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Résumé | Bibliographie | Notes

Sérendipité.

En quête de science : Printanières d’EspacesTemps.net à Lille. 15 et 16 Juin 2015.

Questionner l’enquête, les formes de restitution et circulation de la recherche en sciences sociales.

Chaque année, laeuralille - Tour de Lille et Tulipes de Y. Kusama. ph redim revue EspacesTemps.net organise une rencontre collective autour de son projet éditorial et scientifique, ouverte à tous les chercheurs et acteurs de la recherche – éditeurs, praticiens, artistes – qui le souhaitent. Durant ces deux journées thématiques de réflexion (15 et 16 juin 2015 pour cette édition) les pratiques de recherche, les objets, les méthodologies, l’interdisciplinarité des sciences sociales sont mis en débat en faisant appel pour cela à des universitaires de tous champs, des artistes, des praticiens…. La revue EspacesTemps.net poursuit, en Open Access, la réflexion épistémologique d’Espaces Temps Les Cahiers – revue papier fondée en 1975 et s’emploie à « réfléchir les sciences sociales ». Elle propose des travaux d’exploration et de construction conceptuelle ainsi que des réflexions méthodologiques, partant des sciences sociales à la rencontre d’autres disciplines. 

Les dernières éditions des printanières, à Paris (2013) et Rennes (2014), ont abordé les questions de la traduction des sciences sociales et la place des langages audiovisuels dans les pratiques de recherche. Dans un contexte fait de tendances contradictoires entre incitation à l’interdisciplinarité et réaffirmation de postures disciplinaires plus marquées, mais aussi d’incertitudes épistémologiques, la revue souhaite cette année reposer deux questionnements au coeur des pratiques de recherche : l’enquête, et les formes de restitution de la recherche.

Quelle place l’enquête de terrain et ses méthodes occupent-elles aujourd’hui dans les épistémologies des sciences sociales ? Comment permettre une véritable pluralisation des formes de restitution des démarches et des résultats de la recherche et assurer leur évaluation et leur circulation ? Les revues qui comme EspacestTemps.net déploient leur activité en ligne permettent une édition de contenu multi voire trans-médias et peuvent favoriser cette pluralisation. Cette pluralisation de la production scientifique relève d’enjeux qui dépassent la question de leur pure « validité » dans le monde académique. Les objets produits – textes de différentes natures, cartes, photographie, film, schémas, etc.- n’opèrent pas le même type de médiations entre les acteurs académiques de la recherche et d’autres mondes sociaux, et cela nous oblige à en penser les enjeux éthiques et politiques.

1/ Technologies de visualisation.

Lundi 15 juin à 14h00.

Maison Folie Hospice d’Avré – 100 rue de Tournai – 59333 Tourcoing

Modération : Saskia Cousin/Gael Chareyron

Intervention : Marta Severo Dana Diminescu

L’émergence de nouvelles technologies de visualisation de l’information permet-elle de renouveler et nos enquêtes et les modes de restitutions de celles-ci ? L’imagerie scientifique est très utilisée dans les sciences de la nature, les technologies de visualisation en sciences sociales sont-elles comparables aux microscopes, scanner, accélérateurs de particules? Comment penser ces formes de visualisation y compris en questionnant leur opacité, en les analysant comme des formes culturelles et sociales « instruments » et « acteurs » de la recherche ?

2/ Formes de restitution et de circulation des sciences sociales Mardi 16 juin, à 9h00.

Espace culture de Lille 1 . Cité scientifique – 59655 Villeneuve-d’Ascq

Animation : Emmanuel Ravalet Intervenant : Laurent Devisme, Jacques Lévy

Deux modèles de production semblent dominer en sciences sociales. D’un côté, celui des productions canoniques, évaluées et certifiées, répondant à des critères de normalisation de plus en plus poussés et qu’interrogeait une précédente édition des rencontres d’EspacesTemps.net consacrée à l’évaluation.

De l’autre, tout un univers de productions issues soit de « littérature grise » (rapport de recherche, notes et carnets d’enquête…) soit de formes non-canoniques et ne répondant pas aux critères d’évaluation de la recherche (film, expositions, conférences filmées…). Plusieurs logiques concourent à la place de ces productions. La généralisation de la recherche par projet, les injonctions d’ingénierie du social commandent des obligations de « transfert » des connaissances scientifiques dans le champ économique et social. Par ailleurs, de nombreux chercheurs, notamment en anthropologie, ont le souci de restituer des connaissances « au terrain » et participent aux logiques d’empowerment des partenaires de la recherche. Cette attention aux formes de restitution de la recherche a généré un foisonnement de productions et permis de revisiter les pratiques anciennes de « vulgarisation » en ouvrant la réflexion sur les médiations de la recherche. Elles ont aussi occasionné des modes de travail collaboratif entre chercheurs, artistes, informaticiens, réalisateurs, infographistes, designers, spécialistes de la « visualisation des données », etc.

Nous souhaitons donc questionner la persistance de ce double modèle au regard des formes d’hybridation que nous pratiquons de fait. La même enquête peut donner lieu à un article, un rapport, un chapitre d’ouvrage, constituer la base d’un film, d’une intervention publique. Ces productions se font échos, s’y déploient des formes d’intertextualité qui signent ce processus d’hybridation.

Enfin, nous souhaitons questionner la circulation de ces productions. Est-il possible, pour certaines d’entre elles, « objets incongrus » ou résistants aux pratiques de peer-review d’accéder au statut de production « scientifique ». Il faudrait peut-être pour cela les considérer comme des explorations, des chams d’investigation sur la science et sur les régimes de scientificité auxquels elles répondent.

3/ L’enquête, son rôle et ses formes, dans la construction de la recherche en sciences sociales. Mardi 16 juin, à 14h00

Espace culture de Lille 1. Cité scientifique – 59655 Villeneuve-d’Ascq

– Animation Cédric Terzi – Lille 3/EHESS

Intervenants : Joelle Le Marec – Saskia Cousin, Gael Chareyron

Au coeur des « méthodes » en sciences sociales, « l’enquête » occupe une place singulière en ce qu’elle en accompagne l’essor au XIXe siècle et fonde un régime de savoir (Foucault, 1974, Ginzburg, 1979 Kalifa,2010) organisé autour de la résolution de problèmes à résoudre posés par le monde social. Mettre en débat la place de l’enquête et de ses modalités contemporaines nous semble important pour saisir les enjeux qui traversent les sciences sociales. Par ailleurs le régime de l’enquête est aujourd’hui revendiqué par de nombreux chercheurs qui tentent d’en refonder les principes dans notre monde contemporain (Cefai, 2010, Latour, 2012). L’une des transformations les plus significative qui semblerait marquer notre « culture » contemporaine de l’enquête[I] résulte de l’interdisciplinarité à l’œuvre entre sciences sociales, informatique et sciences de la nature.

L’émergence des pratiques de « fouilles » et « d’aspirations » de « données », les pratiques d’organisation de ces données en base nécessaires aux analyses quantitatives interrogent sur notre capacité de conversion des expériences sociales dans des mondes institués en vastes corpus et oblige à reprendre à nouveau frais les questions relatives à la décontextualisation des données de l’enquête et à la standardisation de ses modalités. Ces pratiques produisent elles de véritables hybridations ouvrant sur de nouveaux registres d’analyse et de formes nouvelles de résolution des problèmes ? Au-delà, la définition même des « problèmes » et « des énigmes » relevant de chaque champ disciplinaire est également en mouvement. L’émergence du paradigme de l’anthropocène en est un exemple.

L’émergence des sciences participatives qui permettent à des amateurs de participer aux enquêtes en partageant leurs observations sont également des pratiques qui obligent à repenser la maîtrise du chercheur sur ses données, les procédures à déployer pour vérifier et encadrer la validité des informations, mais nécessite également une réflexion sur le type de problèmes que les participants souhaitent contribuer à résoudre.

Loin d’être réductibles à une série de techniques de prélèvement et d’interprétation de « données », les méthodes d’enquêtes impliquent des formes d’engagement des chercheurs dans leurs terrains. (Cefaï. dir 2010), obligent à penser de manière réflexive les pratiques communicationnelles liées à la recherche et à ce qu’elles « tissent» (Le Marec). Quelles traces laissent nos enquêtes dans les mondes sociaux dans lesquels nous nous engageons le temps de notre travail ? Serait-il possible de saisir et considérer une part de l’activité scientifique des chercheurs, une part de leur activité sociale, à partir de ces traces ? Que faire de la connaissance partagée lors de l’enquête notamment celle qui n’est pas utilisée dans les productions académiques ?

Journées organisées avec le soutien actif des laboratoires TVES (Université Lille 1) et GERIICO (Université Lille 3).

TVES Logo_EPFL.svg index 

Résumé

Chaque année, la revue EspacesTemps.net organise une rencontre collective autour de son projet éditorial et scientifique, ouverte à tous les chercheurs et acteurs de la recherche – éditeurs, praticiens, artistes – qui le souhaitent. Durant ces deux journées thématiques de réflexion (15 et 16 juin 2015 pour cette édition) les pratiques de recherche, les objets, ...

Bibliographie

Notes

[1] Le terme de « culture » renvoie à la pratique de l’enquête dans de nombreux mondes sociaux journalisme, police, militantisme politique. Ces transformations sont par ailleurs mises en scène dans de nombreuses productions médiatiques, séries, film, reportages montrant « les ficelles du métier ».

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Sérendipité.

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