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Serendipity.

Webzzle : paradoxal confort du confinement.

Image1La plupart des agences de « news » technologiques viennent de se faire l’écho du développement de Webzzle, un nouveau moteur de recherche dit « collaboratif ». Ce cas est tout à fait intéressant parce qu’il permet de pointer rapidement quelques grands enjeux du Web 2 que risquent souvent de dissimuler la jungle sémantique et l’enthousiasme qui l’entourent. Pour quelles raisons ?

Rappelons d’abord les deux principales perspectives ouvertes par cette nouvelle génération d’internet dite du Web 2. Sur le plan technologique, quasiment rien de neuf : aucun nouveau langage de programmation, aucune innovation matérielle. Sur le plan de la philosophie, deux grands principes : la fédération et la collaboration.

Premier aspect, la fédération ― on pourrait aussi parler de « monopole » ou de « fusion », en reprenant des termes spécifiques au champ économique ―. Google, Yahoo et Microsoft constituent chacun à leur manière et les uns contre les autres, les meilleures illustrations de ces méga-fusions intervenues dans le domaine des services liés à internet. Ils vous permettent désormais de disposer à partir d’un seul compte personnel (Gmail, MyYahoo, Passport, etc.), le vôtre, d’une batterie de services unifiés de plus en plus appelée à s’enrichir. Plus besoin de se dissocier entre un opérateur pour vos mails, un autre pour vos recherches, un troisième pour héberger vos photos : votre maître à penser vous propose le parfait all in one : traitement de texte, messagerie instantanée, logiciel de retouche photo, voilà la traduction concrète d’un des pans majeurs du Web 2. On sait par ailleurs ce que cette unification soulève comment problème éthiques ou déontologiques puisque ces puissants mastodontes du Web 2 ne se privent pas d’exploiter au maximum le contenu de vos mails, scanner vos photo à la recherche d’habitudes pouvant être captées par des publicitaires, au mieux. Sur le web, chaque « groupe » tente ensuite de décliner ce principe à son propre niveau : ainsi, les quotidiens de presse (Le Monde…) vous proposent des espaces vidéo, des blogs, des alertes presses personnalisées, bref, le web 2-man chouchoute son client.

Le deuxième aspect tout aussi crucial du Web 2 est sa dimension « collaborative ». On en conviendra, sur ce plan, la revue EspacesTemps.net en est encore loin : cela part du simple commentaire d’article, passe par la production du débat politique nourri (forum ou chat constituent maintenant de vrais articles à part entière sur le site des quotidiens), et s’étend jusqu’à la production interactive entre l’auteur et le lecteur qui n’a plus dans ce cas un statut passif.

Le journalisme a été ― réellement ou pas, cela resterait à explorer de manière sérieuse ― très perturbé par cette évolution dans lequel tout le monde dit tout sur tout, où les légitimités à dire, écrire et restituer l’information se chamboulent, pour le meilleur comme pour le pire, pour produire le plus sérieux des textes comme le plus cocasse des hoax.

C’est dans tout ce cadre qu’intervient notre moteur de recherche. Celui-ci se propose de partager avec d’autres communautés, des termes-clés et des thèmes, à partir duquel s’élaboreront des recherches pertinentes. Plutôt que l’opacité croissante des moteurs de recherche dont tout un chacun sait par ailleurs que s’y monnaient à fort prix les premières places dans les stratégies de référencement (voir son nom affiché en toute première page ne relève plus de l’astuce technologique mais de la profondeur de ses réserves bancaires), une sorte d’intelligence collective de recherche, en quelque sorte. Il faut sans doute y voir encore vantée la vertu du mythe de la toute-efficacité du collaboratif qui, par exemple, fait à la fois la puissance et la fragilité du modèle Wikipedia, donne lieu aux plus grands enthousiasmes comme aux plus dures critiques le visant. Une fois son compte personnel créé, ses thèmes préférés déterminés et ajoutés, le moteur Webzzle permet alors de cibler ― intérêt redoutable ! ― les recherches uniquement dans ses sites favoris.

Imaginons que vous ne souhaitiez rechercher un certain nombre de mots-clés que dans les journaux de langue francophone (belge, suisse, canadien et français) : à vous de « moduler » votre propre moteur de recherche et de limiter celles-ci à vos « sites préférés ». Si le projet n’est pas encore très mature et que de nombreux développements sont encore attendus, pointons précisément derrière cette dernière capacité pourtant très stimulante, un risque lié à cette « communautarisation » de la recherche.

Mais oui : derrière cette belle fonction des « sites préférés », ne verrait-on pas risquer de se profiler une sorte de hantise de l’inédit, une crainte de la serendipity, de la surprise d’un résultat qu’on ne cherchait pas et qu’on n’attendait pas, ce qui fait d’ailleurs un des plaisirs massifs de la navigation internet ? Et Webzzle ne serait pas le seul à se voir adresser cette critique. Nombre de petites interfaces prolifèrent actuellement, liées justement au Web 2, proposant ce paradoxal confort du confinement : tel NetVibes qui permet de ne voir que les sites qui, a priori, nous plaisent, nous sont habituels… au point de nous isoler des nouveaux, d’autres que nous ne connaîtrions pas ? Alors, résolument Web 2 ? Sans doute, mais plus exclusivement….

Image : « Toys assorted », tirée de Morguefile.com.

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La plupart des agences de « news » technologiques viennent de se faire l’écho du développement de Webzzle, un nouveau moteur de recherche dit « collaboratif ». Ce cas est tout à fait intéressant parce qu’il permet de pointer rapidement quelques grands enjeux du Web 2 que risquent souvent de dissimuler la jungle sémantique et ...

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Authors

Marc Dumont

Marc Dumont est Maître de Conférences en Aménagement Urbain à l’Université de Rennes II ― Haute Bretagne. Il est par ailleurs membre du Comité de Rédaction d’EspacesTemps.net.

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Serendipity.

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