la suivante : l’art, qui est plus barbare que politique et surtout plus barbare que social, peut constituer un moment fondateur (sans fondation) d’un vivre ensemble. Et cela, en se transformant en une expérience de la pluralité mais une pluralité non encore politique.

Catherine Grout est docteur en histoire de l’art et en esthétique, commissaire indépendante de manifestations en milieu urbain (Enghien-les-Bains, Osaka, Taipei), membre fondateur du Groupe de Recherche sur le Paysage de l’Espace Urbain (Université de Tokyo), lauréate de la villa Kujoyama (1994-95) et intervenante à l’École d’architecture de Lille.

François Deck, Esthétique de la décision, p. 99-108.

Le public a-t-il les moyens d’interroger les valeurs esthétiques et politiques qui lui sont proposées ? Si cette question a longtemps été ignorée, l’attention, qui lui est désormais portée, tend à intégrer la nécessité d’une telle réflexion dans le processus de conception artistique lui-même. Dès lors qu’on accepte cette intégration, le rôle de l’artiste change. Il ne peut plus se rapporter à sa pratique sur un mode identique à celui utilisé par l’artiste romantique. C’est donc une nouvelle figure de l’artiste qui naît sous nos yeux : celle de l’artiste consultant.

François Deck est artiste consultant, enseignant à l’École supérieure d’art de Grenoble.

Odile Decq, L’architecte médiateur, Interview par Nicolas Hannequin, p. 109-118.

Refusant de construire des bâtiments-objets, pensés uniquement comme des œuvres d’art, Odile Decq envisage la construction d’un bâtiment en se préoccupant des relations qu’il peut engendrer. Elle en joue afin de susciter des tensions, des interférences ente les individus. Pour autant, reconnaît-elle, l’architecte ne doit pas se faire démiurge en imposant aux habitants des manières de vivre. Ainsi, ne prétend-elle pas « fabriquer de la sociabilité », mais proposer des espaces capables de gérer la complexité et l’évolution de la société.

Odile Decq est architecte et urbaniste, professeur à l’École Spéciale d’Architecture (Paris) et à Columbia University (Nyc), maître d’œuvre pour le futur musée d’art contemporain de Rome. Propos recueillis par Nicolas Hannequin, étudiant à l’École Spéciale d’Architecture.

Anne Sauvagnargues, Art mineur-Art majeur : Gilles Deleuze, p. 120-132.

Pour Deleuze, l’art humain n’existe pas en dehors du corps social qu’il transforme ; si la création est d’emblée politique, c’est que celui qui la produit abandonne ses traits subjectifs pour se faire l’opérateur du corps social, comme celui qui la reçoit sort transformé par l’expérience qu’elle procure. Ni agent du corps social déterminé par le jeu de forces de la société, ni subjectivité géniale qui s’émancipe de la collectivité, l’artiste est un opérateur, un médecin de la civilisation qui diagnostique et rend sensible des forces qui seraient restée insensibles sans le procédé qu’il invente. C’est pourquoi l’art est critique et clinique : il sert à créer de nouvelles manières de sentir et de penser, à travers de nouvelles formes. L’œuvre est une machine à produire des effets. Mais les procédés ont aussi leur histoire, et dès qu’ils produisent leur effet, ils ont tendance à être réifiés par le corps social qui les adopte comme des normes majeures. En ce sens, l’art créateur est toujours mineur, non qu’il soit dépourvu d’importance, ni l’expression des seules minorités, mais parce qu’il mine les normes, explore et contribue à inventer de nouvelles dimensions du social.

Anne Sauvagnargures est Ater à l’EnsLsh de Lyon, membre du groupe de travail Art et philosophie, Cerphi/EnsLsh.

Nathalie Heinich, Sociologie de l’art contemporain : questions de méthode, p. 133-141.

Cet article tente de spécifier ce que peut être une approche strictement sociologique de l’art, qui n’empiète pas sur les autres disciplines – histoire de l’art, esthétique, critique. La position analytico-descriptive, excluant tant l’évaluation que l’interprétation des œuvres, ouvre la voie à une sociologie pragmatique qui, elle, propose une approche spécifique par rapport à d’autres tendances de la sociologie. La pluralité des approches de l’art – celles des profanes et des savants, des artistes et des sociologues – est illustrée par la question de la liberté de l’artiste, qui reçoit des interprétations différentes selon qu’on privilégie l’individuel ou le collectif, l’intériorité ou l’extériorité, la compétence ou la performance. Par-delà toute tentation hégémoniste, le constat peut cependant être accompli qu’il existe une affinité de fait entre l’art contemporain et la sociologie.

Nathalie Heinich est sociologue, Cral, (Cnrs).

Résumé

Sommaire. Editorial : Art et sociabilité. Allocution de Pierre-François Moreau. Regards. Christian Ruby, Esthétique des interférences. David Desbons, Le spectateur saisi par la photographie. Bruno-Nassim Aboudrar, Du genre des vierges. Gérard Wormser, L’associable sociabilité, sur L’idiot de la Famille de Jean-Paul Sartre. Manières. Philippe Dujardin, Quand la cité prend corps (photographies originales de Christian Ganet […]

Pour faire référence à cet article

"‘À quoi œuvre l’art ? Esthétique et espace public’.", EspacesTemps.net, Laboratoire, 01.05.2002
https://www.espacestemps.net/articles/a-quoi-oeuvre-art/