Les «Tourism Studies»: excursions épistémologiques ou séjours disciplinaires ?

Bertrand Réau

Ces vingt dernières années, le nombre de revues et de publications sur le tourisme s’est multiplié[1]. Cette augmentation s’insère dans un processus plus général d’accroissement et de diversification de la recherche scientifique (Gingras 2013). Ce développement s’est-il accompagné, comme dans d’autres domaines de recherche, d’une intensification des échanges scientifiques internationaux ? Logiquement, on retrouve la domination de l’espace anglophone de recherche en termes de diffusion et de visibilité. Les revues centrales du domaine, comme Annals of Tourism Research (ATR), sont en anglais. Mais, surtout, les auteurs proviennent à une majorité écrasante des États-Unis, d’Australie et de Grande-Bretagne, alors que les lecteurs sont aussi de plus en plus nombreux en Chine (Tribe, Xiao et Chambers 2012). De fait, les publications dans d’autres langues ne circulent quasiment jamais dans cet univers[2]. Cette faible internationalisation de la recherche dans les revues n’empêche pas la circulation des chercheurs, ainsi que des concepts, des méthodes et des théories entre l’Amérique du Nord, la Grande-Bretagne, les autres pays européens, l’Australie et la Chine essentiellement. Comment s’opère cette circulation des idées et des personnes ? Est-ce à dire que les chercheurs des autres pays ne s’intéressent pas au tourisme ? Ou alors qu’ils rendent compte de leurs travaux dans d’autres revues, nationales (ou internationales), disciplinaires ou pluridisciplinaires ? Ou encore, ce qui va dans le même sens, qu’ils s’inscrivent dans des enjeux institutionnels et cognitifs qui ne sont pas ceux portés par les agents « visibles » de ce domaine d’études ?

John Tribe (1997) montre bien qu’il existe a minima deux grandes familles d’études sur le tourisme (l’une « commerciale et managériale », l’autre de « sciences sociales »), mais quels liens ces familles d’études entretiennent-elles (Tribe 1997, Xiao et Smith 2006) ? Et que faire des travaux qui traitent du tourisme « en passant », comme objet de circonstances ? À l’inverse, y a-t-il des travaux de Tourism studies qui alimentent les productions scientifiques d’autres segments de la recherche ? Afin de répondre à ces questions, il faut définir un cadre théorique et méthodologique qui permet de saisir l’émergence, le développement et la structuration de ce domaine d’étude labellisé « Tourism studies ». Il s’agit d’analyser les recompositions à l’œuvre dans l’univers académique global à partir d’un exemple d’intégration de la sphère scientifique, du marché et des organisations (locales, nationales et internationales) ayant des liens avec le tourisme.

Le développement de ce domaine dans le monde anglo-saxon à partir des années 1970[3] a donné lieu à des débats récurrents autour du statut de la recherche sur cet objet. Xiao et Smith (2007) mentionnent les différentes publications auxquelles ces débats ont donné lieu. Parmi les nombreuses questions abordées, on peut en retenir deux transversales : est-ce que le tourisme peut être considéré comme l’objet d’une science à part, qui prend alors des noms divers (tourismologie, tourologie, etc.) ? Ou, à l’inverse, le tourisme est-il redevable d’une approche pluridisciplinaire, et représente alors un sous-espace dans les divers espaces disciplinaires qui s’y intéressent ? Dès lors que l’on y regarde de plus près et que l’on mobilise les travaux de philosophie et de sociologie des sciences, il apparaît clairement qu’une science du tourisme n’est pas à l’ordre du jour (Darbellay et Stock 2012b). Comment les disciplines interagissent-elles ? Quels sont les sabirs sur lesquels repose la communication scientifique interdisciplinaire ? Quelles sont les recompositions à l’œuvre entre les disciplines les plus récentes (comme le marketing et le management) et les sciences sociales ? Afin de répondre à ces questions, il est utile de développer « une réflexivité collective »[4] sur les études sur le tourisme. La sociologie peut contribuer à celle-ci en menant une analyse scientifique de ce segment de la recherche.

Après avoir défini le tourisme comme phénomène transversal et multidimensionnel, cet article proposera trois angles complémentaires pour analyser les études sur le tourisme : une approche institutionnelle, une approche cognitive, et une approche par les publics et les usages des savoirs. Des concepts permettant d’articuler ces trois approches seront proposés et discutés. Enfin, si des exemples de méthodes d’enquêtes seront mobilisés, l’objectif ici est avant tout de fournir un cadre théorique.

Un fait social transversal et multidimensionnel.

Une approche par les institutions.

Dans un livre pluridisciplinaire, Character and Social Structure (1953), qui fait appel à l’anthropologie, l’histoire, la psychologie et la sociologie, Hans Gerth et Charles Wright Mills proposent de lier la structure du caractère (constituée de l’organisme humain, son psychisme et l’individu comme acteur social) avec la structure sociale (constituée d’ordres institutionnels et d’un ensemble d’institutions relativement autonomes et ayant des objectifs spécifiques). Les deux structures s’articulent grâce aux rôles sociaux que l’individu joue en fonction des ordres institutionnels : les institutions sont plus ou moins grandes, elles opèrent des recrutements et exigent des rôles différents. Néanmoins, en s’inspirant du Lebensordnungen de Weber, Gerth et Mills dégagent cinq ordres institutionnels centraux : l’ordre politique, l’ordre économique, l’ordre militaire, l’ordre religieux et l’ordre de la parenté. Leur articulation fournit la « charpente » de la société. Il est bien évident que les ordres institutionnels ne sont que partiellement autonomes et qu’ils peuvent avoir plusieurs objectifs.

Afin de conformer les individus aux rôles attendus par les institutions, les ordres institutionnels sont composés, dans ce modèle, de quatre sphères : les symboles (manières de parler, représentations, etc.), la technologie (les outils, mais aussi les savoir-faire, etc.), le statut (le prestige et les honneurs) et l’éducation (les savoirs et les valeurs). Une sphère n’est pas autonome. Chacune représente un instrument grâce auquel les ordres mettent en conformité les individus avec les rôles attendus. L’arrangement d’ordres institutionnels et de sphères produit la structure sociale. Sa composition varie en fonction du contexte et il existe différentes formes d’intégration de ces ordres (par correspondance, par coïncidence, par coordination, ou par convergence). Lorsqu’un ordre domine, ses symboles, ses technologies, ses valeurs tendent à s’imposer aux autres (Denord et Réau 2014).

On peut considérer que le tourisme ne représente pas un ensemble d’institutions indépendantes, mais un ensemble d’activités qui renvoient notamment à l’économique, au politique, au familial, au religieux et à la sécurité (le militaire). En ce sens, le tourisme représente un des moyens concrets majeurs pour articuler individus et institutions au sein des différents ordres institutionnels, à travers la production de symboles, de technologies, de statuts et de valeurs spécifiques. Ainsi, dans son aspect économique, le tourisme renvoie à des valeurs de consommation, mobilise des symboles de marketing et des technologies de vente. Dans sa dimension familiale, il constitue un moment de transmission de valeurs parentales, de savoir être en s’appuyant sur une technologie éducative marquée par le relâchement contrôlé des contrôles (Dunning et Elias 1986, Réau 2011). Dans l’ordre politique, le tourisme produit des symboles de valorisation de territoires, de patrimoine. Il s’appuie sur des technologies, de muséification, d’aménagement du territoire (Cousin 2011) à des fins électoralistes ou de promotions. Il peut également être un outil pour promouvoir une vision pacifiée et tolérante des relations humaines. Dans sa dimension religieuse, le tourisme renvoie aux pèlerinages, mais aussi aux valeurs, aux interdits religieux. Il s’appuie, dans ce cas, sur des circuits spécifiques (Kotsi 2007). Enfin, le tourisme a partie liée avec l’ordre militaire, dans la mesure où l’accès aux lieux dépend de la situation pacifiée (que l’on pense à l’encadrement des cars de touristes en Égypte), des technologies de sécurité des lieux touristiques, ou, dans sa version extrême, dans l’accès sécurisé à une forme de Dark tourism sur les lieux de conflits (Stone et Sharpley 2008). Bien sûr, ces ordres peuvent interagir. Mais, dans chacun d’entre eux, le tourisme participe à définir et mettre en conformité les individus avec les rôles attendus par les institutions : consommateur/vendeur pour l’ordre économique, homme politique ou militant/citoyen pour l’ordre politique, parent/enfant pour l’ordre de la parenté, homme d’Église/croyant pour l’ordre religieux, soldat/population civile pour l’ordre militaire. Ces rôles peuvent s’imbriquer. Mais s’ils permettent de penser ce que l’activité touristique aide à produire, ils ne définissent pas ce qu’est un comportement touristique. Pour cela, il faut changer de focale et s’appuyer sur une autre définition du tourisme, qui met l’accent sur les attitudes spécifiques à cet ensemble d’activités (Darbellay et Stock 2012b).

Dispositions et « posture touristique ».

Selon Darbellay et Stock (2012a), le tourisme est plutôt considéré comme une relation au monde, un regard, une intentionnalité ou un régime d’engagement qui invite à étudier les dimensions touristiques que les acteurs engagent dans leur relation spécifique au monde. Mais il s’agit de ne pas se limiter à la simple perception visuelle (le Tourist gaze de John Urry 1990, 2001) comme moyen d’appréhender l’attitude touristique. Darbellay et Stock (2012a) reprennent alors la définition fournie par Bourdieu comme manière spécifique de coder les pratiques d’une forme d’engagement particulière : « adopter ce que l’on peut nommer une posture touristique, c’est s’arracher au rapport de familiarité inattentive avec le monde quotidien, fond indifférencié sur lequel se détachent les formes qu’isolent un moment les préoccupations quotidiennes » (Bourdieu 1965, p. 59). Cette posture touristique s’opère dans un espace-temps défini, qui laisse penser qu’il est préférable de parler de « touristique » plutôt que de « tourisme » afin de rendre compte de la dimension dynamique[5]. On obtient alors une définition multidimensionnelle et dynamique du tourisme qui prend en compte le regard touristique, les formes d’engagement, mais aussi les institutions touristiques, qui construisent le regard touristique ou, a minima, qui peuvent représenter un cadre non exhaustif des formes d’engagement : une « posture touristique ». Il ne s’agit pas de dire que les institutions touristiques déterminent l’ensemble des postures touristiques ; celles-ci peuvent se trouver en dehors des institutions touristiques.

L’approche par une posture touristique permet, en revanche, de ne pas confondre ce que les agents des institutions souhaiteraient labelliser « tourisme » pour promouvoir des intérêts économiques, politiques ou sociaux et la réalité vécue par les acteurs qui adoptent ou non une posture touristique. Cela implique d’étudier à la fois les tentatives de labellisation des activités touristiques par les institutions et de s’intéresser aux pratiques des acteurs qui ne correspondent pas forcément aux catégories instituées[6]. Le tourisme peut donc être à la fois un outil politique, économique, écologique sur lesquels des acteurs institutionnels s’appuient pour promouvoir des intérêts, des actions spécifiques à travers des rôles appropriés, mais il peut être considéré aussi comme une posture qui ne correspond pas forcément aux volontés des institutions et qui embrasse une large partie des activités sociales. Par exemple, dans l’ordre institutionnel économique, les institutions marchandes attendent des individus qu’ils jouent des rôles de vendeurs et de consommateurs. Mais l’on ne comprend pas la façon dont ces rôles sont réappropriés, au sein des activités touristiques, si l’on ne considère pas que la relation marchande nécessite une forme d’enchantement qui dénie le caractère marchand de la relation (Poupeau et Réau 2007). Pour que cet enchantement fonctionne, il est nécessaire que les « consommateurs » adoptent une « posture touristique » : le sens vécu des acteurs et les déterminations institutionnelles sont deux dimensions d’un même phénomène (Mills 1959). En raison de ce caractère transversal et multidimensionnel, le tourisme représente un domaine d’étude particulièrement propice aux approches pluridisciplinaires (voire interdisciplinaires). Comme fait social total, il a été redevable d’une analyse de différentes disciplines qui ont rarement articulé leurs approches dans une dimension interdisciplinaire. Ces disciplines semblent parfois cloisonnées et donnent le sentiment d’une juxtaposition plutôt que d’une réelle interdisciplinarité (Darbellay et Stock 2012b). Dès lors, afin d’appréhender les formes que prend la science dans ce domaine, il faut pouvoir étudier à la fois les conditions institutionnelles, les circulations conceptuelles et théoriques (les contenus), et les publics.

Pour une science sociale des études sur le tourisme.

La science est constituée d’institutions (départements, universités, journaux, associations professionnelles, congrès, colloque, etc.), de pratiques (opérations de recherches, formes d’engagements) et de contenus qui s’adressent à des publics. Dès lors, une analyse de la science se doit d’articuler ces différentes dimensions (institutions, pratiques, contenus, publics), qui sont intimement liées. L’enjeu est de savoir comment saisir leur articulation.

Hétérogénéité inter et intradisciplinaire des savoirs.

Si la sociologie de la science fonctionnaliste proposée par Merton (1973) se concentre sur les fonctions sociales de la science à travers le concept de rôle du « chercheur », laissant ainsi à l’épistémologie le contenu même de la production scientifique, cela ne signifie pas qu’il faille, à l’inverse, se concentrer uniquement sur la dimension cognitive de la science et abandonner l’analyse des institutions scientifiques. De fait, de nombreux chercheurs ont souligné l’hétérogénéité des savoirs sur le tourisme, rendant ainsi impossible l’émergence d’un paradigme commun (Tribe 1997, Darbellay et Stock 2012b, Tribe, Xiao et Chambers 2012). Mais le concept de paradigme de Kuhn[7] repose sur le postulat d’une homogénéité des disciplines[8] qui ne correspond guère à la réalité historique. Tout se passe comme si une révolution scientifique dans une discipline faisait basculer l’ensemble de la discipline. Kuhn « ne montre jamais comment tous ces composants (théorie, méthodes, instruments) tiennent ensemble si ce n’est en suggérant que c’est la théorie qui constitue la clé de voûte du paradigme » (Ragouet et Shinn 2005, p. 62). Or, si les études sur le tourisme sont hétérogènes dans leur production scientifique, elles le sont aussi dans leur maillage institutionnel. Si l’on s’accorde à considérer qu’elles ne constituent pas un paradigme, il faut aussi prendre en compte le fait que les disciplines ne sont pas unifiées. C’est au contraire en raison même de cette « indiscipline » (Tribe 1997) que les études sur le tourisme peuvent espérer produire un savoir plus intégré, et non pas une simple juxtaposition de connaissances disciplinaires. Peter Galison (1997) montre que les disciplines scientifiques connaissent une forte différenciation interne : les disciplines sont hétérogènes et autonomes. À côté de domaines scientifiques différenciés, stables et durables, il existe des mécanismes transversaux de communication ; des zones d’échanges à partir d’un sabir partagé par les différentes disciplines permettent la convergence (Ragouet et Shinn 2005). Mais, pour cela, encore faut-il préalablement identifier les points de convergence, les circulations des concepts, des théories et des méthodes entre les disciplines, mais aussi (et surtout) entre des fractions spécifiques de chaque discipline. Fractions qui varient en fonction des découpages disciplinaires nationaux, des intérêts des chercheurs, des possibilités linguistiques, matérielles et intellectuelles de circulations des concepts, des théories et des méthodes. En ce sens, il s’agit de mener une analyse transversale des études sur le tourisme, qui s’appuie sur trois constats :

l’autonomie relative du champ scientifique, ce qui signifie qu’il est à la fois doté de mécanismes de régulations qui lui sont propres et qu’il noue avec les autres microcosmes sociaux, champs économique, politique, etc., des rapports d’interdépendance ; l’existence de flux migratoires transversaux aux espaces disciplinaires concernant tant les praticiens que les concepts ou les instruments, sur lesquelles les antidifférenciationnistes[9] se sont certes penchés mais pour y voir seulement l’attestation d’une disparition des frontières, notamment disciplinaire ; la persistance de mouvement de convergence intellectuelle et de capitalisation cognitive transcendant les démarcations disciplinaires ainsi que la stabilisation de sous-champs de recherche. (Ragouet et Shinn 2005, p. 145)

Afin de mener cette analyse de façon relationnelle, dynamique et multidimensionnelle, au moins trois options conceptuelles s’offrent aux chercheurs : le concept de champ, de réseau et de configuration.

Trois options conceptuelles.

Le concept de champ.

Afin de saisir le processus de différenciation accrue d’espaces sociaux autonomes, Pierre Bourdieu propose le concept de champ. Les sociétés modernes marquées par un degré élevé de division sociale du travail se caractérisent par des champs autonomes les uns par rapport aux autres (champs littéraires, scientifiques, etc.). Chaque champ possède ses propres enjeux et ses règles du jeu. C’est un espace de lutte entre des agents et/ou des institutions. Chacun en fonction de ses dotations en capitaux cherche à maximiser ses profits. Les agents luttent pour l’appropriation d’un capital spécifique à chaque champ. Ainsi, pour le champ scientifique, Bourdieu (1988) définit deux types de capitaux, l’un « scientifique » qui passe par la reconnaissance des pairs, l’autre « temporel » qui renvoie aux positions de pouvoir temporel (comme président d’université, etc.). Dans le champ scientifique, les droits d’entrée sont particulièrement élevés (doctorat, jugement par les pairs, qui sont aussi des concurrents), ce qui, selon Bourdieu (1997), rend ce champ autonome. La mise en œuvre méthodologique de ce concept s’opère souvent à partir d’une analyse des correspondances multiples (Le Roux et Rouanet 2010). Cette méthode statistique permet de définir un espace de positions et de prises de position hiérarchisé et polarisé. En ce sens, elle permet de prendre en compte les effets structurels qui orientent les prises de position d’agents dotés inégalement de capitaux (économique, culturel et social).

Le champ serait largement ancré dans un modèle national d’analyse de la science (Ragouet et Shinn 2005) : il se prêterait mal à l’analyse d’un espace international de recherche. Il faudrait alors considérer a priori que l’espace international dans ce domaine est en fait un espace national qui se présente comme international : celui des États-Unis. Or, non seulement d’autres pays anglophones semblent jouer un rôle important, mais le développement et le renouvellement de recherches dans des pays non anglophones laissent penser qu’il existe plusieurs espaces nationaux de la recherche, dont il s’agit alors d’analyser les relations.

Le champ propose aussi une vision de l’espace scientifique comme un espace de lutte autour d’un capital spécifique. À ce stade des connaissances, il n’est guère évident de définir une forme de capital symbolique au niveau international autour duquel lutteraient les agents d’un « sous-champ » des études sur le tourisme. Cela serait sans doute plus vrai au niveau national. Il s’agirait alors de connaître les frontières des études sur le tourisme. Mais l’on peut se demander si elles sont un enjeu de luttes. En effet, il y a des entrées et sorties régulières, les instances de consécrations semblent le plus souvent être disciplinaires, les traditions disciplinaires et nationales différentes sont pour partie cloisonnées, les frontières des études sur le tourisme sont fongibles à des domaines comme la mobilité, les loisirs, le sport ou les pratiques culturelles. On est plutôt face à un réseau de chercheurs et d’institutions qui produisent des configurations particulières. Enfin, le concept de champ s’intéresse à la science faite et laisse de côté le travail scientifique (ibid.).

Ainsi, ce concept peut certainement être fonctionnel pour analyser des espaces de recherche polarisés, mais, dans le cas d’espaces hétérogènes (au niveau international), il présuppose des dimensions que l’on ne peut a priori déterminer.

Le concept de réseau.

Dès lors, l’hétérogénéité des études sur le tourisme semble se prêter particulièrement bien à une analyse en termes de réseaux (Tribe 2010), que ceux-ci soient interindividuels (Scott 2000), institutionnels ou bibliométriques (Gingras 2013).

Un réseau social peut être défini

comme un ensemble d’unités sociales et des relations que ces unités sociales entretiennent les unes avec les autres, directement, ou indirectement à travers des chaînes de longueurs variables. Ces unités sociales peuvent être des individus, des groupes informels d’individus ou bien des organisations plus formelles, comme des associations, des entreprises, voire des pays. Les relations entre les éléments désignent des formes d’interactions sociales qui peuvent être elles aussi de natures extrêmement diverses : il peut s’agir de transactions monétaires, de transferts de biens ou d’échanges de services, de transmissions d’informations, de perceptions ou d’évaluations interindividuelles, d’ordres, de contacts physiques (de la poignée de main à la relation sexuelle) et plus généralement de toutes sortes d’interactions verbales ou gestuelles, ou encore de la participation commune à un même événement, etc. (Mercklé 2011, p. 3-4)

Il s’agit aussi

d’un ensemble de méthodes, de concepts, de théories, de modèles et d’enquêtes, mis en œuvre en sociologie comme dans d’autres disciplines des sciences sociales (anthropologie, psychologie sociale, économie…), qui consistent à prendre pour objets d’étude non pas les attributs des individus (leur âge, leur profession, etc.), mais les relations entre les individus, que celles-ci se jouent en face à face ou bien à distance grâce à différents moyens de communication, et les régularités qu’elles présentent, pour les décrire, rendre compte de leur formation et de leurs transformations, analyser leurs effets sur les comportements individuels. » (ibid., p. 4)

Dès lors, ces méthodes permettent de saisir l’hétérogénéité des relations interindividuelles et/ou institutionnelles. Par exemple, Tribe (2010) utilise ce concept de « réseau ». Il analyse à partir d’interviews approfondies, de questions par e-mail et de documents portant sur 67 sujets la constitution de « territoires » et de « tribus ».

Dans le même ordre d’idées, la bibliométrie permet d’étudier les relations entre les auteurs, les thèmes, la centralité des revues d’un domaine d’étude, etc. Ces méthodes permettent de saisir les tendances (conceptuelles, méthodologiques et théoriques) et les circulations du savoir dans un univers défini, bref de fournir des éléments d’analyse de contenus de la science. Par exemple, Palmer, Sesé et Montano (2004) utilisent ces méthodes sur un panel de douze revues pour identifier l’utilisation des statistiques dans les études sur le tourisme. Il serait intéressant de les mobiliser pour d’autres focus (concepts, auteurs, théories, méthodes qualitatives, etc.) sur un large panel de revues, mais la bibliométrie permet aussi de croiser les co-citations d’auteurs avec les références conceptuelles, ceci afin de cerner la centralité d’une théorie, d’un concept, ou d’un auteur dans le domaine concerné (Gingras 2013)[10].

Néanmoins, les postulats théoriques de ces méthodes méritent d’être discutés. Les réseaux sont des productions sociales et historiques (Boltanski et Chiapello 1999). Ils sont produits par des individus qui ne sont pas uniquement dotés de propriétés relationnelles, mais également de propriétés sociales (âge, sexe, profession, revenus). Les réseaux dépendent aussi de ressources matérielles, symboliques et/ou institutionnelles qui permettent de les structurer (Denord 2005). Les dotations inégales des ressources (matérielles, en terme de prestige, de statuts, etc.) des individus et des institutions ont une influence sur les positions occupées dans le réseau académique. En ce qui concerne les études sur le tourisme, ce n’est pas parce que les réseaux sont plus ou moins institutionnalisés (en fonction des époques, des pays, des objets spécifiques, des disciplines (Nash 2007, Dann et Parrinello 2009, Poupeau et Réau 2007)) que les chercheurs n’appartiennent pas à des institutions et qu’ils n’ont pas été formés dans des institutions spécifiques. On peut faire l’hypothèse que leurs trajectoires sociales, professionnelles tout autant que leur position actuelle les amènent à travailler d’une certaine manière, notamment en fonction des possibilités qui s’offrent à eux (type de départements, choix des objets de recherche, collègues avec qui travailler, relations avec leurs tutelles administratives et universitaires, recherche de financements, espace de publication, etc.). Cette histoire individuelle est aussi une histoire collective des institutions hébergeant des recherches sur le tourisme. Celles-ci déterminent, en partie au moins, les formes des réseaux (qui peuvent tout autant s’appuyer sur ces institutions que sur les ressources personnelles de tel ou tel chercheur, ou, au contraire, se développer en dehors/en parallèle des institutions de rattachement). La médiation, ne serait-ce que technique, de la mise en réseaux de chercheurs, repose sur des ressources qu’il faut bien prendre en compte afin de comprendre le paysage scientifique des études sur le tourisme.

Dans le même ordre d’idées, les réseaux bibliométriques n’expliquent pas, ils constatent. Bien que l’on puisse définir la centralité dans un domaine d’étude de théories, de concepts, de méthodes et d’auteurs, la bibliométrie ne permet pas de saisir les conditions de production du savoir ni les raisons d’une telle centralité. Enfin, ces méthodes ne disent rien des publics, des usages des savoirs et de la réception de telle ou telle théorie, concept ou méthode.

C’est pourquoi, afin de comprendre la circulation internationale des concepts, des théories et des méthodes, il faut étudier les conditions institutionnelles de circulation des chercheurs, de réception, de traduction des textes, des réappropriations en fonction des contextes intradisciplinaires nationaux.

Le concept de « configuration » (figuration).

Pour Norbert Elias, les notions de « société » et d’« individu » ne permettent pas de penser relationnellement les phénomènes sociaux. Il propose

à la place de ces représentations traditionnelles […] l’image de nombreux individus, qui, de par leur dépendance réciproque, sont liés entre eux de multiples façons, formant ainsi des associations interdépendantes ou des configurations dans lesquelles l’équilibre des forces est plus ou moins instable. (1991, p. 10)

Il s’agit donc de partir d’une image d’individus en réseaux, de joueurs, en mettant l’accent sur une dimension négligée par le concept de « réseau ». En effet, si les joueurs sont interdépendants, le réseau est le produit « d’une contrainte spécifique que les formations sociales, reliant les hommes, exercent sur ces derniers » (ibid., p. 11), mais surtout toute configuration est un processus historique qui repose sur une cristallisation de relations de dépendances réciproques entre des individus ; chaque configuration entretient des liens avec d’autres configurations. Ce concept a l’avantage de ne pas partir a priori d’une vision institutionnaliste (d’une surdétermination institutionnelle) tout en considérant que le « maillage » entre chercheurs et entre institutions s’inscrit dans des histoires spécifiques (personnelles et institutionnelles) qui orientent les formes prises par les réseaux. Il invite à prendre en considération le poids des histoires nationales dans le découpage disciplinaire et intradisciplinaire ainsi que le développement des études sur le tourisme afin de saisir la circulation internationale des concepts, des théories et des méthodes de ce domaine d’étude.

Le poids de l’histoire et les traditions nationales en sciences sociales.

Ainsi, partir de l’hypothèse que les sciences sociales sont encore largement structurées nationalement, c’est se donner les moyens de comprendre les modalités de circulations, d’import/export, de théories, de concepts, de méthode (Heilbron 2008, 2009). La théorie, à la différence des enquêtes empiriques situées, « voyage » mieux. Mais pas n’importe quelle théorie : la plasticité de celle-ci, c’est-à-dire la possibilité offerte de (re) traductions cognitives diverses, est essentielle. À titre d’exemple, on ne comprend pas le succès des auteurs de la French Theory (comme Foucault, Deleuze, Derrida) aux États-Unis si l’on ne considère pas la plasticité conceptuelle qu’offrent leurs théories (Cusset 2008). Ces auteurs alimentent non seulement les Cultural studies (Neveu 2008), mais aussi largement les études sur le tourisme. Toutefois, il ne suffit pas qu’une théorie soit exportable pour qu’elle soit exportée. Il faut aussi des conditions institutionnelles, des réappropriations différenciées selon les contextes disciplinaires et nationaux (Cusset 2008, Neveu 2008). Dès lors, on peut se demander pourquoi tels ou tels théorie, méthode ou concept sont importés dans les études sur le tourisme, alors que d’autres, tout aussi importants, sont négligées. À titre d’exemple, les références à des auteurs « classiques » de la sociologie du 20e siècle sont extrêmement sélectives dans Annals of Tourism Research[11]. Par exemple, Norbert Elias n’est cité que 5 fois, Max Weber seulement 15 fois et Garfinkel 6 fois, alors que Goffman est le plus cité (108 fois), suivi par Foucault (83 fois)[12]. Est-ce à dire que les travaux de ces sociologues ne permettent pas de penser le phénomène touristique ? Sinon comment expliquer cette sélectivité ?

Il ne s’agit bien évidemment pas d’en appeler à des citations de façade ou à des usages « plaqués » des sociologues « classiques », mais bien plutôt, dans une démarche réflexive collective, d’identifier les processus de circulation et donc de sélection des schèmes de pensées[13]. Dès lors, parler de « configurations » des études sur le tourisme signifie retracer les réseaux académiques et bibliométriques en prenant en compte les histoires individuelles et collectives des individus impliqués dans ce domaine d’études. Empiriquement, on peut mener une étude prosopograhique[14], recueillir les éléments biographiques et les lier aux histoires institutionnelles (des revues, des associations professionnelles, des universités, des fonds de recherche, etc.) (Dann et Parrinello 2009, Nash 2007). Il ne s’agit pas de faire une histoire événementielle, mais de comprendre historiquement le processus de constitution des réseaux actuels et les liens d’interdépendance à partir d’analyses statistiques.

Configuration et statistiques.

Analyse des correspondances multiples, réseaux et bibliométrie donnent lieu à de nombreux débats entre les spécialistes des sciences sociales et des statisticiens (Le Roux et Rouanet 2010, Gingras 2013, Lazega 1998, Merckle 2011). Pour mettre en œuvre le concept de « configuration », on peut mobiliser l’analyse des correspondances multiples et les analyses de réseau (Denord 2005, Faust 2005, Le Roux et Rouanet 2010, Kolaczyk 2009). Si l’analyse des correspondances multiples permet de polariser un espace de positions à l’aide des propriétés sociales, l’analyse de réseau montre les liens entre les individus et/ou les institutions. Associer les deux nous permet de saisir les dynamiques historiques (Lemercier et Zalc 2008) et les dimensions institutionnelles des réseaux afin d’en tirer les configurations universitaires sur différentes périodes. On peut, par exemple, étudier les comités de thèse, les comités scientifiques de conférences, les comités de rédaction, les réseaux et les départements universitaires, les associations professionnelles , etc. Mais ces analyses statistiques ne disent rien sur le contenu de la science. Elles doivent donc être complétées par des analyses bibliométriques pour identifier la circulation des idées. Au final, on ne comprend pas totalement les productions scientifiques sans considérer à qui elles s’adressent. C’est pourquoi une dernière dimension doit être prise en compte : une étude des publics.

Étudier les publics.

Analyser la réception des travaux.

Contemporain de Merton, Charles Wright Mills, dans sa thèse Sociology and Pragmatism (1964), propose un système original qui étudie les publics. En associant épistémologie et méthodologie à la suite de Dewey, il se donne pour objet l’étude des motifs de l’action des philosophes pragmatiques, et notamment leurs rapports avec les publics. Le développement de cette philosophie n’a pu s’opérer qu’en raison d’un contexte institutionnel et d’un public réceptif (celui émergent des étudiants de l’enseignement supérieur, qui constituent les classes moyennes en ascension, passant de la campagne à la ville et se « professionnalisant ») (Denord et Réau 2014).

Si l’on s’appuie sur ce modèle, on peut se demander quels sont les publics des études sur le tourisme. Les articles portant sur les lecteurs des revues centrales du domaine nous fournissent des informations (Xiao et Smith 2007, 2008, Xiao, Jafari, Cloke et Tribe 2013). Néanmoins, on peut penser qu’une approche plus systématique à travers l’analyse du maillage institutionnel du lectorat permettrait de compléter ces données. Dans le même ordre d’idées, des focus sur les usages de concepts clés élaborés dans le domaine des études sur le tourisme (« tourist gaze », « staged authenticity », « hosts and guests ») à travers une analyse bibliométrique participerait à identifier le rayonnement social et scientifique de ce domaine de recherche. Enfin, si l’on peut penser qu’une partie des acteurs économiques et politiques du tourisme s’intéresse de près ou de loin aux publications dans ce domaine, étudier les éléments qui sont mobilisés par ces acteurs, leurs façons de se les réapproprier ou de les ignorer (et, à l’inverse, la façon dont les chercheurs utilisent ou non les savoirs produits par les acteurs économiques et politiques du tourisme) permettrait de décloisonner la recherche dans le domaine, en participant à cette réflexivité collective nécessaire à la production d’une science exigeante (Bourdieu 2001). Les tenants de l’Actor Network Theory se proposent de dépasser la division entre savant, objet et public (Latour 1993, 2001).

« Chaînes d’interdépendance » et « interdépendance fonctionnelle ».

Selon Bruno Latour, la science signifie avant tout mettre en écriture des éléments empiriques sortis de leur contexte. Le savoir scientifique se dissout alors dans un jeu d’écriture parmi d’autres. Le touriste, l’agent de voyage, le guide, etc. produisent également des discours qui peuvent s’apparenter à des formes « indigènes » de savoirs. Au final, les frontières entre science et monde social semblent disparaître : la science n’a plus de statut spécifique. Néanmoins, tous les savoirs ne sont pas scientifiques : c’est là l’intérêt de produire une analyse sociologique des études sur le tourisme. On peut se demander quelles sont les conditions institutionnelles et cognitives qui permettent à certains types d’écrits d’alimenter l’activité touristique, alors que d’autres restent totalement inconnus ou inutilisés. Le concept « d’interdépendance fonctionnelle » et la notion de « chaînes d’interdépendance » offrent l’avantage d’inscrire dans l’histoire individuelle et collective les circulations des savoirs, qui, sans cela, « flottent dans l’air » face au refus d’expliquer et à la volonté de seulement décrire des tenants de l’ANT. Les avancées technologiques et l’internationalisation des échanges ont considérablement allongé les « chaînes d’interdépendances » (Elias 1991). Une étude des publics devrait ainsi s’accompagner de monographies précises qui saisissent les configurations entre producteurs de savoirs scientifiques, savoirs autochtones, touristes et institutions touristiques.

De nombreux travaux historiques montrent l’importance des populations locales, des folkloristes et des touristes dans la production de représentations et de mises en scène touristiques qui alimente en retour les travaux d’historiens, le plus souvent locaux (Rogers 2002, Thiesse 1991, Bertho 1980, Cousin 2011). À cet égard, on peut penser qu’il existe une « interdépendance fonctionnelle » entre ces acteurs. C’est aussi, en anthropologie, le programme de recherche proposé par Saskia Cousin qui traite de la circulation des savoirs entre chercheurs, informateurs privilégiés, différentes catégories de populations locales, touristes et institutions traitant du tourisme. Cela produit des configurations particulières, qui se caractérisent non seulement par la production d’attraction ou de lieux touristiques (De L’Estoile 2010), mais aussi par la production de savoirs anthropologiques (Conklin 2013) et d’informations touristiques (les guides de voyage, par exemple). Il s’agit alors de spécifier les formes prises par les liens d’interdépendances (Elias 1991) entre chercheurs, institutions, acteurs du tourisme à différents niveaux[15].

Statistique, ethnographie, archives et configurations.

L’analyse statistique des réseaux institutionnels, conceptuels et de publics permet de compléter et d’enrichir les études ethnographiques (situées) dans la « chaîne d’interdépendances » qui caractérise la production du savoir scientifique sur le tourisme. La connaissance de ce contexte historique et institutionnel permet alors d’étudier des configurations spécifiques actuelles ou passées en retraçant les « liens d’interdépendances » entre les différents acteurs (informateurs et habitants locaux, acteurs locaux du tourisme, chercheur, acteurs institutionnels locaux, nationaux ou internationaux, touristes, etc.).

Utiliser les concepts de « configurations » et de « chaînes d’interdépendances » comme guide opératoire temporaire permet d’éviter deux écueils : (a) la surdétermination des actions a priori de la structure du champ qu’il s’agit de saisir (pour un espace de recherche très hétérogène au niveau international) à travers la centralité de l’idée de domination dans le concept de champ de Pierre Bourdieu ; (b) la sous-détermination des actions a priori dans l’Actor Network Theory pour qui tout se passe comme si les réseaux « flottaient » sans aucun ancrage social. Au contraire, parler de configuration, c’est se donner les moyens de saisir des réseaux d’individus, d’institutions et leurs relations avec les populations étudiées à un niveau global. Ainsi, retracer les « chaînes d’interdépendance », c’est considérer que ces différents éléments dépendent les uns des autres dans la production du savoir. Ces liens contraignent les acteurs à agir en fonction des jeux dans lesquels ils sont pris. C’est ainsi que la réflexivité individuelle proposée par Edward Bruner (1995) afin de définir la place de l’ethnographe face au touriste, si elle est nécessaire, demeure insuffisante. Elle gagnerait à s’inscrire dans une réflexivité collective et interdisciplinaire (Clivaz, 2008) qui s’appuie sur l’analyse du domaine d’études et de la circulation des savoirs qui y sont produits.

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Note

[1] On trouve ainsi, en 2013, 74 revues répertoriées dans les classements incomplets de ranking, la plus ancienne, Annals of Tourism Research, ayant été fondée en 1973.

[2] Même si ATR a longtemps proposé des résumés en français et en anglais. Le français a été abandonné seulement en 2008.

[3] Il faut ajouter que les premiers chercheurs sur le tourisme étaient peu nombreux et relativement isolés. Ils n’avaient pas, pour la majorité d’entre eux, la volonté de faire du « tourisme » un objet de recherche permanent et central dans leurs recherches. Le tourisme était considéré comme un phénomène permettant d’étudier des transformations sociales, historiques ou psychiques (Nash 2007). Paradoxalement, ce sont souvent les « francs-tireurs » de différents pays qui sont les plus cités dans les études sur le tourisme, alors que les entrepreneurs de Tourism studies se sont plus attachés à institutionnaliser ce domaine d’études (comme Jafar Jafari, fondateur de Annals of Tourism Research).

[4] Pierre Bourdieu parle de « réflexivité réformiste » qui n’est pas « pas l’affaire d’un seul […] et [qui] ne peut s’exercer pleinement que si elle incombe à l’ensemble des agents engagés dans le champ » (2001, p. 178-179). Il ajoute : « La vigilance épistémologique (sociologiquement armée) que chaque chercheur peut exercer pour son propre compte ne peut être que renforcée par la généralisation de l’impératif de réflexivité et la divulgation des instruments indispensables pour lui obéir, seule capable d’instituer la réflexivité en loi commune du champ, qui se trouverait ainsi voué à une critique (sociologique) de tous par tous capable d’intensifier et de redoubler les effets de la critique épistémologique de tous par tous » (Bourdieu 2001, p. 178-179).

[5] « The touristic, or society’s touristic dimensions, as a relationship to people, objects, practices, and self in which re-creation occurs (i.e. practices of controlled de-con-trolling of self-control in the sense of Elias and Dunning (1986)), which is combined with bodily dis-placement and inhabiting a place of otherness (Équipe MIT 2002, Knafou and Stock 2003). » (Darbellay et Stock 2012b, p. 444).

[6] Que l’on pense au décalage entre la définition statistique d’un « touriste » et la réalité des pratiques touristiques (Cousin et Réau 2009, Équipe MIT 2002).

[7] Selon Kuhn, « les mondes sociaux cognitifs dans lesquels vivent les chercheurs sont des paradigmes. Chaque période est caractérisée par un ensemble de croyances sociales porteuses d’un point de vue sur la nature. Le scientifique en tire une représentation théorique particulière du monde ; celle-ci change dès que le point de vue se modifie » (Ragouet et Shinn 2005, p. 57).

[8] Pour Immanuel Wallerstein : « A discipline defines not only what to think about it, but also what is outside its purview. To say that a given subject is a discipline is to say not only what it is but what it is not » (cité par Dann et Parrinello 2009, p. 17).

[9] Ce sont, par exemple, les tenants du « Programme Fort » en science de la science.

[10] Les réseaux interindividuels et la bibliométrie mobilisent des outils statistiques spécifiques, qui donnent lieu à de nombreux débats entre spécialistes des sciences sociales et statisticiens (Gingras 2013, Lazega 1998, Mercklé 2011).

[11] Cette recherche a été menée en mai 2014 à partir du site de la revue de 1973 à 2014, en s’appuyant sur le classement des ouvrages de sociologies les plus lus au 20e siècle (ISA Books 20thCentury). On compte pourtant 1202 occurrences du mot « sociology » dans l’ensemble des articles sur la période.

[12] À l’inverse, les auteurs les plus cités sont des spécialistes du « tourisme » : Dean MacCannell (509 fois), John Urry (383), Nelson Graburn (411) ou encore Erik Cohen (293).

[13] À l’inverse, une théorie largement fondée sur les spécificités de l’État en France, comme celle des champs de Pierre Bourdieu, circule moins bien, notamment dans les domaines où il s’agit d’étudier des pays non démocratiques, des États décentralisés, etc. Enfin, dernier exemple, alors que sa théorie interactionniste se fonde sur l’observation de la classe moyenne américaine des années 1950/1960, la généralisation et la diffusion des concepts de Erving Goffman a pu s’opérer grâce à une décontextualisation de leurs bases empiriques.

[14] En ce sens, on se demandera ce qui constitue une posture scientifique dans ce domaine de recherche. Cette question en soulève plusieurs autres : (a) en termes méthodologiques, conceptuels et épistémologique, qu’est-ce qui est considéré comme scientifique par les acteurs de ce domaine de recherche ? (b) En parallèle, quels sont les acteurs de ce domaine de recherche ? Comment ont-ils été formés (non seulement dans quelle discipline, mais dans quelles conditions sociales, culturelles, nationales ; dans quelle tradition sociologique pour les sociologues etc.) ? Quelles positions occupent-ils et ont-ils occupés ? Comment situer ces positions au sein des différentes disciplines, au sein des institutions de recherche des différents pays ? Quelles sont leurs relations avec les chercheurs d’autres disciplines et/ou avec des chercheurs de leur propre discipline qui ne travaillent pas sur tourisme ? Par exemple, participent-ils à des colloques, séminaires qui ne portent pas sur le tourisme ?

[15] Ce qui évite, à la différence d’un concept tel que « communauté scientifique », de cloisonner la science sur elle-même, dans un domaine où elle est potentiellement très ouverte aux microcosmes sociaux extérieurs.

Résumé

Comme fait social transversal et multidimensionnel, le tourisme est redevable d’une approche qui articule institutions, pratiques, dispositions et postures touristiques. Ce phénomène donne lieu à de nombreuses publications disciplinaires et/ou pluridisciplinaires. Les revues centrales de ce domaine d’étude se font l’écho des débats récurrents autour de la constitution éventuelle d’une « science du tourisme » qui transcenderait les divisions disciplinaires. Cet article propose un cadre théorique et méthodologique afin de mener une analyse scientifique des recompositions en jeu. Pour cela, il s’agira d’articuler trois dimensions, le plus souvent séparées dans l’analyse des sciences : la dimension institutionnelle, la dimension cognitive et l’analyse des publics.

Pour faire référence à cet article (ISO 690)

Bertrand Réau, « Les «Tourism Studies»: excursions épistémologiques ou séjours disciplinaires ? », EspacesTemps.net, Travaux, 2015/01/20. URL : https://www.espacestemps.net/articles/les-tourism-studies/