La France urbaine de Yannick Jadot.

Matthias Kowasch

Avec 4,63 % des voix, le chef de file d’Europe Écologie les Verts (EELV), Yannick Jadot, réalise le second meilleur résultat d’un candidat écologiste à une élection présidentielle – un score cependant loin des espoirs suscités par les élections intermédiaires de 2019 et 2020. Après une surprise aux élections européennes (13,48 %) et la vague verte des municipales, EELV voulait croire que son heure était venue. Parti à près de 10 % dans les sondages, Jadot n’a pas franchi la barre symbolique des 5 % des suffrages ce qui constitue une forte déception. Les meilleurs résultats parmi les agglomérations urbaines ont été obtenus à Rennes et à Nantes avec respectivement 9,96% et 9,98%. C’est d’ailleurs à Rennes – ville de tradition socialiste – que Marine Le Pen a enregistré son plus faible score dans une grande ville.

Le pari d’installer l’écologie politique et la gouvernance du changement climatique au centre des enjeux de l’élection suprême est alors perdu. Comment expliquer ce résultat décevant ? Mounir Satouri, le directeur de campagne de Yannick Jadot, a estimé que « beaucoup d’électeurs écologistes ont cru, de manière sincère, qu’il fallait voter Jean-Luc Mélenchon pour faire barrage à l’extrême droite » (Le Monde, 10 avril 2022). Effectivement, le programme écologique du candidat de La France Insoumise, associé à une dynamique positive à gauche, lui a sans doute permis d’incarner ce « vote utile ». Une élue EELV explique que Jadot n’a pas fait d’erreurs mais que, peut-être, la campagne a été un peu lisse : « on a tellement besoin de montrer qu’on est crédibles et responsables qu’on peut se permettre moins de radicalité qu’un Mélenchon. » (Libération, 10 avril 2022). Puis, les Verts ont toujours été confrontés à un problème de crédibilité. Ils se sont construits autour d’une seule thématique : l’environnement. Comme le Rassemblement National, avec la question de l’immigration, ils peinent à convaincre au-delà, surtout lorsque d’autres candidats incluent cette question dans leur programme. On doute ainsi de la capacité d’EELV à mettre en place des personnalités compétentes qui pourraient assurer les fonctions gouvernementales en cas de victoire. Si EELV présente une réponse complexe à la crise climatique – quel modèle de croissance ou de décroissance mettre en place, quel mix énergétique, etc. – le Rassemblement national se contente, en revanche, de répéter qu’il faut arrêter l’immigration et se veut ainsi porteur d’espoir : sans les immigrants, nous vivrons mieux. Le discours des Verts est axé sur le moindre mal : en changeant notre comportement, nous pourrons peut-être éviter ou réduire la catastrophe… mais l’adaptation aux changements globaux n’est pas considérée comme une opportunité.

Avec 4,63 % des voix, Jadot est tombé en dessous de la barre des 5% nécessaires pour se faire rembourser tous les frais engagés pendant la campagne électorale. Sur les 6 millions d’euros qui auront été déboursés pour la campagne, seuls 800 423 euros lui seront versés (TF1 Info, 11 avril 2022). Pour garantir la survie du parti, EELV va être obligée de récolter des fonds.

Abstract

With 4.63% of the vote, the leader of Europe Écologie les Verts (EELV), Yannick Jadot, achieved the second best result of an ecologist candidate in a presidential election - a score, however, far from the hopes raised by the intermediate elections of 2019 and 2020.

To refer to this post (ISO 690)

Matthias Kowasch, « La France urbaine de Yannick Jadot. », EspacesTemps.net [En ligne], In the air, 2022 | Mis en ligne le 30 May 2022, consulté le 30.05.2022. URL : https://www.espacestemps.net/en/articles/la-france-urbaine-de-yannick-jadot/ ;