Une carte de la Ville européenne des sciences presque sociales.

by Responsable éditoriale | 18.11.2008 00:00

Image1Le Palais de la Découverte organisait en cette mi-novembre 2008, un événement introductif au lancement de semaine de la science, une fédération des sciences concernées mise en scène sur la forme d’une ville.

Et le plan de cette ville[1] offre un moment de réjouissance ! Qu’y voit-on ? Des « sciences humaines, sociales, urbanisme, gouvernance » un peu fourre-tout, curieusement détachées des « Transport, énergie, ingénieries », certes, plus concernés par le développement durable de cette « Maison des Energies positives », frôlant un peu l’ésotérisme – à défaut d’être hypnotique… Et pourtant leur est réservée une place « capitale », ni plus ni moins, puisque le pôle le plus représentatif en terme de superficie occupée était celui de la fouille archéologique et de la médiathèque, deux nobles et légitimes activités, assurément aux pointes de la recherche en SHS, et dont des esprits chagrins ou malicieux pourraient toutefois susurrer qu’elle proposent un rôle novateur pour des sciences sociales : brocanteurs, spécialistes en antiquité des sociétés.

Impressionnante image, donc, que celle de ces sciences sociales occupant le cerveau de la ville (à défaut des neurosciences), épaulées par les deux yeux vifs des « Arts et spectacles » – il faut de tout, dans une ville, et quelques fous du rois feront l’affaire. Pour sonder le cœur de la Cité, baissez quelque peu votre regard vers les deux – facétie féminine ? – protubérances mammaires de la « Maternité cosmique de l’univers » quitte à défaut à palper le, plus sex-toys quant à lui, gonflable « Relais du dirigeable ».

Pourtant, dans un petit coin, plus discrètement, et une fois passée la « citadelle de l’histoire » – non, une science sociale assiégée ? Impossible ! – , on réussissait à dénicher la détonante « Place des controverses »[2] dont Bruno Latour est à l’origine avec l’IEP de Paris. Celle-ci proposait un travail très original concernant l’explication, la clarification et la représentation des grands débats et conflits qui agitent les sociétés et synthétisés en particulier dans une grande carte qui traduisait – à grands traits – l’arsenal théorique des travaux de Michel Callon, Yannick Barthe et Pierre Lascoumes[3].

Allons, ne poussons qu’un instant de plus dans ces débats et controverses : faut-il alors être pervers que d’oser le rapprochement entre ces deux armatures de fine lingerie soutenant les avantages précieux de cette Ville : « Rue de la Recherche » pour l’une, « Rue de la Compétitivité » pour l’autre. Non, décidément, secouez votre cerveau agité de pulsions délinquantes : aucun rapport !

A ce titre, il est vrai, il reste à craindre que les sciences sociales, même des controverses, n’aient pas ce pouvoir de séduction qu’on prête à ces Dim’ des sciences que restent les autrement plus solides, réalistes et sérieux « Pavillon de l’espace », « Station du climat », « Coupole astronomique », « Académie du Cerveau », « Laboratoire de recherche biomédicale », ou encore « Quai des océanautes ». Fragiles sciences sociales…les luttes urbaines seraient-elles donc toujours plus que d’actualité ?

Endnotes:
  1. le plan de cette ville: http://www.villeeuropeennedessciences.fr/plan_interactif.htm
  2. « Place des controverses »: http://www.sciences-po.fr/recherche/news/communiques/controverses.htm
  3. travaux de Michel Callon, Yannick Barthe et Pierre Lascoumes: http://www.espacestemps.net/document818.html

Source URL: https://www.espacestemps.net/articles/une-carte-de-la-ville-europeenne-des-sciences-presque-sociales/