L’habiter comme pratique des lieux géographiques.Peer review

Mathis Stock

Image1Comment appréhender les dimensions spatiales des sociétés humaines ? Afin d’y apporter des éléments de réponse à l’un des questionnements fondamentaux de la géographie, on propose ici une perspective particulière centrée sur les manières dont les individus pratiquent les lieux, bref l’habiter. En effet, deux éléments de contexte concourent à proposer un questionnement centré sur l’habiter : d’abord, un contexte scientifique qui fait que les questions des valeurs ou significations assignées aux lieux géographiques sont investies par les géographes depuis une trentaine d’années. L’importance de cette orientation typiquement « sciences humaines et sociales » est aujourd’hui reconnue en géographie, avec l’importation d’approches phénoménologiques et sociologiques dans la discipline. Néanmoins, elle ne doit pas nous faire oublier les deux risques majeurs que cette démarche implique : primo, le risque d’une « mystification » du sens, en oubliant d’autres dimensions des individus[1] ; secundo, le risque du subjectivisme qui oublie que les individus ne sont pas des sujets, des « homines clausi » comme dirait Norbert Elias ([1970], 1991), mais en interdépendance avec d’autres individus et ancrée dans la société, ce qui signifie prise en compte des normes, valeurs, etc.

Le deuxième élément de contexte est celui d’un changement sociétal : la mobilité géographique accrue fait advenir une « société à individus mobiles » (Stock, 2001) et procède à une recomposition des pratiques et des valeurs assignées aux lieux géographiques, une recomposition qui touche notamment le rapport entre identité/altérité, familarité/étrangeté exprimé par les lieux. Cette recomposition des pratique touche à tous les domaines : nouvelles pratiques touristiques, différentes mobilités post-migratoires, substitution de la migration par des circulations, double résidence etc. Fondamentalement, la mobilité permet et exprime le fait que les pratiques s’associent à des lieux distincts du ou des lieux de résidence, nécessitant des circulations entre un grand nombre de lieux.

Il en résulte le questionnement suivant : de quelles manières les individus pratiquent-ils ces différents lieux ? Quelles sont les significations des lieux ainsi pratiqués ? Quels sont les lieux choisis, investis comme référents pour l’identité des êtres humains ? Bref, comment les individus habitent-ils dans un contexte de mobilité géographique accrue ?

Toutefois, les approches scientifiques ont jusqu’ici privilégié, c’est la thèse que je défendrais, les représentations, l’imaginaire ou encore les significations comme traitement du rapport à l’espace — comme « géographicité » —, mais qui, seules, ne suffisent pas pour expliquer les rapports aux lieux. L’étude de la géographicité doit, pour être efficace, s’insérer dans une étude centrée sur les pratiques dans lesquelles les significations des lieux sont mobilisées par les individus en actes, en situation, dans un projet. En effet, le rapport aux lieux n’existe pas en lui-même, indépendamment d’un projet de vie, des pratiques d’un grand nombre ou d’un petit nombre de lieux – par exemple dans le cas des référents géographiques de l’identité qui dépendent de la pratique plus ou moins extensive des lieux géographiques du Monde — ou d’une pratique particulière — par exemple partir en vacances dans un pays étranger où le rapport à l’altérité émerge en actes, lorsque l’individu est concrètement confronté à un environnement nouveau, étrange, autre. Le rapport aux lieux n’existe donc pas en soi, de façon indépendante, mais est toujours relié à la question des pratiques[2].

C’est cette articulation entre pratique des lieux et signification des lieux que je tenterai d’exprimer par le recours à la notion d’habiter. La question de l’habiter est donc fondamentalement une question de pratiques, associées aux représentations, valeurs, symboles, imaginaires qui ont pour référent les lieux géographiques. Elle gagne en importance dans une société qui donne une valeur accrue à la mobilité géographique et qui, de ce fait, ouvre le champ des possibles concernant les lieux géographiques.

Habiter les lieux géographiques, non pas la Terre.

Cette entreprise nécessite d’infléchir différents concepts fondamentaux de la géographie. D’abord, il convient d’élaborer le concept d’habiter que nous dépouillerons de sa connotation écologique et cosmologique pour ne retenir que la dimension « topique » et symbolique. Ensuite, nous tenterons de développer quelques éléments de l’habiter par les pratiques des lieux qui réserve une place de choix à la notion de rapport aux lieux. En effet, habiter, c’est pratiquer les lieux géographiques du Monde : voici la thèse défendue dans cette position de recherche qui pourrait permettre d’appréhender d’une autre façon le rapport à l’habitat des sociétés humaines.

Contextes sémantiques et théoriques de l’habiter.

Les termes « habiter » et « habitat » sont d’un usage commun en géographie. Par « habiter », on désigne le fait « d’avoir son domicile en un lieu » (Théry & Brunet, 1993, p. 250). Par « habitat », on désigne « le lieu où l’on s’est établi, où l’on vit, où l’on est habituellement » (Théry 1993, p. 249). Plus classiquement encore, l’habitat se définit par « l’ensemble et l’arrangement des habitations » où l’on distingue « habitat urbain » et « habitat rural » (ibid., ibidem). Dans les études contemporaines de géographie urbaine ou de sociologie urbaine, habiter signifie « occuper un logement » ou « résider » (cf. Lelièvre & Lévy-Vroeland 1992)[3]. Par conséquent, les « habitants » sont ceux qui résident dans un lieu donné. Ce statut leur confère des droits particuliers — par exemple celui de la participation aux élections municipales dans la mesure où d’autres conditions définies par le code électoral (notamment celui de la nationalité) sont remplis.

D’un point de vue philosophique, les réflexions sur l’habiter s’appuient sur la philosophie phénoménologique de Martin Heidegger ([1927], 1996 ; [1952], 2004 ; [1954], 2004). Habiter y est défini comme « die Weise, wie die Sterblichen auf der Erde sind » (2004a, 142), comme un « Grundzug des menschlichen Daseins » (2004b, 183), voire comme « Bezug der Menschen zu Orten und durch Orte zu Räumen » (2004a, 152)[4]. Cette conception est développée par Otto Bollnow (1963) dans son ouvrage Mensch und Raum, où l’espace habité est celui qui est investi émotionnellement. Mais son élaboration statique et rurale nuit à la conceptualisation adéquate de la question de l’habiter, qui – c’est une thèse que je défendrais – nécessite notamment la prise en compte de la mobilité géographique[5]. « L’habiter » chez Heidegger est alors l’irréductible condition des êtres humains en tant qu’habitants de la Terre, ou habitant la Terre. En géographie, cette orientation écologique et cosmologique a été reprise par Éric Dardel ([1952], 1990), Yi-Fu Tuan (1974 ; 1977) et la branche phénoménologique de la géographie anglo-saxonne (Buttimer, 1976 ; Buttimer 1980 ; Ley, 1978 ; Seamon & Mugerauer, 1989), ainsi que par Augustin Berque (1996 ; 1999 ; 2000)[6]. La question est in fine celle de l’humanisation des milieux physiques par la sphère du symbolique (Berque, 2000) et la manière dont les hommes confèrent du sens à la Terre et à la Nature. Ce questionnement ouvre notamment sur le rapport à l’environnement, différent selon les cultures et différent au cours du temps.

Une autre filiation peut être retracée. Celle de la question de l’espace vécu et du rapport aux lieux et du sens des lieux (cf. Frémont, 1976 ; Frémont et al. 1984 ; Lévy & Lussault, 2000). Elle a abouti à un traitement par les représentations spatiales et les valeurs assignées aux lieux, plus rarement par l’imaginaire géographique (cf. Berdoulay, 1995 ; Debarbieux, 1995 ; Debarbieux, 1997)[7]. La « géographicité » (Dardel, [1952] 1990), c’est-à-dire le rapport des êtres humains avec les lieux et l’espace géographiques a été traitée de façon restrictive, la plupart du temps focalisé sur le rapport à un seul lieu, le lieu de résidence ou à la Terre entière. Or, la mobilité géographique accrue a pour conséquence la pratique d’un grand nombre de lieux, tous susceptibles de constituer un référent géographique pour la vie des individus. La focalisation sur un seul lieu par les représentations n’est donc pas une manière adéquate pour prendre en compte les multiples rapports aux lieux. D’où la nécessité d’ouvrir le questionnement sur les pratiques des lieux qui permette de prendre en compte plusieurs lieux, non seulement un seul.

Ainsi, la dimension de la Terre, du monde bio-physique, celle du milieu géographique ou le territoire — place des géographes anglo-saxons — ne constituent pas les seules perspectives possibles sur l’habiter. Ce n’est donc pas le rapport aux lieux en tant que ceux-ci synthétisent le milieu géographique ou la Nature que nous interrogeons ici, mais le rapport aux lieux en tant que ceux-ci constituent le référent concret et symbolique des pratiques humaines. Ce rapport au lieu se fonde sur la signification des lieux en fonction de l’intentionnalité qui anime les pratiques effectuées[8]. Ce sont les différentes manières de pratiquer les lieux définissant l’habiter qui constituent le champ d’investigation. La Terre reste ici hors champ, ce sont les lieux géographiques  —différents selon leur qualité et/ou leur identité — qui constituent le focus de l’investigation, mais non pas en tant que milieu, mais en tant que contexte des pratiques, topicité des pratiques et référents des symbolisations humaines. L’habiter est donc le rapport à l’espace exprimé par les pratiques des individus.

Habiter, c’est pratiquer les lieux géographiques.

L’un des aspects fondamentaux de l’habiter réside dans la dimension pratique qui va au-delà des seuls rapports aux lieux. Si l’on définit « habiter » comme le fait de pratiquer un ensemble de lieux géographiques, il se pose la question de savoir comment concevoir le fait que les individus pratiquent les lieux. Cette vaste question appellerait une théorie de la « pratique des lieux », placée ici en position de méta-théorie par rapport à une théorie de l’habiter. Nous pouvons ici seulement entrouvrir cette « boîte noire » des pratiques des lieux en donnant deux ou trois éclairages. Il irait trop loin ici de discuter en détail la question de la pratique des lieux qui a été, sauf exception, éludée par les géographes. On peut définir les « pratiques des lieux » rapidement comme étant ce que font les individus avec les lieux, étant entendu que ce sont les manières de pratiquer les lieux qui retiennent notre attention, non la question de la localisation ou la fréquentation. Nous disposons d’au moins trois perspectives théoriques différentes pour comprendre la « pratique spatiale » : Nigel Thrift (1996) se focalise sur la pratique comme étant pré-reflexive, Benno Werlen (1997) sur l’espace comme ressource des actions au quotidien et Lussault (2000) comme pratique prise dans un contexte spatial.

Pour préciser ce positionnement, on peut évoquer deux aspects importants. D’abord, l’expression choisie « pratique des lieux » n’est pas identique avec celle de pratique socio-spatiale ou de pratique spatiale[9]. Ces dernières font comme s’il allait de soi que la pratique soit associée à des lieux alors que c’est l’enjeu de découvrir dans quelle mesure le choix des lieux est autonome pour une pratique, dans quelle mesure elle est induite par la qualité du lieu. En effet, la question de savoir quelles pratiques sont d’abord « pratiques », ensuite « spatiales », et quelles pratiques impliquent une forte implication des lieux, est intéressante. Wolfgang Hartke (1959), l’un des fondateurs de la géographie sociale, précise que la plupart des actions des hommes n’ont pas pour vocation d’organiser l’espace géographique. On peut donc distinguer les actions intentionnelles et non-intentionnelles sur l’espace. La pratique des individus est, la plupart du temps, non-intentionnelle du point de vue de la constitution d’espace, mais c’est l’autonomie du choix des lieux auxquels ils associent leurs pratiques qui diffère. Par exemple, le choix des lieux touristiques peut être conçu comme étant plus autonome que celui d’autres lieux : on ne choisit pas son lieu de naissance[10].

Ensuite, le « contexte de découverte » de l’expression « pratiques des lieux » ou « pratiquer les lieux » a émergé à partir de deux sources majeures. D’abord, Michel de Certeau (1990) appelle « pratique du lieu » le fait de déployer les pratiques pour que le lieu devient espace.

Est un lieu l’ordre (quel qu’il soit) selon lequel des éléments sont distribués dans des rapports de coexistence. S’y trouve donc exclue la possibilité, pour deux choses, d’être à la même place. La loi du « propre » y règne : les éléments considérés sont les uns à côté des autres, chacun situé en un endroit « propre » et distinct qu’il définit. Un lieu est donc une configuration instantanée de positions. Il implique une indication de stabilité. Il y a espace dès qu’on prend en considération des vecteurs de direction, des quantités de vitesse et la variable du temps. L’espace est un croisement de mobiles. Il est en quelque sorte animé par l’ensemble des mouvements qui s’y déploient. Est espace l’effet produit par les opérations qui l’orientent, le circonstancient, le temporalisent et l’amènent à fonctionner en unité polyvalente de programmes conflictuels ou de proximités contractuelles. L’espace serait au lieu ce que devient le mot quand il est parlé, c’est-à-dire quand il est saisi dans ambiguïté d’une effectuation, mué en un terme relevant de multiples conventions, posé comme l’acte d’un présent (ou d’un temps), et modifié par les transformations dues à des voisinages successifs. À la différence du lieu, il n’a donc ni l’univocité ni la stabilité d’un « propre ». En somme l’espace est un lieu pratiqué. (p. 173, souligné dans l’original).

De Certeau (1990) renverse donc l’acception commune des géographes du lieu comme expression spécifique de l’espace plus général et englobant. D’abord, il y a le lieu qui, par la pratique, devient espace. Le lieu devient espace lorsque l’on appréhende dans leurs dimensions temporelles et spatiales les pratiques qui s’y déroulent. La seconde source réside dans les questionnements de Werlen (1996) concernant une « pratique de l’ancrage dans le monde avec laquelle les sujets […] se mettent en rapport avec le monde » (Werlen 1996, p. 110). Ma reformulation, centrée sur les lieux à la place du monde, précise cette « ancrage dans le monde » en pensant l’ancrage dans les lieux géographiques : la pratique des lieux comme étant l’habiter des lieux du monde constitue ainsi un nouveau regard géographique.

Ceci a deux conséquences sur la conceptualisation de l’habiter comme pratique des lieux géographiques. D’abord, il faut reconnaître que tout ce que font les êtres humains est fait dans un lieu, à un lieu ou avec un lieu. Edward Casey (1993 ; 1997) d’un point de vue philosophique et Nicholas Entrikin (1991) d’un point de vue géographique exploitent cette propriété des pratiques. On peut alors dire que l’habiter désigne l’irréductible condition des êtres humains en tant qu’ils pratiquent des lieux. « Habiter » désigne ici la dimension géographique des pratiques en tant que celles-ci s’associent à des lieux[11]. L’ensemble des pratiques qu’un individu associe à des lieux définit un mode d’habiter. Ensuite, les êtres humains n’habitent pas seulement un lieu de domicile, ou plus précisément : n’habitent pas seulement lors qu’ils résident ; n’importe quelle pratique des lieux contribue à l’habiter[12]. Qu’il s’agisse des pratiques touristiques qui associent des lieux du hors-quotidien à des pratiques de recréation, ou des pratiques de loisir, ou du travail ou faire les courses, toutes ces pratiques impliquent pour les personnes l’habiter, d’habiter les lieux. On peut ainsi penser que l’ensemble des pratiques, loin d’être associé à un seul lieu, s’associent simplement à plusieurs lieux : on peut l’interpréter comme le prolongement fonctionnel du ou des lieux de résidence.

L’ensemble des pratiques des lieux participe de l’habiter. Ainsi, cette signification des lieux — et c’est là que réside l’un des apports — ne se réduit pas, pour un seul individu, à un seul lieu. En fait, les individus pratiquent une multiplicité de lieux avec lesquels ils construisent une relation signifiante. De plus, l’habiter, en tant qu’ensemble des pratiques des lieux, implique que les lieux ainsi pratiqués ont un certain sens pour les hommes. Ici réside la différence fondamentale avec la définition pauvre du terme « pratiques » en tant que simple « fréquentation » des lieux ainsi qu’avec les termes « comportement » et « action ». Pratiquer les lieux, c’est en faire l’expérience, c’est déployer, en actes, un faire qui a une certaine signification ; on se focalise alors fondamentalement sur les manières dont les individus font avec les lieux. C’est l’étude des manières de pratiquer les lieux géographiques qui semble être porteuses de l’intelligibilité de la spatialité des individus.

La question fondamentale est alors la suivante : comment les lieux géographiques interviennent-ils ou font-ils partie des pratiques, comment la co-construction entre lieux et pratiques s’effectue-t-elle ? Comment les individus font-ils avec les lieux ?[13]

Ainsi, comment distinguer les pratiques touristiques d’un lieu des pratiques des résidents ? Peut-on opposer des « insider » et des « outsider » à l’instar d’Edward Relph (1976) ou bien ne faut-il pas distinguer plusieurs manières de faire avec les lieux ? Par exemple, les touristes ne sont-il pas à leur place dans des lieux constitués pour eux alors qu’ils sont considérés comme étant des « outsider » par Relph (1976) ?[14] Ou bien, comme le fait Michel Agier (1999) distinguer différentes « situations » dans la ville qui définissent chacune un rapport différent entre individu/société/espace : situations ordinaires, occasionnelles, rituelles ? Ou bien distinguer des pratiques du quotidien et du hors-quotidien, associées à des lieux du quotidien ou du hors-quotidien (Rémy, 1996 ; Knafou et al., 1997 ; Stock, 2001 ; Équipe Mit, 2002 ; Stock & Duhamel, 2004) où certaines pratiques prennent sens par la rupture avec le quotidien et la pratique d’un lieu autre ? Le croisement de trois types de signification – plus ou moins familier/étranger, identitaire/non-identitaire, fonctionnel — permettent peut-être d’avancer dans l’intelligibilité des manières de pratiquer des lieux (cf. Stock, 2001).

Enfin, il se pose également la question de savoir comment conceptualiser le lieu dans une théorie de l’habiter[15]. Après avoir été délaissé au profit des concepts de paysage, d’espace et de territoire, le concept de lieu est de plus en plus travaillé et pris au sérieux en géographie et nous disposons d’un certain nombre de contributions (cf. Entrikin, 1991 ; Lévy, 1994 ; Berque, 1997 ; Berdoulay & Entrikin, 1998 ; Berque, 2003a ; Entrikin, 2003, Lévy, 2003a ; Lussault, 2003). Nous pouvons constater des progrès cognitifs en ce sens que « lieu » n’est plus seulement une contrée d’échelle locale (Lévy, 1994), que « lieu » peut être utilisé comme « emplacement » (topos) ou milieu existentiel (chôra) (Berque, 2003b), que le lieu est contexte pour l’action (Thrift, 1991). Ces définitions peuvent être précisées par deux caractéristiques fondamentales permettant de délimiter le concept de lieu de manière plus univoque par rapport aux concepts d’espace, d’environnement, de paysage, voire de territoire. Le concept de lieu sert à exprimer le caractère topique et référentiel des pratiques humaines ainsi que le caractère d’un ensemble localisé ayant certaines qualités (station touristique, métropole etc.) par rapport aux concepts suivants : d’abord, par rapport au concept d’environnement qui sert à pointer le caractère enveloppant et contextuel pour les individus ; ensuite par rapport au concept d’espace qui sert à symboliser la différenciation spatiale au sens large (agencements, différences de qualité, réseaux) ; par rapport au concept de territoire qui sert à exprimer les contrôles et contraintes d’accès à des lieux géographiques et enfin par rapport au paysage qui permet d’exprimer la dimension visuelle par le regard posé par un observateur sur la surface terrestre[16].

L’habiter : quels questionnements ?

La conceptualisation de l’habiter en tant qu’ensemble des pratiques des lieux a ainsi deux utilités : on peut proposer de nouveaux questionnements et l’on peut l’utiliser de façon heuristique, pour guider l’investigation d’un certain nombre de problèmes contemporains.

L’analyse de la société par différents modes et de régimes d’habiter.

On arrive d’emblée à concevoir le processus d’extension spatiale des pratiques qui, autrefois, se faisaient majoritairement dans un seul lieu. D’une association d’une grande partie des pratiques à un seul lieu, nous sommes arrivés à une dissociation spatiale des pratiques en une multitude de lieux. On peut ainsi soulever l’hypothèse d’un « mode d’habiter poly-topique » à la différence d’un « mode d’habiter mono-topique » : le premier définirait les sociétés à individus mobiles par le fait que chaque pratique s’effectue dans un lieu différent à la différence des sociétés à individus sédentaires où toutes les pratiques s’effectuent dans un seul lieu. Cette vision idéal-typique n’est certes pas réalisée, mais permet de questionner la dimension spatiale des sociétés européennes. Il s’agit d’une approche adéquate à la vie des hommes en société caractérisée par une grande mobilité et une individualisation des hommes. L’étude des fixités et des immobilités telles qu’elles s’expriment dans un point de vue sédentaire ne suffit plus afin de comprendre les déplacements et les significations des différents lieux pour les hommes.

Un mode d’habiter fondé sur la mobilité semble avoir pour corollaire la capacité des individus à affronter les lieux étrangers et à rendre ceux-ci familiers. Il s’agit d’une nouvelle manière d’habiter les lieux géographiques du Monde où le rapport à l’espace est défini par une recomposition des lieux d’ancrages et des lieux de l’ailleurs. On peut ainsi faire l’hypothèse d’un « habitus mobilitaire » [17] (Stock, 2001) qui définirait un certain mode d’habiter. L’un des ressorts réside dans les compétences géographiques des individus, tournées vers un savoir-faire avec les lieux (Ceriani et al., 2004)[18].

Au niveau sociétal, on peut ensuite définir des « régimes d’habiter » qui synthétisent un certain agencement spatial, des modes de transport et des jeux de distances, des modes de communication, des types de pratiques des lieux, mais aussi des conceptions, représentations et images de l’espace. Christian Grataloup, dans une séance de travail de l’équipe Mit, a proposé, suite aux « régimes d’historicité » de François Hartog (2003) — pour qui il s’agit d’un certain ordre de rapports aux temps —, l’expression de « régimes de géographicité » qui établirait les liens entre l’ici et l’ailleurs, différenciés culturellement (et, donc, historiquement). « Régime d’habiter » pourrait englober davantage d’éléments en jeu dans la construction de l’espace, notamment les pratiques des lieux des individus, les rapports changeants à la Nature, les qualités des lieux et de l’agencement spatial différencié des sociétés, un certain jeu de distances et d’accessibilités fondé sur le développement des modes de transports différenciés, mais aussi les conceptions, images, représentations de l’espace. Ainsi, ce serait proche du projet d’Henri Lefebvre ([1974], 1999) qui tentait la correspondance — « chaque société produit son espace » —entre type de société et type d’espace[19].

Ainsi, on pourrait travailler l’habiter à trois niveaux : les pratiques des lieux définissant des manières spécifiques de relier les lieux géographiques ; les modes d’habiter définissant les manières dont les individus habitent un ensemble de lieux, qu’ils mettent en réseau des lieux, des manières de synthétiser un ensemble de « pratiques des lieux » ; et des « régimes d’habiter » définissant un modèle dominant d’être en relation avec les lieux géographiques dans une « unité de survie » (Elias, 1991, [1970]) — aujourd’hui l’État-nation, certes engagé, en Europe, dans un processus de dépassement de celui-ci — intégrant les valeurs assignées à la mobilité et aux lieux géographiques, les technologies d’habiter et d’habitat, les représentations, conceptions, images et discours de l’espace, mais aussi la qualité des lieux et des agencements spatiaux.

Un lieu, des significations.

Ensuite, il s’agit de la reconnaissance que les lieux, par le fait même d’être pratiqués par une pluralité d’individus, acquièrent des sens très différents selon l’intentionnalité des uns et des autres. Comment cette signification des lieux émerge-t-elle ? Comment différents individus ou groupes d’individus construisent-ils des significations changeantes d’un même lieu, manifestation de plus en plus fréquente dans une société dont les lieux géographiques sont pratiqués par un grand nombre et une grande diversité d’individus ? On peut penser que l’intentionnalité, c’est-à-dire le fait que l’action ou la pratique soient dirigées vers un certain but, permet de rendre compte de la variabilité des significations des lieux. C’est là l’un des avantages de la perspective par les pratiques par rapport à d’autres démarches qui s’intéressent à la dimension symbolique des lieux : on peut rendre compte du fait que, pour les différents individus, les mêmes lieux n’ont pas les mêmes significations. Et, selon la thèse défendue ici, c’est en fonction de l’intentionnalité des pratiques que le lieu est interprété différemment. Ce gain dans la compréhension se distingue notamment de la conceptualisation d’Augustin Berque (1997 ; 2000) qui fait intervenir une « logique du prédicat » (à la différence de la « logique formelle ») pour rendre compte du fait que les lieux sont toujours interprétés dans une certaine direction, et non pas de façon objective au sens traditionnel, c’est-à-dire un lieu « en tant que tel » au lieu de le considérer « en tant que quelque chose d’autre ». A titre d’hypothèse, je propose de ne pas mettre cet « en tant que » sur le plan épistémologique de la logique, c’est-à-dire sur la manière de formaliser un savoir, scientifique ou non. Il me paraît plus adéquat — sans perdre en complexité — d’intégrer théoriquement cet « en tant que » des lieux dans les pratiques des individus et des valeurs des sociétés humaines, insérés dans des projets.

La succession d’actions contenues dans une pratique — par exemple se baigner à Brighton & Hove — n’a pas la même signification selon que l’individu vienne en tant que touriste, excursionniste, résident, homme d’affaires en déplacement, étudiant en séjour linguistique, etc. Les manières de pratiquer Brighton & Hove sont différentes et la signification de ce lieu est également différente. Pour les uns, c’est un lieu familier, pour d’autres un lieu identificatoire, pour d’autres un lieu fonctionnel, plus ou moins connus, plus ou moins étrange(r) etc[20]. Les lieux deviendraient ainsi des « lieux de projet », c’est-à-dire qui sont investis temporairement par les individus pour un projet. Cette attitude a des conséquences jusque dans les référents géographiques de l’identité des individus qui deviendraient des « habitants temporaires » de tous les lieux géographiques pratiqués.

Qualité des lieux et construction symbolique.

Enfin, il s’agit d’associer systématiquement la signification des lieux à la démarche géographique, mais non opposées à l’étude de la qualité des lieux[21]. En effet, une théorie de l’habiter doit certes décrire et expliquer la portée spatiale des activités, l’extension des espaces de vie, les différentes formes de mobilités, mais elle doit aussi permettre d’interpréter les implications de cette multiplicité des lieux de vie. Ceci est possible de deux façons : d’une part, étudier systématiquement de quelle façon la qualité des lieux intervient dans les pratiques — qualité toujours interprétée pour un certain usage (Brunet, 1993) : cela pourrait aller jusqu’à la plus ou moins grande familiarité/étrangeté des lieux —, d’autre part, questionner les différentes façons dont les pratiques construisent les lieux sans nécessité d’infrastructures ou un environnement construit — « l’espace » au sens traditionnel —, mais en donnant une qualité au lieux par la présence et les manières de faire qui constituent l’espace, comme dans le cas des pratiques de skateboard (Pégard, 1998). L’idée est de ne pas négliger les pratiques dans l’étude de la qualité des lieux, car les espaces ne se décrivent pas seulement par la morphologie et les activités supportées par des équipements, commerces, entreprises, mais aussi par des pratiques plus éphémères, donc plus difficilement appréhendables par les chercheurs.

Le questionnement centré sur l’habiter propose plusieurs inflexions de la pratique scientifique en géographie. Dans un premier temps, il permet d’adopter systématiquement le point de vue de la mobilité au lieu de celui de la sédentarité[22]. Posons systématiquement la question quels sont les lieux auxquels sont associées les différentes pratiques humaines et ne recourons pas a priori aux classifications habituelles, dues aux administrations statistiques, des pratiques (résidence, loisir, travail, vacances). Ensuite, il permet de résoudre l’opposition classique entre l’espace et la société, en pensant en termes de dimensions spatiales des pratiques. La question est dorénavant la suivante : de quelles façons les lieux géographiques font partie des pratiques et comment les individus font avec les lieux géographiques, comment les lieux sont co-constitutifs des pratiques ? Ceci permet d’articuler la qualité des lieux aux pratiques des individus et une interrogation approfondie sur la dimension géographique des individus. Enfin, il permet de s’interroger sur les ressorts de la mobilité géographique proposant de définir des « systèmes individuels de mobilité » qui expriment des modes d’habiter. Ceux-ci sont plus ou moins informés par la mobilité et peuvent être, de façon idéal-typique, ranger dans un continuum entre un mode d’habiter mono-topique, centré sur un seul lieu et un mode d’habiter poly-topique (cf. Stock, 2001).

Dans le même temps, l’individu est inséré socialement et géographiquement dans plusieurs contextes et dans une « unité de survie » qui propose des valeurs, images, discours, techniques et technologies. Cette insertion est importante de deux points de vue : primo, elle permet de dépasser la conceptualisation d’un homo clausus (Elias, [1970], 1991) tel qu’il était importé en géographie depuis une trentaine d’années. Traiter, en géographie, de l’individu ne signifie donc pas s’interroger sur l’« intérieur » des hommes, mais sur la constitution du « Je » en tant qu’il est relié aux autres (« Nous » et « Eux ») et aux lieux géographiques. Il s’agit de travailler ensemble la psychogenèse, la sociogenèse et la spatiogenèse des individus[23].

Secundo, elle permet de concevoir l’habiter certes à partir de l’individu, en mettant l’individu au centre — permettant au passage une précision plus grande dans l’explication des processus géographiques — mais en n’oubliant pas que l’habiter est un processus qui dépasse l’individu. En effet, par la pratique, l’individu contribue à définir et à changer la qualité des lieux, mais d’autres acteurs y contribuent également et les pratiques individuelles elles-mêmes sont informées par les valeurs portant sur la mobilité ou les lieux géographiques. D’où cette triple analyse de l’habiter à travers les pratiques des lieux, les modes d’habiter et les régimes d’habiter.

C’est ainsi que l’on peut espérer proposer une démarche en géographie qui prolonge les acquis du « tournant interprétatif » (Ley, 1985) tout en travaillant à en éliminer ou contrôler les faiblesses. C’est ce projet que je souhaiterais soumettre à la critique et au débat.

Bibliographie

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Note

[1] Cela a conduit par exemple à contester les modèles spatiaux ou autres avec l’argument qu’ils ne rendaient pas compte du « sens » des hommes. On peut, au contraire, considérer que ces modèles, fondés sur la « rationalité instrumentale » d’un homo oeconomicus correspondent à un type de sens que les individus peuvent exprimer par rapport aux lieux : la fonctionnalité. Les agencements spatiaux décrits par les modèles spatiaux sont des lieux fonctionnels, les lieux prennent sens en tant qu’ils sont fonctionnels. C’est leur apport et leur limite.

[2] Dans un autre registre, le recours à la notion de pratiques permet d’aller au-delà du traitement de la mobilité en termes de flux, mais précisément un déplacement (migration ou circulation) en termes de pratiques (Stock & Duhamel, 2004).

[3] La sociologie urbaine des années 1960 a donné corps à plusieurs études des plus intéressantes sur les modes d’habiter des « pavillonnaires » par rapport aux habitants des grands ensembles (cf. Haumont 1965). La question de l’habiter est également abordée par l’anthropologie, notamment par Pierre Mayol (1990) dans son étude sur un quartier de Lyon. Bien qu’intéressantes, ces études se contentent de l’étude de l’insertion dans le quartier d’habitation et prennent pas en compte l’ensemble des lieux pratiqués par les individus. La plupart des études que j’ai consultées mettent en effet l’accent sur la fonction résidentielle et le quartier dans lequel les individus enquêtés habitent. Cf. Yves Grafmeyer (1991) pour une bonne illustration à propos de Lyon ainsi que les études du Centre de la Recherche Urbaine (Cru) et de l’Institut de Sociologie Urbaine (Isu).

[4] « la manière dont les mortels sont sur la Terre » (2004a, 142), comme un « trait fondamental de l’être-là humain » (2004b, 183), voire comme « rapport des hommes aux lieux et par les lieux aux espaces » (2004a, 152) (trad. M. Stock).

[5] Voir récemment Augustin Berque (2000), André-Frédéric Hoyaux (2000 ; 2002 ; 2003) et Olivier Lazzarotti (2001) pour la confrontation avec les thèses de Heidegger en géographie.

[6] Si l’on se penche de façon critique sur cette production, on ne manque pas d’être frappé par une confusion et une hésitation constantes entre différents référents de l’habiter : les termes de Terre, d’environnement, de Nature, de paysage, d’espace, de lieu sont utilisés dans les différentes études comme si ces concepts et catégories avaient la même signification.

[7] Ce point me semble fondamental : la réduction de cette notion très riche d’espace vécu ou « vécu de l’espace » aux seules représentations est sans doute au fondement de la pauvreté théorique à cet égard. L’écart minimal entre les textes de Frémont et al. (1984) et Bailly (1996) atteste cette stagnation. Le maintien de la notion de représentation au détriment de l’exploration de celle d’expérience en est un autre indice. Enfin, la construction de la notion de représentation spatiale comme un « fourre-tout » sans distinction entre ce qui relève de la mémoire, de l’imaginaire, du fantasme, de l’imagination ou du symbolique est également problématique.

[8] Cette question sera négligée ici. Elle est traitée dans Stock (2001) où j’utilise différents types de rapports aux lieux : les lieux en tant qu’ils sont fonctionnels/non-fonctionnels, familiers/étranger, lieux à soi/lieux autres, où les personnes sont soit insider, soit outsider.

[9] Signalons que la question des pratiques étudiées d’un point de vue géographique est étrangement absente du champ de la recherche. Cf. Michel-Jean Bertrand (1978) ainsi que quelques colloques sur « pratiques et perceptions de l’espace » dans les années 1980. On manque jusqu’ici un traitement conceptuellement consistant de la question des pratiques, évacuée au profit de la perception dans un premier temps, de la représentation dans un second temps.

[10] Cf. Équipe Mit (2002) pour une analyse approfondie de la pratique touristique des lieux.

[11] Le terme « associer » est l’un des termes disponibles pour exprimer l’action de localiser. Robert Sack (1980) parle de « spatial association » pour parler des localisations. On peut également choisir la distinction entre « association spatiale » et « dissociation spatiale » pour marquer la différence entre les concepts de lieu et d’espace : le lieu se définirait par l’association spatiale d’un certain nombre d’éléments, l’espace par la dissociation spatiale (cf. Stock, 2001 pour une étude approfondie).

[12] Cf. Rémy Knafou et al. (1997) qui, sans doute les premiers, avaient formulé le problème de la façon suivante : « on change d’habiter » (p. 201) lors des pratiques touristiques.

[13] Cette formulation des manières de faire s’inspire des « arts de faire » de Michel de Certeau (1990) qui permet d’étudier les ruses par rapport aux normes sociales, mais également de « l’expressivité » des pratiques, c’est-à-dire des façons de donner sens aux pratiques à travers les ruses et tactiques, la créativité dans le quotidien etc. qui ne suivent pas nécessairement les règles et normes sociales.

[14] Cf. Stock (2001) et Équipe Mit (2002) pour le traitement de ces questions.

[15] Merci à un évaluateur anonyme d’avoir soulevé ce problème de la conceptualisation du lieu que j’avais initialement évacué de cet article.

[16] « Ainsi, je défends la thèse qu’appréhender par exemple une ville en tant que lieu, en tant qu’espace, en tant que territoire ou en tant que paysage sont quatre manières géographiques différentes de décrire et d’expliquer une ville. La première met en jeu le triptyque de la position géographique (absolue et relative), de l’association des choses, des activités et des pratiques et des hommes, et des interrelations avec les autres lieux d’un système de villes : c’est la description d’un lieu urbain. La deuxième met en avant la répartition des choses et des activités et des pratiques dans la ville, donc la différenciation de l’espace urbain. Ainsi, on n’aura plus besoin de recourir aux termes « intra-urbain » et « inter-urbain » afin de désigner les deux modalités d’approche des villes. Dorénavant, « lieu urbain » et « espace urbain » distinguent sans équivoque ces deux angles d’approche de la ville. Le territoire urbain appréhende la ville selon les contraintes d’accès exercées par différentes autorités, plus ou moins légitimes. Enfin, le paysage urbain pointe les valeurs esthétiques associées à ce que les hommes regardent lorsqu’ils se déplacent en ville » (Stock, 2001, p. 582).

[17] Cette expression s’inspire de Heinz-Günter Vester (1997) qui cherche à définir un « habitus touristique », c’est-à-dire une habitude d’être touriste et d’effectuer des pratiques touristiques. Cette manière de réduire le concept d’habitus à une habitude est certes de plus en plus critiquée dans la littérature (cf. Lahire, 1998 ; Kaufmann, 2001 ; Passeron, 2003) où d’autres notions sont mises en avant telles que humeur, ethos, routine, l’emploi de l’habitus étant réservé à une forte spécificité, par exemple les Spartiates ou les protestants.

[18] Jacques Lévy (2003a) appelle cela un « capital spatial » comme « espèce de capital » tel que Bourdieu (1994) l’avait formalisé. Chez Lévy, il s’agit une capacité à maîtriser les métriques et une compétence acquise de pratiquer les espaces : « Ainsi, pratiquer des villes contribue à la connaissance de la ville et facilite l’exploration de nouvelles villes » (Lévy, 2003a, p. 126).

[19] Le terme de « régime » est également utilisé en économie pour décrire en termes de « régimes d’accumulation » un certain ordre capitalistique entre mode de production et mode de consommation (Aglietta, [1976], 1997)

[20] Cf. Stock (2001) pour un traitement approfondi des différentes manière de pratiquer de Brighton & Hove.

[21] C’est de cette façon que l’on peut espérer aller au-delà des faiblesses et de l’analyse spatiale et de la géographie sociale/culturelle : proposer un cadre théorique intégrateur qui relie qualité objective des lieux et le « faire-avec » par les individus vivant en société. Cette conception est proche et s’inspire de la conception d’Augustin Berque (1990 ; 2000) pour le traitement de différents sens donnés à la Nature.

[22] J’emploie ici « point de vue de la mobilité » et « point de vue de la sédentarité » au sens de deux visions scientifiques distinctes : la première qui fait comme si plusieurs lieux étaient habités par un individu, la seconde qui fait comme si un seul lieu était habité par un individu.

[23] Cf. Anne Volvey (2003) pour la notion de spatiogenèse d’un point de vue psychanalytique.

Résumé

Comment appréhender les dimensions spatiales des sociétés humaines ? Afin d’y apporter des éléments de réponse à l’un des questionnements fondamentaux de la géographie, on propose ici une perspective particulière centrée sur les manières dont les individus pratiquent les lieux, bref l’habiter. En effet, deux éléments de contexte concourent à proposer un questionnement centré sur l’habiter : […]

Pour faire référence à cet article

Mathis Stock, "L’habiter comme pratique des lieux géographiques.", EspacesTemps.net, Travaux, 18.12.2004
https://www.espacestemps.net/articles/habiter-comme-pratique-des-lieux-geographiques/